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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR / L’École normale supérieure empêtrée dans une
nouvelle crise!
À l’Université d’État d’Haïti (UEH), les crises se succèdent. Après
les facultés d’Agronomie et de Médecine vétérinaire, des Sciences
humaines, de l’Institut supérieur d’études et de recherches en
sciences sociales (ISERSS), ci-devant IERA, d’Ethnologie…, c’est
maintenant au tour de l’École normale supérieure (ENS) de connaître
une nouvelle crise.
Selon Jean Vernet Henry, recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH),
le problème de l’École normale supérieure traîne depuis déjà trop
longtemps. Des élections devaient être organisées depuis cinq ans au
sein de cette entité de l’UEH, en vue de mettre en place un nouveau
Conseil de direction, organe chargé de la gestion académique,
administrative et financière de l’établissement. Ce qui, a déploré le
recteur, n’a jamais été fait. Et le Conseil actuel, a-t-il dit,
continue de fonctionner en dehors de toutes les normes et principes
régissant les règlements internes de l’institution. Ce problème, a
souligné le recteur, a été à maintes reprises porté par-devant le
Conseil de l’Université d’État d’Haïti (CUEH), la plus haute instance
de l’UEH qui, après avoir analysé la situation a adopté des mesures.
Le Conseil de l’Université, a-t-il expliqué, avait fini par prendre
des résolutions selon lesquelles des élections devraient être
organisées dans toutes les entités de l’UEH, dont l’École normale
supérieure. « Dans cette dernière, malencontreusement, a poursuivi
Jean Vernet Henry, pour des raisons que l’on ignore, les élections
n’ont pas eu lieu. Ce qui a débouché sur des conflits entre des
groupuscules à l’intérieur de l’ENS ».
Pour remédier à la situation, le Conseil de l’UEH a été contraint
d’adopter, en mai dernier, des résolutions selon lesquelles le Conseil
de direction actuel de l’ENS devait se retirer afin de faciliter non
seulement l’organisation des élections, mais aussi faciliter la
normalisation de la situation académique et administrative de l’École
normale supérieure. « C’est une décision du Conseil de l’Université
d’État d’Haïti que nous autres du Conseil exécutif sommes tenus Ã
mettre en application », a insisté le recteur de l’UEH.
C’est justement dans le cadre de cette démarche que le CUEH avait pris
la décision, le 27 juillet dernier, de mettre en place une Commission
intérimaire de direction à l’École normale supérieure.
Une décision contestée
Qualifiant d’arbitraire et d’illégitime la décision du CUEH, des
étudiants de l’École normale supérieure ont, à travers une pétition,
dit ne pas comprendre l’attitude des membres dudit Conseil. Dans une
mise au point faite dans le cadre d’une conférence de presse, jeudi, Ã
l’auditorium de l’ENS, Sacha Dieubon, Jephté Carmil et Jean Rony Médy,
étudiants en philosophie et en physique, ont fusionné leurs voix pour
exprimer leur position publique par rapport à la mesure prise par les
responsables de l’UEH. « En tant qu’étudiants, ayant un certain droit
de regard sur ce qui se passe au sein de l’établissement, nous
déclarons cette décision arbitraire, parce que nous n’avons pas été
invités par le CUEH à prendre part aux séances de réflexions y
relatives. Nous disons illégitime la décision, dans la mesure où le
prétexte par lequel le Conseil de l’UEH a décidé du sort du Conseil de
direction actuel de l’ENS », ont-ils soutenu.
Selon les étudiants, une assemblée mixte s’était tenue le jeudi 13
mars dernier afin de statuer sur le problème de l’organisation des
élections au sein de l’ENS. À cette occasion, ont-ils indiqué,
étudiants, professeurs et personnel administratif avaient décidé de
confier à la Commission centrale électorale de l’Université d’État
d’Haïti (CCUEH), l’organisation des élections des membres d’un nouveau
Conseil de direction à l’ENS. Suite à cette résolution, ont-ils
rappelé, aucune note n’avait émané du Conseil central électoral de
l’UEH. Il n’a jamais été question, lors de cette assemblée, ont-ils
poursuivi, de mise sous tutelle de l’École normale supérieure.
« Nous voyons, ont-ils fustigé, dans cette décision une démarche
visant plutôt à faire disparaître l’École normale supérieure pour la
transformer en un véritable centre des sciences de l’éducation. C’est
une volonté manifeste de piétiner l’autonomie de l’ENS à décider
ainsi, sans notre consentement, de son avenir. » Se disant prêts Ã
s’organiser en un front de résistance, ils ont appelé les membres du
Conseil de l’Université d’État d’Haïti à surseoir sur leur décision.
De son côté, le recteur Jean Vernet Henry a dit ne pas comprendre la
position des étudiants qui estiment que l’ENS sera transformée en une
autre structure. Selon M. Henry, il n’a jamais été question d’un tel
projet au niveau du Conseil de l’Université d’État d’Haïti. « Ce que
les étudiants disent ce n’est pas exactement la vérité. Il y a eu
effectivement une lettre émanant de l’École normale supérieure
demandant à la Commission centrale électorale de l’UEH d’organiser les
élections à l’École. Mais après un long débat sur cette affaire, le
Conseil de l’Université n’a trouvé nulle part dans la charte de la
Commission centrale de l’Université, réglementant la question des
élections à travers toutes les entités de l’UEH, aucune provision
légale pouvant permettre à celle-ci d’organiser les élections Ã
l’École normale », a fait savoir Jean Vernet Henry.
Il a précisé que ce sont les différentes composantes de l’ENS qui
doivent se réunir pour organiser les élections. Néanmoins, a-t-il
soutenu, il faut que ce soit fait sous l’observation de la Commission
centrale électorale. « Je ne comprends vraiment pas. Dans toutes les
facultés, sans distinction, il y a eu l’approbation de la charte. En
ce que concerne l’organisation des élections dans les entités de
l’UEH, tout le monde était d’accord. Qu’est-ce qui explique que ce
soit seulement à l’École normale supérieure que les élections ne
puissent se tenir », s’est-il interrogé.
Quelle issue !
Les étudiants disent vouloir maintenir leur position par rapport à la
décision du Conseil de l’Université jusqu’à trouver satisfaction de
leurs revendications. Par ailleurs, le recteur Jean Vernet Henry croit
que tout dépend du Conseil de l’Université, la plus haute instance
décisionnelle de l’UEH.
Entre-temps, à en croire les étudiants, malgré cette anomalie qui
risque de paralyser le fonctionnement de l’École normale supérieure
(ENS), toutes les activités, savoir les cours réguliers, les
différents programmes avec la coopération française : CAEF, Masters
lettres/philosophie, CAEM, CAEP, l’organisation des examens, se sont
déroulées sans problème à la faculté.
Par Alix Laroche
LE MATIN mercredi 20 août 2008