Copie d'un message reçu :
-------------------------------------
Agora
MONTRÉAL-EXCLUSIF / Rachelle Jeanty, une voix qui fait vibrer la
francophonie
Elle respire la jeunesse, pourtant cette chanteuse québécoise
d’origine haïtienne a une longue expérience issue d’un riche parcours
de collaboration avec des grands noms de la musique francophone : elle
a été la choriste de Céline Dion, Eddy Mitchell, Véronique Sanson.
Grande gagnante du concours Rythme FM -Le plus beau rythme du Québec,
en première partie de Corneille, elle fait vibrer des milliers de
spectateurs avec ses chansons, notamment en première partie de Gino
Vanelli en 2005 et en interprétant «summertime» en duo avec Bob Walsh
au Festival International de Jazz de Montréal la même année.
Il y a deux semaines, elle s’est lancée en solo avec la sortie de son
premier album intitulé « D’Âme Sou1 (1) », un heureux jeu de mots qui
lui est venu dans un rêve. Rachelle Jeanty a performé sur la scène des
Francofolies de Montréal le 2 août dernier. Un spectacle qui a failli
être gâché par la pluie mais les prières de la mère de Rachelle ont eu
raison du mauvais temps et cette nouvelle dame soul garde un
merveilleux souvenir de la véritable communion qu’elle a ressenti avec
le public présent : « Je me suis sentie écoutée et cela c’était super.
J’ai des choses à dire à travers mes textes et j’ai remarqué que les
gens y prêtaient attention. Les gens étaient vraiment avec moi et
c’était formidable », nous a-t-elle révélé.
Ce premier album, enregistré au Studio Victor, se veut un opus rare.
Rachelle s’est entourée de talents comme Maurice Soso, Marc Bonneau,
Denis Chiche, François D’Amour et de celui du réalisateur parisien
Stéphane Le Navelan, a/k/a PIT, génie musical dont la feuille de route
inclut Phil Collins, Alpha Blondy, Diziz La Peste et Doc Gynéco. On
retrouve même sur l’album, en duo avec la chanteuse, le seul et unique
Boule Noire(2), si touché par la version de son hit « Loin de la ville
» revisité par Rachelle, qu’il a tenu à y poser sa voix.
Un album riche en talent, en émotion, en chansons solides à fort
potentiel radiophonique et commercial dont certaines cosignées par
Frédéric Baron, Diane Cadieux ou encore Harvey Mason Jr (Justin
Timberlake, Whitney Houston). Sa carrière en solo promet d’être
prometteuse puisque son premier album a été sélectionné comme le
disque de la semaine par un grand journal québécois. Quant aux
animateurs culturels québécois, ils ne tarissent pas d’éloges : pour
Francine Grimaldi de Radio Canada, la voix de Rachelle Jeanty «
arrache l’âme » et le chroniqueur culturel du journal La Presse
reconnaît en elle « tout le potentiel d’une star ».
La musique dans les tripes
« Quand je chante, j’y mets toutes mes tripes et dans ces dernières il
y a beaucoup de vécu », affirme la chanteuse de 39 ans. Et de fait,
cette auteure-compositrice et interprète livre dans son album des
chansons très intimes telles que « Les poings sur les hanches (3)», le
single choisi pour lancer l’album. Pour Rachelle, ce titre décrit son
parcours et est « une façon intéressante et authentique » pour le
public de la découvrir. « Le message dans cette chanson est important
pour moi à partager. J’espère qu’il inspirera comme j’en ai rêvé »,
nous a-elle confié. À travers « Sœur de sang », elle partage ses
préoccupations pour la femme noire. Cette chanson lui a été inspirée
par l’oscar remporté par Halle Berry qui est la seule femme noire qui
ait obtenu un oscar à Hollywood depuis Dorothy Dandrige. « Cela m’a
fait réfléchir » souligne Rachelle qui y dénonce aussi « l’obstination
de certaines de nos sœurs à vouloir vivre par rapport aux critères de
beauté du Blanc, quitte à endommager la sienne à force de crème
éclaircissante, par exemple ». Toutefois, avec le temps, elle s’est
rendue compte que ce message s’adresse à toutes les femmes du monde
qui ont souvent les mêmes réflexes.
