L'argumentaire de VLB
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L'argumentaire de VLB         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Jun 24, 2008 05:35

Copie d'un message reçu :
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Ci-joint une réponse à VLB qui toute tardive n’en est pas moins
pertinente.

A*
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L'argumentaire de VLB fait grand mal à son image
par Pierre A. Simon

Maintenant que le vortex provoqué par le brûlot de Victor-Lévy
Beaulieu s'est apaisé, on peut se rendre compte que ce qui lui a
servi d'axe, l'utilisation du vocable Reine-Nègre par l'auteur, ne
sera pas ce qu'il en restera de plus important pour ceux qui ont suivi
ce psychodrame. Le terme en question, on l'a déjà dit, n'est, après
tout, que le féminin de Roi-Nègre, expression qui, en littérature
politique, sert depuis longtemps à désigner quelqu'un qui trahit une
cause, qui se fait acheter. On peut toujours se demander s'il est
juste d'accorder aux Nègres le monopole des trahisons historiques.
Mais nous ne répondrons évidemment pas à cette question ici.

Restons plutôt dans la logique suivante : VLB a ses raisons de croire
que Mme Jean et son mari ont trahi la cause nationaliste québécoise et
il veut la dénoncer. N'est-ce pas d'ailleurs de cette façon qu'il
justifie sa sortie? Il « a été fâché quand Mme Jean a accepté de
devenir la gouverneure générale du Canada parce que je la trouvais
naïve et peu conséquente d'accepter un poste qui est le symbole même
du colonialisme britannique qui a toujours mal servi la cause
québécoise ». Ne nous posons pas d'autres questions qui nous viennent
à l'esprit. Notamment, dans l'hypothèse où ils auraient, à un certain
moment, partagé réellement une foi souverainiste, est-ce que Mme Jean
et son époux n'avaient pas le droit, comme un certain nombre de
Québécois l'ont fait, de changer de croyance politique? Mais laissons
là cette question et d'autres qui pourraient nous titiller. M.
Beaulieu est fâché et je ne vois aucune raison de mettre cela en
doute. Mais quand on est fâché et qu'on est un homme de qualité et un
esprit sérieux, on dit son fait à l'autre. On précise ce qui nous rend
mécontents. « Vous êtes une traître, une reine-nègre et voici pourquoi
je le dis ». Mais M. Beaulieu ne s'est malheureusement pas arrêté à
cela, il s'est lancé dans une diatribe acerbe, ad hominem, aussi
décousue que de mauvaise foi, avec une claire et indécente volonté de
démolir l'accusée. Certains parlent du droit d'écrire un pamphlet, un
papier choquant autour d'une idée qu'on entend défendre. Je serais mal
venu de contester ce droit. Sauf que, dans le cas qui nous occupe,
l'auteur avait clairement la prétention d'écrire un pamphlet politique
et il se trouve que l'idée centrale proposée – la trahison politique
de Michaëlle Jean et de son époux - est noyée dans des considérations
désobligeantes au sujet de la personne de Mme Jean. Vouloir tuer le
messager a toujours été un signe de faiblesse. Et, c'est ce signe de
faiblesse, dans son argumentaire même, entachant l'image de M.
Beaulieu comme écrivain, qui va rester la marque la plus importante de
tout cet incident.

L'auteur n'accuse pas seulement Mme Jean d'avoir trahi la cause, il
lui nie surtout toute qualité personnelle. Ainsi Michaëlle Jean est
jugée « désincarnée » comme journaliste à la télévision à cause de son
accent trop « pointu » Là, on a envie de demander à M. Beaulieu si
l'accent décrété pointu de l'accusée détonnait tant parmi les
journalistes de cette station qu'il s'est déjà plu, semble-t-il, à
accuser de parler un « langage radio-canadien ». Peut-être, à ce
moment-là, ne parlait-il pas d'accent pointu. Ou, est-ce parce que
ledit langage radio-canadien le dérangeait un peu plus quand il était
parlé par une Noire qui normalement ne devrait pas savoir rouler
adéquatement ses "r"? Et si, mutée à un autre poste, celui
d'interviewer, Mme Jean réussit bien dans cette nouvelle carrière, M.
Beaulieu préfère penser que cela s'explique par un défaut de
l'accusée, celui de vouloir montrer « jusqu'à quel point elle était
intelligente et capable de discuter ». Pourtant cette formule
d'interview, que je qualifierais de « conversation », est courante en
Europe, en France notamment et, ici au Québec, Stéphane Bureau semble
la pratiquer quelquefois.

