Re: La culpabilité est elle héréditaire?
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Re: La culpabilité est elle héréditaire?         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: annick
Date: Dec 10, 2006 13:06

Ben oui ...on doit bien en faire le constat :la haine de la mère fait
des ravages présentement.Que dit Lacan sur le sujet?
Annette ha escrito:
> Copie d'un message reçu :
> -------------------------------------
>
> Ci-joint deux textes qui sont matière à réflexion. Je regrtte de
> n’avoir pas pu trouver le premier texte de Raphael Confiant.
>
> Bonne réception et fructueuses lecture.
>
> Adrien
> ---------------------------------------------------------
>
> Point de vue
> L'innommable Raphaël Confiant ?,
> par Jacky Dahomay
> LE MONDE | 02.12.06 | 14h31 • Mis à jour le 04.12.06 | 18h49
> L'intégralité du texte dont Le Monde publie des extraits dans son
> édition du vendredi 1er décembre datée samedi 2 décembre.
> L'écrivain martiniquais Raphaël Confiant est-il un théoricien de la
> "créolité", un critique comme Edouard Glissant des théories
> simplistes de l'identité "racine", ou, au contraire, un
> néo-nationaliste antillais concevant l'identité de façon
> substantialiste avec tout ce que cela implique d'exclusion et de haine
> de l'autre ? Serait-il le prêtre d'une nouvelle judéophobie noire ?
> On ne peut le dire, mais il est difficile de nommer son texte La Faute
> (pardonnable) de Dieudonné, qu'il fait circuler sur Internet et qui
> suscite un émoi certain aux Antilles.
> Réagissant à une critique faite à Dieudonné (notamment concernant
> sa présence à la fête du Front national) par un de ses anciens amis,
> professeur métropolitain blanc, installé en Martinique depuis de
> nombreuses années et membre par ailleurs de la Ligue des droits de
> l'homme, Raphaël Confiant écrit ceci : "Quand un Euro-Américain me
> fait une leçon de démocratie, de tolérance et de droits de l'homme,
> j'ai deux réactions : d'abord, je suis admiratif devant un culot aussi
> monstre. Après avoir génocidé les Amérindiens, esclavagisé les
> Nègres, chambre-à-gazé les Innommables, gégènisé les Algériens,
> napalmisé les Vietnamiens et j'en passe, voici que ça se pose en
> modèle de vertu ! Chapeau les mecs. Par contre, quand un Innommable,
> après tout ce qu'il a subi de l'Occident, vient me tenir le même
> discours et se pose à moi en civilisé et en Occidental, là je n'ai
> plus qu'une seule réaction. Comme Dieudonné, je me fâche tout net."
> Si on comprend bien, tout Blanc ou tout Euro-Aaméricain qui défend
> l'idée des droits de l'homme est, pour Raphaël Confiant, éminemment
> suspect. Il porterait comme dans ses gènes les fautes commises par ses
> aïeux. L'Europe et l'Occident étant réduits au mal, leur histoire ne
> comporte nulle grandeur, nulle générosité. Schoelcher, Marx,
> Lénine, les anti-esclavagistes européens, les anticolonialistes
> français, Jean Moulin et les résistants, la littérature et la
> philosophie européennes, tous suspects car participant du même mal
> posé par Confiant comme substantiel à on ne sait quelle essence même
> de l'"Occident". Chapeau, Confiant, pour une telle somme d'inepties !
> Mais le plus obscur donc qu'on a du mal à nommer chez cet écrivain
> martiniquais, c'est la colère qu'il exprime contre les Innommables,
> colère qui le porte à justifier le rapprochement de Dieudonné avec
> le Front national et sans doute – on a du mal à le comprendre – sa
> volonté de pardonner à l'humoriste certains de ses propos jugés
> antisémites. Mais qui sont ces Innommables ? Les Juifs, bien sûr.
> Mais pourquoi l'écrivain ne les nomme-t-il pas ? C'est là que tout
> devient subtil. Confiant, professeur de lettres, universitaire,
> écrivain, sait bien que "Innommable", pour le Petit Larousse par
> exemple, est : "Trop vil, trop dégoûtant pour être nommé,
> injustifiable". S'il traitait les Juifs de cette façon, il n'aurait
> rien à envier aux nazis, pour qui les Juifs étaient de la "vermine".
