LE MATIN un journal en vie
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LE MATIN un journal en vie         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Apr 1, 2008 08:25

Copie d'un message reçu :
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Le journal LE MATIN a plus de cent ans. Présentation d'un journal qui
vit.

Ad multos annos
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Éditorial LE MATIN 1er avril 2008

Le Matin : un siècle et un an
Par Roody Edmé

Notre journal a 101 ans, ce 1er avril. L'année dernière, nous avons
célébré un centenaire salué avec chaleur par toute la communauté
nationale et nos nombreux amis de l'étranger, ce qui nous donne du
courage et de la détermination pour engager l'aventure au moins cent
autres années de plus, en continuant à accompagner les forces vives de
notre pays sur le chemin de cette lutte titanesque contre le sous-
développement, l'intolérance et la tentation totalitaire.
Cher lecteur, c'est un journal encore plus déterminé à vous servir qui
franchit allègrement la porte du nouveau millénaire avec une rédaction
dynamique décidée plus que jamais à vous informer de l'actualité
immédiate, mais aussi à vous offrir les meilleures analyses sur les
questions économiques, sociales, culturelles et sportives.
Il s'agit pour nous de réagir à l'actualité, mais aussi d'anticiper
les grandes tendances dans des domaines stratégiques et vitaux pour
l'évolution de notre nation et la gouverne de nos décideurs. Les
politiques, les hommes d'affaires, les étudiants et les professionnels
en général nous ont en maintes fois soutenus dans cette mission
difficile d'informer sans caricaturer, d'analyser << san fòs kote >>.
Mais surtout de dire la vérité même si elle peut, comme aimait à le
répéter un illustre confrère, << faire rougir la face du diable >>. La
crédibilité de notre journal vient du fait que nous cherchons, à
travers une information non partisane, à critiquer quand il le faut et
à encourager quand c'est nécessaire. Et ceci avec la rigueur qui sied
à un moment si critique où la scène médiatique se confond trop souvent
avec la scène politique.
Bien des défis pendent à nos plumes et claviers : le combat contre
l'insécurité et, à ce propos, nous saluons la mobilisation du
collectif contre le kidnapping (lire ci-contre), laquelle constitue un
sursaut digne de ce peuple contre cette violence faite à la dignité
humaine et, comme l'affirmait Jean Claude Bajeux, au micro de Nancy
Roc, c'est la pire des choses qui puisse arriver à un peuple d'anciens
esclaves, qui a combattu contre toutes les formes de séquestration et
la réduction de l'humain au statut de bétail.
La lutte contre la misère qui maintient la majorité de notre peuple
dans l'indignité et qui a fait l'objet d'une attention spéciale de
notre section économique continuera à être une dominante de notre
ligne éditoriale. Avec surtout des investigations sur le terrain et
des propositions soumises à l'ensemble de la communauté.
Nous continuerons le bon combat, aux côtés d'autres confrères, contre
la dégradation accélérée de notre environnement et pour une gestion
plus responsable de nos villes et collectivités territoriales. Mais
nous insisterons pour plus de tolérance, seule garante de la
stabilité, contre toutes les formes d'ostracismes qui nous ramènent
aux heures perdues du 19e siècle.
L'un des grands défis de l'heure consiste comme nous l'écrivions une
fois à << oser l'avenir >>, en faisant table rase d'un certain passé, en
adaptant nos mentalités à une vision plus inclusive du mythe fondateur
de la famille haïtienne. Et puis, sur le plan scientifique, oser les
nouvelles technologies à l'instar de certains pays du Sud devenus
aujourd'hui des puissances émergentes.
Pour que notre futur de peuple ne soit plombé, à l'instar de cette
phrase sortie de la bouche d'un personnage du roman << Le Guépard >> de
l'auteur italien Giuseppe Lampedusa évoquant l'immobilité séculaire de
sa Sicile natale : << Si nous voulons que tout reste comme avant, il
faut les faire changer en apparence... >>. Faisons, au contraire,
bouger résolument les frontières de notre réalité, car il y a quelque
chose de grand à se hisser au-dessus de sa misère...