M. Beaulieu taxe aussi Mme Jean d'ambitieuse. D'une ambition qui,
selon lui, n'aurait jamais lâchée cette dame, depuis sa percée à Radio-
Canada comme journaliste jusqu'au « fauteuil à braguettes dorées du
gouverneur-général du Canada. » Il ne manque plus à l'auteur que de
reprocher à Michaëlle Jean les succès académiques engrangés dans sa
jeunesse qui lui ont permis d'en arriver là? Monsieur Beaulieu,
l'ambition et la recherche de la reconnaissance sociale sont des
moteurs du vivant chez l'homme (et chez la femme, si vous permettez).
Il s'agit de ces mêmes principes du vivant, de ces mêmes ressorts, qui
ont fait de vous l'écrivain de renom que vous êtes. Il n'y a en fait
que la décence et la droiture qu'on peut mettre dans la poursuite de
ses objectifs qui déterminent si la chose est acceptable ou pas. Et,
ces limites respectées, le champ politique n'est pas moins honorable
que le champ littéraire.

Je veux encore insister sur le fait que je ne conteste pas du tout à
M. Beaulieu le droit de ne pas être en accord avec le choix politique
de Mme Jean et de le lui faire savoir. Comme Haïtien, la fibre
nationaliste est trop présente chez moi pour cela. D'ailleurs n'ai-je
pas été moi-même membre du PQ pendant plusieurs années, celles qui
correspondent à ma période « jeune homme en colère » comme aime à le
dire, en parlant de lui-même, le grand écrivain haïtien, René
Depestre, oncle de Mme Jean. Et je pourrais ajouter, qu'aujourd'hui
encore, je n'ai jamais cessé de voter PQ et Bloc. Ce qui précède
c'était pour dire que, selon moi, Québécois et Haïtiens, nous
partageons une quête nationaliste et de sensibilité identitaire et
c'est au nom de cette communauté de situation que nous, Haïtiens,
aurions souhaité que l'option politique de M. Beaulieu, ce que
d'autres ont appelé son « braquage identitaire », ne lui interdise pas
de comprendre le sens que cette nomination pouvait avoir pour nous.
Et, au-delà d'ailleurs de la communauté haïtienne et noire, la portée
humaine universelle de cette accession, car le bénéfice concerne
incontestablement la société planétaire dans son ensemble. Mais, si
nous revenons aux communautés noires à travers le monde, ces dernières
sont en panne d'icônes, de motifs de fierté. Il n'y a qu'à voir la
réaction de l'Afrique à la nouvelle de l'investiture d'Obama comme
candidat présidentiel du parti démocrate américain. Personnellement,
en ce qui concerne Mme Jean, je dois avouer que cela ne me laisse pas
tout à fait indifférent de penser que celle-ci et ses parents
habitaient à quelques portes de la maison familiale à Port-au-Prince.
Je ne me rappelle pas d'elle, tout en étant sûr, qu'étant l'aînée de
sa famille, elle faisait partie de la marmaille qu'élevait ce couple
d'enseignants, dont la mère tenait chez elle une école pour jeunes. Si
« j'avions su » comme on dit chez ce peuple reliquat de la Grande
Déportation. Les Barak Obama et Michaëlle Jean sont importants pour
nous, pour les enfants noirs que nous élevons sur cette étrangère.
Nous ne réclamons pas cependant pour eux un statut particulier qui
ferait d'eux des personnalités politiques intouchables, des faux
leaders en fin de compte. Ils doivent au contraire être critiqués dans
ce qu'ils font et pour ce qu'ils font, - pourquoi pas l'option
fédéraliste de Mme Jean -, sauf dans ce qu'ils sont comme personne.
C'est pourquoi j'estime que la voie de critiques ad hominem choisie
par M. Beaulieu relève tout simplement de la « grotesquerie ». Le
terme est de l'auteur, m'affirme-t-on.

Pierre A. Simon
13/06/08
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