> L'écrivain antillais ne veut point tomber sous le coup de la loi et il
> précise donc qu'il parle d'individus "dont la loi interdit de nommer
> et la nationalité et la religion". Et il ajoute : "dans ce papier, je
> les désignerais donc sous le nom d'Innommables". Le problème de
> Confiant est celui de savoir comment obéir à la loi juridique tout en
> désobéissant à la loi morale qui dicte le devoir comme exigence
> d'humanité. Cette exigence étant au fondement même des droits de
> l'homme, on ne voit pas pourquoi on la respecterait si les droits de
> l'homme ne sont que les droits de l'homme blanc occidental.
> Les nazis, eux aussi, détestaient l'idée des droits de l'homme. Pour
> eux, il n'y avait que les droits de la culture (et encore de la culture
> allemande), du Volkgeist, de l'esprit d'un peuple. Voilà pourquoi ils
> réduisaient la politique, comme Carl Schmitt, à la distinction
> amis-ennemis. Le nationalisme allemand, parce que nationaliste – donc
> contenant potentiellement une dialectique de l'extermination, comme
> tout nationalisme, fût-il antillais –, s'est accompli dans
> l'extrême haine de l'autre que fut le nazisme, contredisant ainsi ce
> que l'Occident avait tenté de penser comme l'Humanisme, quelles que
> soient les faiblesses d'ailleurs de cet humanisme. Comme l'a fait
> remarquer Hannah Arendt, avant d'envoyer les Juifs à la mort, il
> fallait d'abord les soustraire de l'humanité et, en leur enlevant la
> citoyenneté, on les rendait ainsi tuables parce que pour les nazis,
> l'identité politique (la citoyenneté) se réduisait à l'identité
> culturelle. Les idéologues nationalistes antillais ont du mal aussi à
> penser la distinction identité politique/identité culturelle. On
> pourrait se demander si, aujourd'hui, traiter les Juifs d'Innommables
> ce n'est pas une façon d'affirmer qu'ils sont donc hors du langage, de
> la signification et du sens, donc de la culture tout court. Une autre
> façon plus subtile de leur dénier leur appartenance à l'humanité.
> Nous ne disons pas que c'est là la volonté de Confiant car la loi
> nous interdit de nommer nazis ou pronazis les propos tenus par
> l'écrivain. Affirmons tout simplement que le comportement de Raphaël
> Confiant, écrivain responsable de ses actes et de ses écrits, est
> absolument innommable, c'est-à-dire injustifiable. Nous ne disons pas
> que sa personne est innommable car ce serait vouloir le rayer de
> l'humanité. C'est seulement son comportement qui nous donne le
> haut-le-cœur.
> Mais on ne peut en rester à cette indignation spontanée. Il faut
> comprendre. Comment expliquer qu'un intellectuel, dans les Antilles
> d'aujourd'hui, puisse en arriver là ? On peut critiquer les dérives
> de certains intellectuels juifs comme Finkielkraut. Nous l'avons fait.
> On peut condamner tout ce qui, dans l'histoire dudit Occident, relève
> de la mise en esclavage, d'exterminations de toutes sortes. On peut
> même suspecter un certain républicanisme français, celui de Jules
> Ferry par exemple, ou un démocrate comme Tocqueville, pour leur
> nationalisme, leur volonté impérialiste, voire leur racisme. Cela
> aussi, nous l'avons fait. On peut aussi dénoncer ce qui aux
> Antilles-Guyane reste de pratiques colonialistes. C'est vrai. On peut
> surtout essayer de penser pour les DOM un autre avenir plus conforme à
> leur histoire. C'est notre souci. Mais d'avoir subi le colonialisme et
> le racisme ne nous donne absolument aucun droit d'être racistes. Ce
> que disait Fanon : "Je n'ai pas le droit, moi, homme de couleur, de
> souhaiter la cristallisation chez le Blanc d'une culpabilité envers le
> passé de ma race. Je n'ai ni le droit ni le devoir d'exiger
> réparations pour mes ancêtres domestiqués (…). Je ne suis pas
> esclave de l'esclavage qui déshumanisa mes pères."
