Re: Qu'est-ce que le néolibéralime?
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Re: Qu'est-ce que le néolibéralime?         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: annick.regnauld
Date: May 6, 2008 12:30

On 3 mayo, 22:08, annick.regna...@gmail.com wrote:
> On 2 mayo, 16:17, Annette wrote:
>
>
>
>> Copie d'un message reçu :
>> -------------------------------------
>
>> Ci-joint un texte du professeur Lagueux (philosophe et économiste) de
>> l’université de Montréal et traitant de la question : Qu’est-ce que le
>> néolibéralisme?. On en parle beaucoup ces jours-ci. Certains disent
>> que parler beaucoup n’éclaire pas la chose. Le texte est copieux (22
>> pages) mais la question n’est pas simple. Je suppose que parmi mes
>> correspondants il y a des curieux qui souhaitent voir plus clair.
>
>> Je remercie Eadwig Augustin qui m’a communiqué le texte.
>
>> Bonne réception et fructueuse lecture.
>
>> Adrien
>> -------------------------------------------------------
>
>> Qu'est ce que le néolibéralisme?
>> Maurice Lagueux
>> Professeur de philosophie, Université de Montréal
>> Il serait bien inutile de s'efforcer de comprendre en quoi consiste le
>> néolibéralisme, sans chercher d'abord à voir ce qui fait le propre du
>> libéralisme comme tel.  On ne se trompe guère, sans doute, en
>> soulignant d'emblée que le libéralisme est une doctrine axée sur une
>> sorte de culte de la liberté individuelle, mais on reste alors sur sa
>> faim car une telle façon de le caractériser a souvent donné lieu à des
>> interprétations fort variées et même contradictoires.  Il s'impose
>> donc de démêler un peu ces interprétations; la chose, toutefois, ne
>> sera guère facilitée par le fait que le libéralisme intéresse, au même
>> titre, des disciplines ou des secteurs aussi distincts que l'économie,
>> la politique, le droit, voire l'éthique.  Aussi, la décision prise ici
>> de privilégier la dimension économique simplifiera- t-elle, en un
>> sens, la discussion de la question, mais il faudra, chaque fois que
>> l'occasion s'en présentera, déterminer jusqu'à quel point les traits
>> dégagés dans un contexte économique peuvent s'appliquer également dans
>> les autres contextes pertinents.
>> 1. Le libéralisme européen et le libéralisme américain
>> Quoi qu'il en soit, cependant, du contexte privilégié ici, il est
>> habituel, quand on cherche à préciser le sens du mot «libéral», de
>> rappeler qu'il faut bien se garder de confondre les sens prêtés à ce
>> terme en Europe et en Amérique du Nord respectivement.  Avant
>> toutefois de montrer en quoi s'opposent ces deux acceptions d'un même
>> mot, il n'est pas sans intérêt de souligner ce qu'elles ont en
>> commun.  Qu'on ait, en effet, à l'esprit le sens européen ou le sens
>> américain du mot, on qualifiera normalement de «libéraux» ceux dont on
>> veut souligner les convictions anti-conservatrices et le peu de
>> propension à survaloriser les traditions séculaires. De même, dans un
>> cas comme dans l'autre, le «libéralisme» dont il est question voit ses
>> racines les plus profondes remonter à ce bouillonnement d'idées qui,
>> au XVIIe et au XVIIIe siècle, a fini par ébranler tout ce que l'on
>> associait alors à l'Ancien Régime. À ce titre, la cause du libéralisme
>> a toujours eu partie liée avec celle de la modernité et, malgré bien
>> des distinctions sur lesquelles il faudra revenir, son développement
>> fut, à ses débuts, étroitement relié à celui de la rationalité et à
>> celui de tout ce que l'idée de «Lumières» a pu évoquer à cette
>> époque....
>> Mais venons-en à ce qui distingue ces deux acceptions. Pour les Nord-
>> américains, les libéraux ont d'abord été ceux qui ont osé heurter de
>> front des traditions de la Métropole qui leur paraissaient vétustes
>> pour faire triompher un idéal moderne de liberté et de justice
>> sociale.  Les libéraux par excellence étaient ceux qui n'ont pas
>> craint, dans la Déclaration d'indépendance de 1776 de rejeter
>> l'autorité du roi d'Angleterre pour ensuite fonder un pays dont la
>> constitution allait garantir la liberté de chacun de ses citoyens.  On
>> ne s'étonnera donc pas de ce que ce nouvel État, qui était issu d'un
>> refus de toutes les traditions et qui avait littéralement été inventé
>> par quelques-uns des plus grands libéraux de l'histoire, ait vite été
>> perçu comme l'instrument privilégié qui devait permettre de faire
>> avancer la cause «libérale» et celle de la modernité.  Ainsi, les
>> dirigeants du parti Démocrate, qui, à diverses périodes, ont voulu
>> s'inscrire dans le sillage de ce libéralisme, n'ont-ils pas manqué de
>> faire abondamment appel à un État ainsi conçu, garant des libertés
>> individuelles, pour défendre les causes qui leur paraissaient les plus
>> valables.