Pour ce cent-unième anniversaire, nous saluons toute l'équipe de la
Rédaction, en particulier nos responsables de section, nos
éditorialistes, nos chroniqueurs, nos correcteurs, nos graphistes et
nos collaborateurs spéciaux qui garantissent la qualité de notre
journal. À nos généreux et compétents contributeurs, d'ici et
d'ailleurs, de la rubrique Agora, nous disons merci de participer à
élargir les vues de notre journal. Nous sommes également
reconnaissants à tous ceux et celles qui, à tous les niveaux de
l'administration, en assurent la production et la distribution.
Merci enfin à notre Conseil d'administration qui a la lourde tâche de
la survie d'un journal centenaire dans une société aussi volatile que
la nôtre.
mardi 1er avril 2008

LE MATIN AU QUOTIDIEN / La Rédaction*, côté cuisine
Par Natacha Clergé
clernatacha@yahoo.fr

Ce mardi 1er avril, Le Matin a 101 ans. Aujourd'hui vingt-et-un
personnes forment l'équipe de la chaîne de production. Un rédacteur en
chef, deux graphistes, onze journalistes, puis les chefs de rubrique...
Tous différents l'un de l'autre, mais c'est cette différence qui fait
marcher la machine qui mène chaque matin, ou presque tous les matins,
Le Matin à destination...
<< Messieurs, quel sera le contenu du journal aujourd'hui >>, est la
question qui ouvre chaque matin la réunion de rédaction. C'est en
général le rédacteur en chef qui la pose, Clarens Fortuné. Exerçant la
profession de journaliste depuis l'âge de dix-sept ans, il en est
devenu dépendant. Toujours à la même place, corrigeant avec
application, avec des gestes désolés de la tête, les fautes
d'orthographe et de syntaxe... des articles de son équipe.
Veillant au respect de la ligne éditoriale caractérisée par
l'objectivité, la sérénité, le rédacteur en chef a l'endurance d'un
ouvrier de la construction et la minutie d'un technicien qui manipule
des bombes. << L'information peut être une bombe >>, répète-t-il
souvent, comme pour mettre en garde contre tout sensationnalisme de
mauvais aloi.
La manchette du journal, c'est l'obsession du rédacteur en chef. <<
Bon ! Messieurs, je ne vois pas encore ce qui fera la une du journal
>>, lance-t-il parfois après une demi-heure de réunion. Dans ces
réunions, débutées autour de neuf heures chaque matin, il est question
de trier les sujets susceptibles d'être exploités par le journal. Des
plaisanteries sur les femmes, les écarts des hommes et femmes du pays,
l'aspect comique des événements politiques, les revendications des
femmes, la lutte féministe ou une figure du mouvement font parfois
diversion.
Se libérant alors de son costume de rédacteur en chef, Clarens Fortuné
participe jovialement à ces digressions et confie sans encombre à ses
collègues, secoués par des éclats rire, son passé de vieux briscard de
la plume et ses expériences en d'autres domaines ....
Jacques Desrosiers travaille au journal depuis tantôt quatre ans. Il
assure principalement la couverture des questions en rapport au
Parlement haïtien. Son élection au poste de secrétaire général au sein
de l'Association des journalistes haïtiens (AJH) fait l'objet de
plaisanterie par ses collègues et notamment le rédacteur en chef. <<
Jacques, tu es secrétaire général désormais, il faut peaufiner tes
textes, il y va de ton image >>, a lancé le rédacteur en chef à
Desrosiers au lendemain de l'élection de ce dernier.
Nonchalant, assez pour banaliser les remarques de ses collègues, voire
somnoler devant son ordinateur, Jacques Desrosiers assure l'intérim en
l'absence du rédacteur en chef. Mais, dans ces cas-là, il surprend, il
sort de cette nonchalance et cumule la tâche de reporter et celle de
rédacteur en chef, une jonction qu'il réalise bien. Les vacances du
rédacteur terminées, il lui repasse hâtivement la commande, sans se
faire prier.
Markenson Joseph : ses articles font souvent la une du journal.
