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Il y a 400 ans, mourrait à Rome le premier ambassadeur au Vatican : il
venait du Royaume du Kongo
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Il y a 400 ans, mourrait à Rome le premier ambassadeur au Vatican : il
venait du Royaume du Kongo
ÉCRIT PAR LUSALA NKUKA ET BENDA BIKA
03-02-2008
Si vous passez à Rome, inscrivez absolument dans votre programme une
visite-recueillement dans la Basilique Sainte-Marie Majeure (Santa
Maria Maggiore). Et demandez à visiter la tombe et la statue de
Nigrita. C'est un compatriote !
L'histoire est peu connue et pourtant elle mérite de figurer dans les
manuels du continent et, a fortiori, de notre pays. Il y a 400 ans, le
6 janvier 1608 mourait à Rome le premier ambassadeur africain au
Vatican. Il s'appelait Antonio Manuel Nsaku ne Vunda, et venait du
Royaume du Kongo représenter le Mani Kongo auprès du pape.
Un Kongo au Vatican ? Oui. L'envoi d'un ambassadeur à Rome entrait
dans le contexte des efforts des rois du Kongo de se passer du
patronage portugais en matière d'évangélisation. Ils voulaient entrer
en contact direct avec ce que nous appellerions aujourd'hui le Saint-
Siège. En effet, c'est par la reconnaissance du << droit de patronage >>
que différents papes du XVe siècle avaient accordé au Portugal et Ã
l'Espagne le privilège exclusif de répandre la foi chrétienne dans les
terres de <> (1).
Olivier de Bouveignes soutient que le défaut de patronage priva le
royaume de Kongo des missionnaires dont il avait besoin. La religion,
on le sait, entra dans une large part dans ce qui était présenté comme
un dynamisme modèle au Royaume de Kongo. N'oublions pas que lorsque
les Portugais atteignent l'embouchure du fleuve Congo ( Diego Cão en
1482) (2) , le Royaume du Kongo est déjà puissamment établi. Il
s'agit, disent les historiens, d'un Etat centralisé dirigé par un
souverain résidant dans sa capitale (Mbanza- Kongo ou San Salvador).
Et même si ses frontières sont jugées << fluctuantes >>, le noyau du
Royaume (Nzita-Nza) est relativement stable, composé de six provinces
( Soyo, Mpangu, Mpemba, MBata, Mbamba et Nsundi, noms subissant des
variations suivant qu'ils sont écrits par des portugais, des anglais
ou bien qu'ils sont transcrits à partir de la manière de prononcer de
nos ancêtres.
Les missionnaires catholiques débarquent dans la région en 1490 . Et
l'année suivante, Nzinga Nkuwu le roi du Kongo, est baptisé sous les
noms de Ndo Nzuawu. Or, le << tuteur portugais >> s'orientera bien vite
vers des intérêts plus prosaïques comme le commerce des esclaves, de
l'or et de l'ivoire. Les missionnaires en général versent dans le
commerce et la politique (3).
Nsaku Ne Vunda, du royaume du Kongo, 1er ambassadeur noir au Vatican
en 1608
Une ambassade pour Rome est tout de même envisagée par les Portugais
après l'érection du diocèse du Congo le 20 mai 1596. Mais la mise en
OEuvre de la décision est sujette à des atermoiements de ceux qui ne
voulaient pas d'une souveraineté du royaume. De sorte que l'idée ne
revient sur le tapis qu'après la mort du premier évêque (portugais) de
San-Salvador (10 mai 1602).
Suivant les recommandations du nouveau roi du Portugal Alvare II,
outre la prestation d'obédience au pape, l'ambassadeur de Kongo au
Vatican devait négocier la désignation d'un nouvel Évêque à Mbanza-
Kongo et << d'autres questions importantes >> (4). Rendant compte de
cette mission dans un article du quotidien italien La Repubblica
célébrant le 400è anniversaire de l'ambassadeur kongo au Vatican,
l'historien Pietro Veronese précise que figurait également dans les
missions du diplomate du Kongo, la demande d'un appui du pape pour
mettre fin à la traite des Noirs (5).