> La faute impardonnable de Raphaël Confiant est de vouloir réduire
> tout être humain à une identité par lui substantialisée, ce que
> Sartre nommait la "chosification" de l'autre lorsqu'il pensait à la
> question juive. Il ne comprend pas que l'histoire du peuple juif est
> partie intégrante de l'Occident tout comme une bonne partie de
> l'histoire des Antilles, d'ailleurs. En ce sens, Confiant n'est pas
> moins "occidental" que Finkielkraut, ne serait-ce que pour ses
> théories de la nation, très "allemandes", élaborées en Occident. Il
> a du mal à comprendre qu'il n'y a pas un être-juif, immuable et
> éternel, ni non plus un "être-martiniquais". Qu'il y a des Juifs
> critiques de la politique d'Israël, des Juifs ayant combattu contre le
> colonialisme et le racisme tout comme des Français blancs aussi. Si
> tous les Blancs sont suspects, on comprend la douleur d'exister pour
> des mulâtres comme Dieudonné et Confiant. Ce dernier l'avoue
> lui-même : "Je crois déceler une double souffrance chez l'humoriste
> [il s'agit de Dieudonné, précisons] : l'une est liée à sa personne,
> à son être métis (père africain, mère blanche) ; l'autre, liée à
> ces gens qu'il est interdit de nommer (il a été partenaire de scène
> de l'un d'eux pendant une quinzaine d'années) (…) bien que de mère
> blanche, gauloise, camembert, tout ce qu'on voudra, Dieudonné sait que
> les gens comme lui demeureront à jamais dans la société raciste
> hexagonale un nègre et rien qu'un nègre."
> Il y aurait donc chez Dieudonné une souffrance ontologique, liée à
> son être même. Son malheur est d'être métis. Notons que le père
> est qualifié d'africain et non de noir et que la mère n'est pas
> nommée française (car Confiant est de nationalité française et bien
> payé par l'Etat français) mais blanche (référence à la race),
> gauloise (référence à une ethnie supposée être originaire),
> camembert (référence à une chose ayant partie liée avec la
> fermentation) et "tout ce que l'on voudra" précise Confiant,
> encourageant (involontairement peut-être ?) notre imagination à
> vagabonder vers des choses plus glauques, de la fermentation à la
> putréfaction ! On ne sait pas si Dieudonné appréciera que l'on parle
> de sa mère en ces termes mais si un membre du Front national traitait
> son père d'"Ibo, cirage et tout ce que l'on voudra", on crierait à
> juste titre au racisme. Dans cet innommable écrit, l'écrivain
> martiniquais pose la mère de Dieudonné comme portant en elle, parce
> que blanche, la faute de ses ancêtres car le mal est pensé ici comme
> héréditaire. Chose qui avait été déjà tentée d'être pensée par
> Malebranche dans De la recherche de la vérité. Comment comprendre que
> nous soyons encore responsable du péché d'Adam ? Pour le philosophe
> cartésien, c'est la mère qui retransmet la faute originelle à
> l'enfant et cela, grâce à l'imagination, depuis la nuit des temps. La
> deuxième faute de Dieudonné est d'avoir fréquenté trop longtemps un
> Innommable, c'est-à-dire un Juif. Car il est évident pour Raphaël
> Confiant que cette catégorie d'humains ne peut être fréquentable.
> Au total, ces propos sont graves, très graves. A l'heure où des
> groupes de Noirs ou d'Antillais sont tentés en France de faire la
> chasse aux Juifs dans le même temps où un gendarme d'origine
> martiniquaise se fait presque lyncher avec un jeune Juif, alors que
> nombre de Français noirs ou métis se posent la question de leur
> intégration à la République française et que des gens en France, au
> Haut Conseil à l'intégration ou ailleurs, s'évertuent à trouver des
> solutions à ce douloureux problème, pour Raphaël Confiant, il n'y a
> pas de solution car jamais un Noir ni un métis ne pourront être
> intégrés dans une France hexagonale raciste, ontologiquement raciste.
> Que reste-t-il alors ? La violence, le désespoir, la haine de l'autre
> ? Ou tout simplement la solution de l'extrême droite : chassez-les,
> pourchassez-les, foutez-les dehors ! Les dérives d'un Dieudonné, cela
> commençait déjà à bien faire. Mais qu'il obtienne le soutien
> idéologique d'un écrivain antillais quelque peu célèbre, la chose
> est absolument condamnable !
