Copie d'un message reçu :
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Paraguay
Après 60 ans, le renouveau?
Le vent de changement qui a soufflé sur l'Amérique du Sud au cours des
dernières années pourrait atteindre le Paraguay, dimanche.
Le deuxième pays le plus pauvre du continent sud-américain pourrait en
effet voir le règne de plus de 60 ans du Parti Colorado prendre fin, Ã
l'occasion d'une élection présidentielle à un seul tour très attendue.
Cette formation conservatrice est restée au pouvoir après la fin de la
dictature, l'une des plus longues et des plus sanglantes d'Amérique du
Sud, il y a 20 ans.
Les derniers sondages placent Fernando Lugo, un ancien évêque qui a
quitté la religion à la fin de 2006, en tête. Le candidat de
l'Alliance patriotique pour le changement (APC) devance la candidate
du Parti Colorado, l'ex-ministre de l'Éducation Blanca Ovelar,
première femme à briguer la présidence dans ce pays.
Le général à la retraite Lino Oviedo, candidat de l'Union nationale
des citoyens éthiques (UNACE), un parti de droite, complète le
tableau. Les quelque 2,8 millions d'électeurs paraguayens doivent
choisir non seulement leur président, mais aussi le vice-président,
les sénateurs, les députés et les gouverneurs de départements, tous
pour un mandat de cinq ans.
Pour sa campagne, Fernando Lugo a réussi à réunir une coalition de
mouvements sociaux, de syndicats, et même d'anciens membres du Parti
Colorado pour bâtir son alliance. La base de son organisation repose
sur les communautés ecclésiastiques. De nombreux prêtres et laïques
l'ont aidé à faire campagne.
Intérêt et tension
La semaine dernière, Blanca Ovelar, en retard de cinq ou six points de
pourcentage sur M. Lugo, selon les sondages, a reconnu pour la
première fois la possibilité d'une défaite. Elle a promis d'accepter
le verdict de la population, quel qu'il soit.
Signe d'un fort intérêt pour ce scrutin, des centaines de Paraguayens
expatriés en Argentine sont rentrés pour pouvoir voter.
Pour sa part, le président sortant Nicanor Duarte a accusé le
Venezuela et l'Équateur d'avoir envoyé des agitateurs pour perturber
le scrutin. Malgré tout, il a garanti la sécurité des électeurs pour
la journée de dimanche.
Environ 36 %% de la population du Paraguay vit sous le seuil de la
pauvreté, dans ce pays où le PIB par habitant dépasse à peine les 1800
$US. Le Paraguay est un pays essentiellement agricole, dont les
principales exportations sont le coton et le soja.
Radio-Canada.ca avec Agence France Presse
L'opposition paraguayenne tiraillée entre un évêque et un général
LE MONDE | 19.04.08 | 14h03 • Mis à jour le 19.04.08 | 14h03
ASUNCION ENVOYÉE SPÉCIALE
Nous voulons le changement, il faut en finir avec les Colorados",
s'exclament en choeur Maria et Isabel, assises devant leur étal du
marché qui propose des produits de l'artisanat local, à Asuncion.
A la veille de l'élection présidentielle, dimanche 20 avril, au cours
de laquelle le Parti Colorado (centre droit) pourrait perdre le
pouvoir qu'il détient depuis soixante et un ans, les deux amies ne se
disputent pas. Maria confie qu'elle votera pour Fernando Lugo,
l'ancien évêque de San Pedro, la province la plus pauvre du pays :
"C'est un curé de campagne qui a toujours aidé les démunis et qui n'a
rien à voir avec les politiciens corrompus de la capitale", dit-elle.
Isabel, elle, votera pour Lino Oviedo, un ancien général putschiste,
libéré de prison en septembre 2007 après avoir purgé une peine pour
avoir tenté de renverser, en 1996, le président de la République.
Catholique, Isabel reproche à Mgr Lugo d'avoir abandonné son
ministère. "Alors qu'il est de gauche, il a fait une alliance
électorale avec un parti de droite", le Parti libéral, ajoute-t-elle.
"Nous ne voulons plus de militaires. Oviedo est un transfuge du Parti
Colorado et un fasciste", se scandalise, un peu plus loin, Dora, qui
vend des objets indigènes. Elle est convaincue que "l'évêque des
pauvres" est "le seul capable de rendre leur dignité aux communautés
indigènes méprisées".
Fernando Lugo arrive en tête des sondages, devançant de quelques
points seulement Blanca Ovelar, du Parti Colorado, et le général
Oviedo. "La soudaine libération d'Oviedo a été une stratégie
machiavélique du gouvernement pour diviser l'opposition", affirme Mgr
Lugo.
Les deux candidats de l'opposition ont le même électorat potentiel :
les paysans pauvres. Ils ont des atouts communs : ils parlent le
guarani, la langue indigène employée dans les campagnes. Ils ont fait
de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Ils ont
promis une réforme agraire dans un pays qui compte 300 000 paysans
sans terre, selon le sociologue Tomas Palau. L'extension incontrôlée
des cultures de soja contraint "chaque année, 15 000 familles rurales
à émigrer vers les villes où elles vivent dans l'indigence", estime-t-
il.
Le discours populiste du général Oviedo attire les petits
fonctionnaires et les sous-officiers. Il est populaire pour avoir
renversé, en 1989, le général Alfredo Stroessner, mettant fin à trente-
cinq ans de dictature. En revanche, le charisme de Fernando Lugo
séduit les jeunes. Ainsi, jeudi soir 17 avril, une atmosphère de
kermesse a envahi Asuncion, lors de la clôture de la campagne
électorale de l'évêque. Le drapeau paraguayen autour du cou comme une
étole, cet homme grand et jovial, qui a gardé ses manières de prêtre,
a appelé à la réconciliation nationale. Il a assuré qu'il n'y aurait
pas de chasse aux sorcières contre les Colorados et il a même souhaité
la bienvenue aux dissidents du parti officiel.
Au milieu d'une marée de drapeaux bleus, couleur des partisans de Mgr
Lugo, un septuagénaire arborait la chemise rouge des Colorados. "Oui,
je suis Colorado", avoue cet exploitant agricole. "Mon parti s'est
transformé en une mafia, assure-t-il. J'ai honte qu'à l'étranger, mon
pays soit associé à la corruption, qu'il y ait chaque jour plus de
pauvres et que les jeunes soient condamnés à l'exode. Je voterai pour
Lugo." A son avis, rien n'est joué d'avance. Il craint une fraude
électorale. "Beaucoup de gens ont peur de perdre leur travail si
l'opposition gagne", ajoute-t-il.
A 100 kilomètres d'Asuncion, Juan et Pedro désherbent un champ de 10
hectares. Ils travaillent dix heures par jour, pour le modeste salaire
que leur verse un grand propriétaire terrien. "On est tous Colorados
dans ma famille", confie Juan. Mais cette fois-ci, il votera pour
Fernando Lugo. "Les Paraguayens sont à bout, la santé et l'éducation
n'existent pas pour les pauvres, et les Colorados s'en mettent plein
les poches", explique-t-il.
Pedro dit qu'il va, lui aussi, voter "pour le "pa'i"" ("prêtre", en
guarani). Appuyé sur sa bêche, il hésite : "Ou pour le "Cavalier"",
désignant ainsi Lino Oviedo, général de cavalerie. Pour les deux
travailleurs agricoles, "la principale victoire, dimanche, serait de
chasser du pouvoir les Colorados".
Christine Legrand
Article paru dans l'édition du 20.04.08