A vrai dire, l'envoi d'Antonio Manuel Nsaku ne Vunda n'est que la
deuxième tentative du Royaume de Kongo de se faire représenter au
Vatican. Mais la première avait été le fait essentiellement
d'étrangers. Dès 1585 en effet, le roi (portugais) Alvare Ier
(1568-1587) avait envoyé à Rome comme son ambassadeur le Juif
portugais Duarte Lopes pour exposer au pape les besoins spirituels de
Kongo. C'est lors de ce séjour à Rome que l'ambassadeur portugais
dictera à Filippo Pigafetta, voyageur italien, les récits qui
composeront plus tard son fameux livre Le royaume de Congo et les
contrées environnantes (1591).
Mais le successeur du roi du Portugal Alvare II (1587-1614), pas tout
satisfait de la première mission, décide d'<< africaniser >> en 1604 un
projet qui répondait d'ailleurs aux vOEux pressants du pape (Clément
VIII - 1592-1605). Celui réclamait l'envoi à Rome d'un premier
ambassadeur africain au Vatican dans l'absolu, fils de la terre kongo.
Ce sera donc << Dom >> Antonio Manuel Nsaku ne Vunda.
L'ambassadeur atteint Lisbonne en 1605 après un voyage très difficile
au cours duquel, nous renseigne Bontink, il << tomba jusqu'Ã trois fois
dans les mains de corsaires hollandais qui le dépouillèrent des
cadeaux destinés au pape >>. De Lisbonne, il gagne Madrid. Là , comme
d'ailleurs précédemment à Lisbonne, on fait tout pour le décourager de
se rendre à Rome. << Il semble que la cour de Madrid voyait de mauvais
OEil les projets d'Alvare II qu'elle regardait plus ou moins comme
vassal. L'intention du roi congolais de se mettre sous la protection
papale ne dut guère lui plaire >>, ajoute Bontinck. Mais l'enthousiasme
de notre diplomate est boosté par une lettre du pape Paul V
(1605-1621), successeur de Clément VIII qui, le 10 décembre 1606, dit
se réjouir de son arrivée à Lisbonne et exprime le vOEu de le recevoir
vite en personne à Rome ( Cf. Bontinck, p. 121).
Pourtant Nsaku ne Vunda devra prendre son mal en patience car c'est
près d'un an seulement après cette invitation, en octobre 1607, qu'il
peut quitter Madrid, ensemble avec le << nonce Mellini qui, créé
cardinal le 10 septembre 1606, s'en allait recevoir le chapeau
cardinalice des mains du Pape >> (Bontinck, p. 121).
L'ambassadeur étant tombé malade en route (est-il empoisonné ?), le
pape envoie immédiatement des médecins à Civitavecchia, port situé Ã
une soixantaine de kilomètres de Rome. Les propres frères du pape,
François et Jean-Baptiste, ainsi que son neveu le Cardinal Scipion
Borghese, allèrent au-devant de l'ambassadeur pour lui souhaiter la
bienvenue à Rome. Des ordres furent donnés pour l'accueillir avec tous
les honneurs. << Le pape, ajoute Bontinck, voulut le loger au Vatican,
dans les appartements antérieurement habités par le Cardinal Bellarmin
>>. Les préparatifs pour l'audience de la présentation des lettres de
créance du nouvel ambassadeur s'engagèrent tout de suite.
La Sainte Congrégation des Rites décida que l'audience solennelle, au
cours de laquelle se ferait la prestation du serment d'obédience et la
présentation des lettres de créances, aurait lieu dans la " Sala Regia
", comme c'était l'usage - et comme c'est toujours l'usage aujourd'hui
encore au Vatican - pour les audiences accordées aux rois ou à leurs
représentants. Vainement l'Espagne protestera les fastes qui se
préparaient, alléguant que le Kongo n'était pas un royaume indépendant
mais tributaire de la Couronne d'Espagne.
L'entrée solennelle - ordinairement un cortège splendide - devait se
faire le jour de l'Épiphanie (06 janvier 1608). Et pour marquer tout
l'éclat qu'il entendait donner à l'événement, le pape décida la frappe
d'une médaille spéciale pour honorer l'ambassadeur après la
cérémonie.
C'est dans cette atmosphère que Dom Antonio Manuel Nsaku ne Vunda,
ambassadeur plénipotentiaire du Royaume du Kongo au Vatican, arrive Ã
Rome le 3 janvier 1608, mais il est toujours malade. Le pape Paul V
multiplie les attentions à son endroit et lui rend visite en personne.