>> Dans un tel contexte, on a été amené à qualifier de conservateurs,
>> ceux pour qui les valeurs familiales et régionales avaient beaucoup
>> plus d'importance que celles qu'entendait promouvoir un État qu'ils
>> estimaient à la fois distant et menaçant. On peut penser, en
>> particulier, à ces fermiers de l'Ouest, esprits indépendants s'il en
>> est, qui, après avoir défriché leur pays souvent par amour de la
>> liberté, acceptaient cependant bien mal que les gens de la Côte Est
>> viennent, au nom de l'État, leur imposer leur propre conception de la
>> liberté.  Aussi, aux États-Unis, le liberal typique, celui qui, à
>> l'époque de la crise des années 30, s'enthousiasmait pour le New Deal
>> de Franklin D. Roosevelt ou celui dont le New Frontier de John F.
>> Kennedy arrivait à réveiller les aspirations, est-il vite devenu un
>> ardent partisan de l'intervention de l'État. Puisqu'il entend être un
>> défenseur de la justice sociale, on le situera normalement plutôt à
>> gauche de l'échiquier politique américain.  Le conservateur, par
>> contre, qui, on l'a vu, n'entend pas être brusqué au nom d'idéaux
>> abstraits et qui, de ce fait, défend ses traditions avec entêtement
>> sera en général situé à droite du même échiquier. Toutefois, les
>> traditions dont il est ici question, venant à peine d'être mises en
>> place par des défricheurs indépendants et un tantinet anarchistes,
>> n'avaient rien à voir avec ces traditions séculaires qui, sur le vieux
>> continent, avaient fini par entrer dans une sorte de symbiose avec le
>> pouvoir étatique qui y puisait sa légitimité tout en les protégeant de
>> son autorité.
>> Pour les Européens, la lutte contre les traditions avait donc pris de
>> tout autres formes.  L'État, essentiellement monarchique, était, on le
>> sait, l'incarnation même de l'Ancien Régime; depuis l'époque des
>> Lumières, les esprits libéraux se reconnaissaient le plus souvent à ce
>> qu'ils ne craignaient pas de remettre en cause les privilèges d'une
>> noblesse associée au Pouvoir quand ce n'était pas les privilèges du
>> monarque lui-même.  En Angleterre surtout où, depuis la Grande Charte,
>> on s'était habitué à conquérir la liberté contre un État qui incarnait
>> l'ordre et les traditions, la grande tradition libérale, celle de
>> Locke et de Smith, fut vite associée à la volonté de ramener l'État à
>> son rôle de gardien des libertés individuelles.  En France, il est
>> vrai, les choses se sont passées un peu différemment. La révolution
>> ayant consacré au moins symboliquement la défaite de l'Ancien Régime,
>> l'État bourgeois, qui, par étapes, lui a succédé, fut autant le fruit
>> de contre-révolutions que de révolutions; il ne pouvait donc pas,
>> comme aux États-Unis, être perçu d'emblée comme instrument de
>> promotion d'une justice sociale que d'ailleurs un courant socialiste
>> plus radical avait déjà pris en charge.  Les héritiers de l'âge des
>> Lumières ont donc dû se partager entre champions de la justice
>> sociale (les socialistes) et champions de la liberté individuelle (les
>> libéraux).  Que ce partage, au départ, ait pu être déchirant est bien
>> illustré par la pensée brouillonne mais étonnamment prophétique du
>> comte de Saint-Simon, ce sympathisant révolutionnaire, dont tant les
>> socialistes utopistes du XIXe siècle que les défenseurs libéraux de la
>> société industrielle ont pu, à bon droit, se réclamer.
>> Quoi qu'il en soit, socialistes et libéraux se reconnurent vite comme
>> des frères ennemis, tout en partageant une égale méfiance à l'égard de
>> l'État bourgeois, les seconds parce qu'il s'agissait encore d'un État,
>> les premiers parce que c'était un État bourgeois.  Dans un tel
>> contexte, on n'était pas tenté, comme aux États-Unis, de confondre la
>> cause de la justice sociale, celle de la liberté et celle de la
>> modernité.  En Europe, furent qualifiés de «libéraux» ceux qui ont
>> résolument pris le parti d'une société industrielle moderne et fondée
>> sur la liberté individuelle, contre les prétentions d'un État
>> envahissant et vétuste ou contre la menace de cet État, plus
>> envahissant et plus menaçant encore à leurs yeux, dont les socialistes
>> n'hésitaient pas à favoriser l'avènement afin de promouvoir leurs
>> idéaux.  En Europe, le «libéral», tant en matière politique qu'en
>> matière économique, visera donc à réduire autant que possible la
>> présence de l'État. Ayant renoncé à accorder à la justice, dont il
>> redoute d'ailleurs les dimensions «sociales», une place comparable à
>> celle qu'il accorde à la liberté, il sera logé plutôt à droite d'un
>> échiquier politique dont les socialistes occuperont la gauche.
>> Il importait donc, pour éviter un malheureux contresens, de rappeler
>> l'existence de ce curieux paradoxe terminologique qui, selon le coté
>> de l'Atlantique où l'on se situe, fait du libéral le partisan
>> enthousiaste ou l'adversaire acharné de l'intervention de l'État. En
>> tout cas, quand on aborde le problème du libéralisme d'un point de vue
>> théorique, comme c'est le cas ici, il est habituel d'éliminer cette
>> équivoque en écartant d'emblée le sens «américain» et en adoptant le
>> sens «européen» du mot «libéral», ne serait-ce que parce que ce
>> dernier a
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Je comprends beaucoup mieux le désarroi des socialistes français.
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