Haïti/Québec-Politique-Homosexualité )
Média Mosaïque, 7/31/2008
De notre collaborateur
Donald Jean
Montréal
Haïti est aux antipodes du Québec.
Cependant, on ne peut s’empêcher de
comparer André Boisclair, un
homosexuel déclaré briguant le poste
de PM au Québec à Michèle Pierre-
Louis, lesbienne, selon la clameur
publique.
Michèle Pierre-Louis et André Boisclair
Cette comparaison, en dépit de ses imperfections, fait autorité dans
le
subconscient des Haïtiens vivant au Québec à un moment où les pro et
anti Michèle
Pierre-Louis s’affrontent autour de ce que les gens appellent la
«moralité» en
Haïti.
André Boisclair: la carte de la franchise
L’ex-leader du Parti Québécois, qui affrontait Jean Charest aux
élections
québécoises en mars 2006, avait tout avoué. Tout le monde savait
qu’André
Boisclair était homosexuel et ce dernier avait pleinement assumé.
D’ailleurs, Boisclair avait même surpris bon nombre de gens en avouant
avant la
campagne électorale, suite à des rumeurs, qu’il avait «consommé de la
cocaïne»
pendant qu’il était ministre à différentes reprises sous les
gouvernements du Parti
Québécois. «Oui j’ai consommé, c’était des erreurs de jeunesse», avait-
il répété,
l’air embarrassé, aux journalistes.
Ce qui avait soulevé un véritable tollé au point où ses détracteurs
se
demandaient: «était-il en pleine possession de ses moyens alors qu’il
assumait ses
fonctions, ne flirtait-il pas avec les milieux mafieux pour pouvoir se
procurer la
drogue qu’il consommait?».
Michèle Pierre-Louis: le marronnage
Présentée comme une personnalité «compétente», «crédible» par ses
partisans, le
premier ministre désigné actuel d’Haïti n’est pas de la trempe d’André
Boisclair.
En dépit des rumeurs persistantes sur ses préférences sexuelles, Mme
Pierre-Louis a
préféré ne pas admettre.
Une posture qui met dans l’embarras bon nombre de gens qui savent
qu’elle serait
bel et bien «homosexuelle» et qui pensent qu’un tel statut ne devrait
pas la
disqualifier pour le poste. Le pouvoir, veut-elle l'avoir à tout prix?
En tout cas,
Mme Pierre-Louis préfère jouer les victimes en prétextant faire les
frais d’une
campagne de dénigrement.
Coincée par des parlementaires devant ratifier sa désignation, Mme
Pierre-Louis ne
pouvait ne pas se prononcer ouvertement sur la question. «Êtes-vous
lesbienne,
comme le prétendent les rumeurs?», telle est la question à laquelle
les
parlementaires voulaient une réponse…
Cette femme, dans la soixantaine et mère d’un enfant, de laquelle la
nation
attendait une affirmation claire ou une négation, a plutôt esquivé le
mot qui fait
peur: «lesbienne». Au micro d’un journaliste, qui, lui non plus, ne
l’a pas
relancée, elle a déclaré laconiquement: « je rejette ces allégations,
ce sont des
calomnies, des mensonges...».
Haïti/Québec : dissemblances ou ressemblances?
André Boisclair n’a pas été ouvertement attaqué par ses rivaux pour
son
homosexualité. D’ailleurs, ses adversaires ne pouvaient trop enfoncer
le clou
puisque les homosexuels sont perçus comme une «minorité» avec
laquelle on doit
composer, à l’instar des handicapés, des groupes constituant la
mosaïque ethnique
de la société québécoise.
Quoique conservateurs, comme partout ailleurs, les groupes religieux
du Québec
n’avaient pas non plus osé dénoncer le fait qu’un homosexuel déclaré
accède à la
tête d’un des partis les plus importants, et par conséquent, pourrait
devenir le
prochain chef du gouvernement.
Évidemment, si Boisclair avait caché son homosexualité, un éventuel
tapage
médiatique aurait pu surgir. Mais, contrairement à Haïti, il est de
notoriété
publique que les homosexuels ont leurs droits et disposent de leurs
associations
avec pignon sur rue au Québec.
Autre dissemblance, Michèle Pierre-Louis est nommée par le président
René Préval,
alors qu’André Boisclair briguait le poste par voix élective. La
population, qui
devait choisir parmi les trois partis en lice, savait qu’un vote pour
le Parti
Québécois était l’équivalent d’un appui tacite à un éventuel premier
ministre
homosexuel.
Michèle Pierre-Louis, une victime du machisme haïtien?
Les associations de femmes qui montent au créneau pour défendre Mme
Pierre-Louis,
n’ont-elles pas raison? C’est une réalité, puisque bon nombre
d’homosexuels
masculins non-déclarés, dont nous choisissons volontairement de taire
les noms, ont
déjà exercé le pouvoir politique en Haïti.
Qui n’a pas entendu dire en Haïti qu’un ex-premier ministre nommé par
l’ex-
président Aristide, qu’un ex-ministre représentant la diaspora sous
Préval
(première version) ou encore un ex-secrétaire d’État aux sports bien
connu,
seraient homosexuels. Pourquoi n’y avait-il pas de tollé avant et
pourquoi
aujourd’hui dans le cas de Mme Pierre-Louis? Ceux qui s'opposent Ã
cette femme
doivent avoir le courage de se poser également cette question.
Peu de modernité politique dans cette femme
Si les partisans de Mme Pierre-Louis peuvent bien mettre de l’avant sa
compétence,
son expérience en tant que patronne d’une super ONG à qui le
milliardaire américain
Georges Soros avait délié les cordons de la bourse (des dizaines de
millions de
$US) pour l’expansion de son projet de bibliothèques à travers le
pays, il demeure
que la gestion qu’elle a faite de sa désignation comme premier
ministre laisse
grandement à désirer.
Elle l'a gérée au grand dam de ceux qui souhaiteraient voir un
changement radical
dans la façon de faire de la politique en Haïti. Madame reste très peu
inspirante.
Pire encore, en jouant avec les mots, elle manipule l’opinion publique
autant que ses
détracteurs le font à son détriment. Ce qui met en doute toute
apparence raisonnable
de sincérité de sa part.
Enfin, pour clore cette comparaison où les dissemblances semblent
l'emporter sur
les ressemblances, dans une société moderne comme le Québec, vu le
tollé et la
division que l’entrée en scène de Mme Pierre-Louis a provoqués avant
même son
éventuelle installation à la Villa d’accueil (siège de la primature),
cette femme
devrait démissionner ou tout simplement renoncer à cette faveur, ce
cadeau
empoisonné, cette patate chaude de son bon ami René Préval.