Mais le 6 janvier 1608, jour de la fête catholique de l'épiphanie,
l'ambassadeur Antonio Manuel Nsaku ne Vunda meurt dans la sérénité,
causant un grand émoi au Vatican. Signe de l'affliction du pape, Paul
V demande qu'on enterre ce digne fils d'Afrique dans la basilique
Sainte-Marie-Majeure dont la cour d'Espagne était la protectrice.
Aujourd'hui encore on peut visiter dans cette basilique, située non
loin de la Gare centrale Termini de Rome, le buste de l'ambassadeur
kongo réalisé par l'artiste Francisco Caporale. Et un mausolée dessiné
par le Bernin rappelle la mission et la mort de l'ambassadeur dans le
baptistaire de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Et, << Ã quelques
pas, dans la chapelle Borghese de la même Basilique Sainte-Marie-
Majeure, nous trouvons encore, renseigne Bontinck, un texte qui se
rapporte à l'ambassade d'Antoine Emmanuel, alias Dom Antonio Manuel
Nsaku ne Vunda. Sur le tombeau grandiose de Paul V un bas-relief
représente la réception d'une ambassade persane par le Pape en 1609,
mais dans l'inscription, on fait aussi allusion à une ambassade
congolaise ... et japonaise >> (p. 126, note 14).
Enfin un autre souvenir marque l'arrivée de l'ambassadeur du Congo au
Vatican : <
faits les plus remarquables de son règne, Paul V ordonna qu'en face
des fresques qui reproduisent la canonisation de sainte Françoise
Romaine et saint Charles Borromée, une autre fresque représentât sa
visite à l'ambassadeur noir moribond. On peut encore l'admirer dans le
large corridor du Musée du Vatican qui mène à la chapelle Sixtine
>> (Bontinck, p. 126).
Selon Richard Gray, l'ambassadeur était << un homme dans la trentaine,
qui était décrit à Rome par ceux l'ont vu comme quelqu'un "aux nobles
manières, pieux et dévot, aussi doté d'énergie et de prudence dans la
diplomatie" >> (p. 147) (6).
Même si dans la diaspora en Europe le 400ème anniversaire de la mort
de Antonio Manuel Nsaku ne Vunda est passé inaperçu, des
commémorations ont eu lieu à Brazzaville, à Kinshasa et en Angola.
Par ailleurs, dans le cadre de la << Décennie Mama Kimpa Mvita >> et
pour honorer le 400 ans de la Mission de Ne Vunda au Vatican, la
Coordination Générale de l'Association Tricontinentale Malaki ma Kongo
entend organiser un pèlerinage au Coeur de l'Afrique pour la
Réconciliation des Africains de l'Est et de l'Ouest de l'Atlantique.
Ce pèlerinage qui débutera à La Porte de Non Retour de l'Ile de Gorée,
se poursuivra à Accra (Ghana), à Cotonou (Bénin) et dans les deux
Congo avant de se stabiliser à Mbanza Kongo. Il connaîtra la
participation des Kongo venus du Venezuela et le Conseil Municipal des
Musundi de CUBA ainsi que des Associations Malaki ma Kongo de Guyane,
de Guadeloupe, de Haïti et de Saint Domingue. Le pèlerinage se
clôturera avec la tenue pour la première fois à Mbanza-Kongo (capitale
du Royaume Kongo) d'une Edition du Festival Malaki ma Kongo, la XVII
ème. Pour plus d'informations :
http://www.malakimakongo.net/pelerinage.htm
.
Par Lusala Nkuka, (Jésuite, Doctorant en Missiologie - Université
Grégorienne de Rome) et Benda Bika
1 - (Cf. J. E. Martins Terra, << Le patronage portugais >> in
Communio, n° 4, 1992).
2 - Les manuels d'histoire parlent faussement de << découverte du
Royaume Kongo >>, comme si ses habitants n'existaient pas avant
l'arrivée de Occidentaux !
3- Lire à ce propos l'OEuvre inachevée de l'excellent Raphaël
Batsîkama ba Nduala.
4 - (Cf F. Bontinck, << Le monument funèbre d'"Antonius Nigrita" Ã
Rome, in Revue du Clergé Africain, 1951).
5 -"Un nigrita alla corte del papa", in La Repubblica du 08 janvier
2008
6 - (<< A Kongo Princess, the Kongo Ambassadors and the Papacy >>, in
Journal of Religion in Africa, XXIX, 2, 1999.