Préféré du rédacteur en chef, les questions en rapport aux droits
humains l'intéressent. Markenson Joseph, comme le rédacteur en chef, a
de la constance au travail. C'est ce point qui les rapproche sans
doute. Dès qu'on lui propose un sujet, il se passionne et s'échauffe
et déjà le titre de l'article défile sous ses yeux.
<< Men wi, rédacteur, l'autokidnapping prend de l'ampleur. Je vais
faire appeler Mario Andresol pour les chiffres et aussi des juges pour
m'enquérir de la question. Mais, je pense qu'il y a vide de
législation sur la question >>, a-t-il déclaré quand on lui a proposé
d'écrire sur l'autokidnapping la semaine écoulée.
Sa passion au travail, Markenson Joseph a tendance à l'étendre
dangereusement aux autres, jusqu'à minimiser, voire même rire des
problèmes évidents soulevés par ses collègues dans la réalisation d'un
reportage. D'où parfois son image de << briseur de grève >>. Cette image
ne dure pas longtemps. Car il est toujours prêt à aider ou à passer un
numéro de téléphone ou une idée qui dépannent.
Les élections, le Conseil électoral provisoire (CEP), les points de
presse à la Primature ou de la présidence, une démission officielle...
sont les sujets que l'on confie à Ladenson Fleurival. Mais, la
dégradation de l'environnement est le sujet qui l'intéresse. S'il
n'est pas toujours enthousiaste pour les sujets qu'on lui propose,
comme Markenson Joseph, acquiesçant juste d'un signe de la tête
ponctué d'un << d'accord, rédacteur >>, il livre immanquablement la
marchandise, comme le facteur régulier livre le journal chaque matin.
Si Ladenson Fleurival produit fidèlement, il a le souci de vendre ce
qu'il a réalisé et de le perfectionner. Régulièrement, il aide à
déterminer le choix du reporter susceptible de mieux traiter un sujet.
Élargir le lectorat du journal est une de ses préoccupations.
<< Rédacteur, je crois qu'on devrait changer le mode de diffusion,
intensifier le marketing du journal. Pourquoi on ne fait pas une
banderole pour dire que Le Matin aura 101 ans. C'est peu coûteux et ça
peut aider pour la visibilité du journal >>, se plaint Fleurival dans
les réunions de rédaction.
Alix Laroche, en plus d'être journaliste, est aussi comédien. À force
de donner vie aux idées subversives des poètes, il les a
intériorisées, d'où chez lui une prédisposition à protester contre
l'arbitraire et le répétitif, voire même à s'emporter.
<< J'ai horreur de débiter toujours les mêmes sujets. Je veux traiter
d'autres sujets originaux, des sujets qui surprennent, il y a des tas
dans la rue>>, se plaint-il souvent.
Ces protestations, bien qu'elles soient fondées quelque part,
apparaissent parfois comme une fuite en avant. Produire un quotidien
est une tâche exigeante, soumise aux contraintes du temps. Et,
parfois, Alix Laroche fait des propositions qui ne sont pas
réalisables dans l'immédiat.
<< Le rédacteur veut toujours un sujet pour la une, nous devons être
imaginatifs, pourquoi nous ne faisons pas un journal où la manchette
serait une page blanche, ça peut faire mouche dans la population...>>, a-
t-il déclaré une fois sous le regard étonné ou/ et amusé de ses
collaborateurs et collaboratrices.
Chenald Augustin arrive toujours en milieu d'après-midi. Il rentre en
trombe dans la salle de rédaction, et, à peine a-t-il déposé son sac à
dos, il met déjà un sujet sur le tapis et le commente abondamment : la
lutte ou les figures féministes, la production intellectuelle en
Haïti, les performances de tel ou tel professeur, les motivations qui
animent tel journaliste de la rédaction pour avoir produit tel ou tel
texte... le fonctionnement du pays dont il prétend avoir fait le tour. <<
Chenald, les textes pour la rubrique Culture sont-ils prêts ? >>,
interroge parfois le rédacteur en chef d'une voix forte, histoire de
mettre fin aux commentaires du bavard. Et, en deux temps, trois
mouvements, Chenald produit un, deux, trois textes, trie quelques
dépêches ... Chenald est aussi prolifique que bavard, mais maintenant il
estime que sa fougue s'est quelque peu dissipée...