> Car, quoi qu'en dise Raphaël Confiant, le mal est bien radical, car
> inscrit dans la liberté même de l'homme. C'est la bête qui nous
> habite, universellement. Il y a des Noirs racistes, comme des Blancs ou
> des Juifs racistes. D'être descendants d'esclaves ne nous dispense pas
> de notre responsabilité. L'extermination de l'autre n'est pas le
> propre de l'Occident même si celui-ci, grâce à la domination
> technique, lui a donné l'ampleur que l'on sait. Tout homme, comme tout
> peuple et toute culture, porte en lui la tentation de l'extermination.
> Le Rwanda, ce n'est pas que la faute aux Blancs, cessons de nous
> raconter des histoires. Arrêtons de mettre nos faiblesses et nos
> impasses historiques sur le seul compte du colonialisme français.
> Ressaisissons-nous nous-mêmes ! En tout cas, la lutte est désormais
> ouverte aux Antilles entre, d'une part, ceux qui veulent faire évoluer
> nos sociétés dans des problématiques identitaires fermées,
> haineuses et obscurantistes et ceux qui, d'autre part, comme nous,
> pensent sincèrement que la question de l'identité ne pourra jamais se
> poser positivement en dehors du respect des droits fondamentaux de la
> personne humaine. Car, comme disait le célèbre Martiniquais Frantz
> Fanon, qui ne manquait pas d'humanisme, il s'agit de "lâcher l'homme",
> tous les hommes y compris, généreusement, Raphaël Confiant.
> Jacky Dahomay
>
> Jacky Dahomay est professeur de philosophie au lycée de Baimbridge
> (Guadeloupe) et membre du Haut Conseil à l'intégration.
>
> ***************************************************************************************************************
>
> Point de vue
> Les Noirs, du malaise à la colère,
> par Raphaël Confiant
> LE MONDE | 08.12.06 | 14h10 • Mis à jour le 08.12.06 | 14h10
>
> Il y a quelques années de cela, des milliers de Martiniquais
> s'étaient mobilisés afin d'occuper l'aéroport international du
> Lamentin, le seul de l'île, afin de s'opposer à l'atterrissage de
> l'avion d'Air France qui transportait un passager qui n'était pas le
> bienvenu : Jean-Marie Le Pen. Après huit heures de vol au-dessus de
> l'Atlantique, cet avion fut contraint de rebrousser chemin après une
> brève escale technique en Guadeloupe.
> Il y a quelques mois de cela, des milliers de Martiniquais se sont à
> nouveau mobilisés devant le palais de justice de Fort-de-France pour
> soutenir Dieudonné, qui avait été agressé aux abords de son hôtel
> par deux jeunes israélites. L'humoriste était, en effet, venu donner
> un spectacle dans l'île. Aujourd'hui, la télévision nous renvoie
> l'image de Le Pen, Bruno Gollnisch et Dieudonné hilares, se serrant la
> pince dans les allées de la fête "Bleu-blanc-rouge" du Front
> national. Le ciel tombait sur la tête des supporteurs martiniquais de
> Dieudonné. Pas sur la mienne. Je n'ai, en effet, participé à aucune
> des deux grandes mobilisations susmentionnées.
> S'agissant de la première, je considère que, dans une colonie, il n'y
> a pas lieu de faire de distinguo entre les dirigeants de la métropole
> car, quand l'heure de la négociation sera venue, il faudra bien que
> nous discutions avec, quel que soit le président ou le régime que les
> Français auront choisi. Les nationalistes martiniquais
> refuseraient-ils de s'asseoir à la même table qu'un président
> français d'extrême droite démocratiquement élu ? Remettraient-ils
> leurs revendications indépendantistes aux calendes grecques ?
> Impensable.
