Haiti -- Societe -- Le Père Noel, c'est la diaspora
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Haiti -- Societe -- Le Père Noel, c'est la diaspora         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Dec 21, 2007 10:04

Copie d'un message reçu :
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<< Le Père Noël, c'est la diaspora >>

Par Natacha Clergé

clernatacha@yahoo.fr

Beaucoup de compatriotes vivant à l'étranger profitent souvent de la
saison de Noël pour une tournée au pays natal.

<< Oui ! Allô, oui Allô mamie ! Tu m'entends ? Oui ! Comment ça va ? Je
tiens le coup. Mais, franchement maman, tout n'est pas bien : je suis
à sec. C'est décembre et je n'ai pas un sou. Aussi peu qu'il soit, tu
dois m'envoyer quelque chose. [...] J'ai la tête ailleurs maman. On n'a
rien à la maison : le riz, l'haricot, l'huile, tout est fini. Rosie en
fait un prétexte pour ne pas cuisiner [...]. Je ne peux pas supporter la
faim, maman, sérieusement ! Tu dois m'envoyer quelque chose, dès
demain ! Même cinquante dollars, c'est peu, mais je m'en contenterai !
Demain ? [...] >>, converse au téléphone un jeune homme dans la
vingtaine. La scène se passe dans un cybercafé du centre-ville.

Tout à côté, un autre jeune homme, d'une voix rauque, tient quasiment
la même conversation. << Faudra penser à m'apporter deux paires de
tennis. Une noire, l'autre, tu choisiras suivant ton goût ; mais, il
faut absolument qu'une soit noire. Ouais ! Apporte-moi des maillots
aussi, mon pote ! Je compte sur toi. Ouais! Ouais! Nadine, la lumière
rouge ! Elle mène son commerce dans le quartier, grosse comme un
éléphant. Nous sommes toujours ensemble. Cependant, tu sais, c'est pas
une femme à qui l'on peut faire confiance. Pour les fêtes de fin
d'année, je ne vais pas compter sur elle. Elle sait que tu vas
rentrer, elle s'aiguise déjà les dents >>.

Espace aux proportions réduites, le cybercafé n'offre aucune
intimité ; confidences et supplications tombent dans des oreilles
indiscrètes, livrées au cours de communications téléphoniques dont la
clarté laisse, souvent, fort à désirer.

Sur une étagère, une dizaine d'ordinateurs tombe en ruine et des
ventilateurs accrochés aux murs ne sont plus que de vieux objets de
décoration. À la veille de Noël, le lieu est fréquenté par un nombre
imposant de clients. Peu soucieux du décor, moyennant 25 gourdes, ces
derniers viennent exposer, en dix minutes, les privations de toute une
année à des parents ou des amis vivant sous des cieux plus cléments,
en diaspora.

<< C'est un spectacle quotidien. Les gens sollicitent de leurs familles
de l'étranger de l'argent, de la nourriture et leur souhaitent joyeux
Noël >>, explique une employée du cybercafé, l'air très fatiguée,
fixant d'un OEil hagard un cahier où est inscrite la recette du jour,
alors que les va-et-vient vont crescendo.

De la nourriture, de l'argent, des vêtements ou tout simplement l'état
d'avancement des démarches pour un visa américain, tels sont là les
motifs des appels téléphoniques placés à partir des cybercafés.
Requêtes le plus souvent assaisonnées d'une formule de politesse, dont
le joyeux Noël traditionnel.

Evalués à environ 4 millions, les Haïtiens de la diaspora apportent
considérablement et régulièrement à l'économie nationale des bouffées
d'air frais. L'argent envoyé transite par des tiers ou des maisons de
transfert en nombre croissant dans le pays. << En décembre, le flux des
transferts d'argent qui transitent dans cette succursale est énorme.
Voyez ! Nous sommes ouverts depuis huit heures, recevons les
transferts toutes les deux heures. Hier mardi, entre huit heures et
dix heures, nous avons reçu plus de 180 transferts d'argent. Et, dans
l'après-midi, ça a doublé. Aujourd'hui, au niveau de cette succursale,
nous avons remis plus de 11 000 dollars américains à des clients, sans
compter ceux livrés à domicile par nos agents. À Noël, c'est toujours
l'affluence. Le 24 décembre dernier, les gens ont été si nombreux
qu'ils se querellaient parfois >>, explique une employée d'une
succursale d'une maison de transfert.

En plus de l'argent, la diaspora envoie aussi des marchandises à ses
proches. Des pâtes dentifrices, du savon, des vêtements, des parfums,
des appareils électriques, des objets de décoration constituent
l'essentiel de ces marchandises qu'on retrouve étalées un peu partout
à travers les rues de Port-au-Prince, augmentant ainsi le nombre de
marchés des rues.

<< J'ai deux sOEurs à l'étranger. Une au Canada, l'autre aux États-Unis.
Je dépends d'elles, elles me donnent à boire et à manger. Elles paient
la scolarité de mes enfants. Et le commerce que tu vois là vient
d'elles. Nancy et Cama sont la prunelle des mes yeux. Elles sont mon
mari. Après Dieu, elles sont le pilier de ma vie. Le père Noël, ce
sont mes deux sOEurs >>, confie Mariejo, âgée de 40 ans.

LE MATIN vendredi 21 décembre 2007
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