Dans le titre « Sans Lui », on découvre la foi de l’artiste. Elle
s’avoue ne pas être pratiquante mais elle a une grande foi et
revendique sa spiritualité. Lui c’est Dieu : Il ne me laisse jamais
seule /Je garde sa flamme/Et pour tous ceux quoi le veulent/Je
chanterai cette prière qui plane, chante-t-elle dans cette composition
Ă forte consonance gospel. Rachelle dit adorer le gospel mĂŞme si elle
n’en a pas fait souvent et elle attend avec impatience le jour où elle
pourra chanter « Sans Lui » dans une église.
Cette Dame Soul arrivée au Québec à un an et demi est québécoise mais
elle a conservé de la culture haïtienne « la foi, la joie naturelle et
l’amour de Dieu, la dignité, la musicalité de notre musique et… le
groove! », s’exclame-t-elle. La musique est dans ses tripes et dans
son sang puisque l’inoubliable Occide Jeanty était le cousin de son
arrière grand-père. Son père, Constant Jeanty, a été un grand danseur
et chorégraphe dans les années 50. Malgré tout, au début, elle a été
obligée de cacher à ses parents qu’elle faisait de la musique. Après
avoir fait des études en récréologie, la musique l’a rattrapée et, un
soir de concert, son père lui a enfin donnée sa bénédiction. Un moment
émouvant pour elle puisque son père lui «a fait revivre la danse
folklorique haïtienne à un moment où l’on en s’en détournait; il m’a
donc transmis sa passion pour la danse et pour les rythmes racines.
Toute petite, j’ai dansé et chanté dans sa troupe », dit-elle.
Optimiste de nature, pratiquante de méditation et de yoga, Rachelle a
exprimé dans cet album « l’écœurement de la bassesse à laquelle l’être
humain est capable de se rendre pour quelques sous et un brin de
pouvoir » dans le titre « Nature humaine ». Mais quand on lui demande
sa définition de la nature humaine, elle répond : « elle peut être
belle, motivante et unique comme elle peut être décourageante et
frustrante de limites et d’erreurs de l’égo. Nous sommes tellement
plus que ce corps, ces voitures, cette position, ce titre, et pourtant
toute l’énergie que l’on dépense à vouloir les préserver, parfois au
détriment du bien être des autres et du nôtre, jusqu’à s’entretuer
mĂŞme, est abasourdissante. On gagnerait Ă se connecter plus souvent
sur notre nature spirituelle. Une pensée sur laquelle les Haïtiens
devraient réfléchir…
Rachelle Jeanty rêve d’avoir une petite maison (« toute petite »
précise-t-elle) près de la plage en Haïti et n’attends qu’une
invitation pour venir chanter dans son pays natal à qui elle dédie la
chanson «Libre » : « Plus forte que mes ennemis / Je suis arrivée
jusqu’ici / Et j’ai payé le prix / Pour vivre cette vie / Dans la
liberté/ (…) Oser aller là où le rêve devient réalité / Affronter les
ténèbres et en sortir illuminée».
Rachelle Jeanty : une âme, des textes profonds, des messages, Ă
découvrir absolument à travers la sensualité de la musique soul
francophone et une voix de velours.
Montréal le 20 août 2008.
1-Mile End Records
2-Décédé d’un cancer le 18 juin 2007, il a été une des figures
marquantes des musiques dansantes des décennies soixante-dix au
Québec.
3-À découvrir et à écouter sur
www.myspace.com/rachellejeanty
Par Nancy Roc
LE MATIN vendredi 22 août 2008