> D'autre part, l'extrême droite n'était pas que je sache au pouvoir en
> France lors des guerres d'Indochine et d'Algérie, ni lors du massacre
> de 90 000 Malgaches en moins d'un mois lors de la grande révolte de
> 1947, ni de celui de 20 000 Algériens à Oran le 8 mai 1945. Et ce
> n'est pas elle qui a envoyé le GIGN massacrer les indépendantistes
> kanaks dans la grotte d'Ouvéa. Donc empêcher Le Pen d'atterrir en
> Martinique, et pas Chirac, Sarkozy, Bayrou ou Hollande, n'a aucun sens
> du strict point de vue de la revendication nationaliste. Réflexion
> qui, à l'époque, m'avait valu bien entendu l'ire des grands
> défenseurs de "la nation martiniquaise". Mais passons...
> Je n'ai pas non plus soutenu Dieudonné lors de son agression parce que
> je trouvais qu'au-delà de cet incident inadmissible, tant l'humoriste
> que ses supporteurs martiniquais s'instrumentalisaient les uns les
> autres. Du côté de Dieudonné parce qu'il devenait l'espace d'un
> procès une sorte de "héros du peuple noir" à bon compte ; du côté
> de ses supporteurs parce qu'ils avaient le sentiment d'accomplir là
> une grande action anticolonialiste (sans en payer les frais). J'ajoute
> que Dieudonné a donné trois ou quatre spectacles à la Martinique et
> que je n'ai assisté à aucun d'eux.
> Désorientés, les Martiniquais cherchent donc à comprendre le sens de
> la visite de Dieudonné à la fête du Front national. La plupart n'ont
> aucune explication à ce qui leur apparaît être un non-sens. Ils sont
> donc bien obligés de se tourner vers la presse hexagonale qui, elle,
> possède, à l'entendre, la clef du mystère : Dieudonné serait le
> grand prêtre d'une toute nouvelle secte, celle des antisémites
> nègres. Son rapprochement avec Le Pen s'expliquerait donc par une
> commune détestation des juifs. Bref, la France serait gangrenée,
> surtout dans ses banlieues, par un inquiétant phénomène de
> résurgence antisémite, non plus gaulois cette fois, mais arabe et
> nègre. Et nos grands analystes d'ajouter que si, à la rigueur,
> l'antisémitisme arabe pouvait avoir quelque explication (le sort
> inacceptable fait aux Palestiniens), celui des Nègres, par contre,
> était totalement incompréhensible et infondé.
> Or qu'en est-il exactement ? Les Nègres seraient-ils devenus
> subitement antisémites et si oui, pourquoi ? Je ne peux bien entendu
> répondre qu'à mon seul niveau et je me garderai bien de parler au nom
> de Dieudonné ou de qui que ce soit. Je vois en fait un phénomène qui
> se décline en trois étapes : le malaise, la stupéfaction et la
> colère. Malaise d'abord quand, au nom d'un prétendu "crime contre
> l'humanité", on veut me faire endosser l'Inquisition, les pogroms, la
> rafle du Vel'd'Hiv'et la Shoah. La notion de crime contre l'humanité
> relève, à mon sens, de l'escroquerie intellectuelle, escroquerie qui
> a deux objectifs très précis :
> 1. dissimuler le nom du coupable et du même coup le dédouaner ;
> 2. pousser tous les peuples du monde, quels qu'ils soient, à se sentir
> coupables dudit crime.
> Car si l'on admet cette notion, pourquoi ne pas alors parler de "crime
> contre la société" quand on a affaire à un tueur en série ? A ce
> compte-là, tout le monde devrait se sentir coupable des assassinats de
> vieilles dames commis par Guy George par exemple : le boulanger du
> coin, l'instituteur, l'infirmière, vous, moi. Soyons sérieux ! De
> même qu'au niveau de la société, un tueur en série est à juste
> titre tenu pour responsable de ses forfaits (et c'est bien pour cela
> qu'il passe devant les assises !), au niveau des nations, ceux qui ont
> génocidé, esclavagisé ou chambre-à-gazé doivent être eux aussi
> désignés nommément.
> Je compatis devant la souffrance juive, je trouve que la Shoah est une
> abomination, mais, désolé, je ne m'en sens ni responsable ni
> coupable. Et, dans le même ordre d'idées, les Indiens ne sont pas
> responsables de l'esclavage des Nègres ni les Chinois du génocide des
> Amérindiens. Donc, oui, il y a en tout premier lieu un énorme malaise
> lié à cette notion fallacieuse de "crime contre l'humanité" qu'on
> cherche à nous faire gober par tous les moyens.