Bonel Auguste est aussi silencieux qu'une maison dont les
propriétaires sont en exil à l'opposé de Chenald Augustin, qui comme
lui, est attaché à la section Culture du Matin. Il arrive sans faire
de bruit et s'enferme dans son cassier, les yeux rivés sur son
ordinateur.
<< Ti Bobo, donne les textes pour la Culture >>, le somme parfois Danice
le graphiste. Aux pressions, aux plaisanteries de ses collègues, sur
sa voiture notamment, Bonel semble imperméable. Il prend tout son
temps ou plutôt le temps qu'il faut pour produire ses textes, dont les
mots, pesés entre mille, sonnent juste...
Fanfan Jean Panel écrit surtout sur l'éducation, la cherté de la vie,
le fonctionnement des bidonvilles... Depuis plus d'un an qu'il est au
journal, sa fougue demeure intacte... Une conférence sur les progrès en
matière de lutte contre le VIH/sida, le bilan des examens d'Etat, les
remontrances d'un syndicat enseignant, les mesures de la mairie sur le
transport en commun, la gestion des marchandes de rue, Fanfan en a
pour quelques heures. Tenace à forcer le respect, le bas niveau de
salaire dans le métier ne le décourage pas. Il est toujours là, chaque
matin, à abîmer ses yeux déjà malades sur l'écran de l'ordinateur.
Rock André est attaché à la section économique ; il parle peu à
l'instar de Bonel Auguste. Après un bref salut au rédacteur en chef et
aux journalistes, il s'attèle à son article. Cependant, si ses yeux
s'absorbent dans son texte, ses oreilles sont à l'affût et attrapent
au vol les moindres plaisanteries qu'il amplifie au grand bonheur de
Danice Joachim le graphiste.
Danice Joachim est le graphiste en chef du journal. Dès qu'il arrive
au milieu de la matinée, il dessine le chemin de fer, le tableau qui
indique l'organisation du journal, la répartition des modules entre
les textes et la publicité. Danice a une propension pour le rire,
jouant sur le double sens d'un mot, d'une phrase, d'une expression
pour en tirer matière à plaisanterie.
Quand il travaille, parfois jusqu'à des heures avancées de la nuit,
Danice a avec lui une équipe : François Gilbert qui ne se sépare
jamais de sa musique qui le tient éveillé, Erick Fouché qui s'occupe
de la correction finale des textes et qui se targue d'avoir beaucoup
vu et du rédacteur en chef. Durant ces longues heures où le journal
doit être bouclé, tout est matière à blagues, les acrobaties d'un
collègue, les femmes, les habitudes d'un journaliste...
Gérald Bordes est laborieux, telle une fourmi. Il a de la permanence
dans le travail. Chaque jour, il est là, son appareil de radio à
l'oreille à suivre la retransmission des matchs. Deux, trois, voire
quatre articles et dépêches : Bordes est une bête de travail. << J'ai
donné cette information en primeur >>, s'enorgueillit-il souvent.
Sylvestre Fils Dorcilus est toujours attentif aux contenus des
journaux rivaux. À la Rédaction, il passe, voyageant d'un site à
l'autre pour s'enquérir de ce que disent les autres médias, histoire
de faire face à la concurrence, en s'attardant sur les faits saillants
de l'actualité.
Hubert Antoine collabore depuis peu avec la Rédaction. Mais il s'est
rapidement imposé par la qualité de ses textes. Calme et posé, quand
il ne rapporte pas les manifestations culturelles déroulées à Fokal,
l'Institut français ou ailleurs, il peaufine son recueil de poésie ...
Jean Jacques Augustin dit JJ est photographe au journal. Ses doigts et
ses yeux captent les événements sur des coutures intéressantes. Mais
quand on lui reproche de photographier trop souvent les ministres, les
secrétaires d'État, les ambassadeurs, .... il avance, en guise de
justification : << Ce sont eux qui sont à l'honneur >>.
*Pour commémorer l'anniversaire du journal, cette rédaction ne
travaillera pas ce 1er avril et donne rendez-vous à ses lecteurs jeudi
matin.
mardi 1er avril 2008
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