> Vient ensuite la stupéfaction. Quand j'entends le président du
> Conseil représentatif des institutions juives de France déclarer au
> journal de France 3 que "le monde civilisé doit se mobiliser contre
> l'Iran" ou tel ministre israélien des affaires étrangères énoncer
> bravement : "Nous autres, Occidentaux, nous ne pourrons jamais nous
> entendre avec les Palestiniens à cause de la mentalité arabe", je ne
> peux m'empêcher de sursauter.
> Je ne suis ni perse ni arabe, mais je sais très bien, avec ce genre de
> déclarations, dans quelle catégorie quelqu'un comme moi se retrouve
> classé : dans celle des non-civilisés. Et moi de me dire : mais
> comment un peuple qui a été martyrisé pendant près d'un millénaire
> par les Occidentaux jusqu'à ce que ces derniers, de guerre lasse si
> l'on peut dire, inventent la "solution finale", comment donc un tel
> peuple peut-il aujourd'hui se réclamer de la... civilisation et de
> l'Occident ? Comment est-ce possible après Dachau et Auschwitz ? Car
> l'antisémitisme européen n'a-t-il pas fini par éradiquer toute vie
> juive digne de ce nom en Europe jusqu'à faire du yiddish une langue
> morte ? N'a-t-il pas obligé les juifs à fuir l'Europe pour se créer
> un "foyer national" d'abord, puis un Etat dans lequel ils pourraient
> enfin vivre tranquilles, loin des inquisitions, pogroms, rafle du
> Vel'd'Hiv'et autres chambres à gaz ? Car pour autant que je sache
> l'idéologie sioniste n'est pas née dans les communautés juives du
> Maroc, du Yémen ou d'Irak !
> Malaise d'abord donc, stupéfaction ensuite. Vient nécessairement le
> temps de la colère. Colère devant les images de centaines d'enfants
> et de femmes froidement abattus, depuis 1948, à Gaza et en
> Cisjordanie. Colère devant les maisons dynamitées, les assassinats
> ciblés de militants, l'emprisonnement de dirigeants palestiniens
> dûment élus par leur peuple. Colère devant le soutien irréfragable
> de l'Occident à Israël, quels que soient les crimes perpétrés par
> ce dernier.
> Après avoir "massacré l'homme partout où elle l'a rencontré", selon
> l'expression de Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre, voici
> qu'aujourd'hui l'Europe se drape avec son rejeton états-unien dans la
> toge de l'antiracisme et du philosémitisme ! Il y aurait de quoi
> sourire de cette posture si elle n'était pas tout à la fois
> outrecuidante et scandaleuse. C'est comme si Guy George, libéré avant
> terme, cherchait à faire la morale à l'épicier du coin !
> Enfin, je ne peux terminer sans évoquer l'aspect
> martinico-martiniquais de cette polémique : il y a une vingtaine
> d'années, Aimé Césaire avait inventé la notion de "génocide par
> substitution" pour décrire la situation de la Martinique. Le chantre
> de la Négritude dénonçait par là le remplacement de la population
> autochtone martiniquaise par des populations venues d'ailleurs, cela
> avec la complicité active de l'Etat français.
> Aujourd'hui, la prédiction de Césaire est en passe de se réaliser :
> tous les domaines de la vie martiniquaise sont désormais entre les
> mains de non-Martiniquais (administration, justice, médias, économie,
> etc.). Le seul et unique domaine qui ne l'est pas encore est celui de
> l'art, de la culture et de l'intellectualité en général. D'où
> l'offensive que mène actuellement une bande de néocolons pour faire
> tomber cet ultime bastion en cherchant à décrédibiliser ceux qui,
> comme moi, refusent d'être génocidés en douceur.
> Et quelles meilleures armes pour terrasser ces "refuzniks" que de les
> accuser d'être racistes et antisémites ! Les dix générations
> d'esclaves arrachés à l'Afrique qui m'ont précédé doivent se
> retourner dans leur tombe.
> Raphaël Confiant est écrivain.
> Article paru dans l'édition du 09.12.06
no comments
diggit! del.icio.us! reddit!