Copie d'un message reçu :
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Journée internationale de la Femme. Une rapide réflexion (en pièce
jointe)de Nicole Grégoire sur ce que vivent les << marchandes >> des
marchés publics. Un microcosme de notre société.
Bonne réception. Bonne réflexion.
Adrien
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8 mars, journée internationale de la femme :
Quels droits pour nos marchandes ?
par Nicole Grégoire
8 mars 2008, quel mauvais souvenir garderais-je de ce jour suite á
cette expérience ou plutôt á cette scène que j'ai vécue au marché de
la Croix des Bossales.
Il était 7.30 du matin. Comme tous les samedis, je me suis retrouvée
dans ce marché pour m'approvisionner en légumes et en autres articles
de consommation pour la semaine.
En effet, le marché de la Croix des Bossales reste et demeure l'un des
marchés sinon le marché où l'on peut se procurer de tout en soulignant
que l'essentiel de la production nationale (vivres alimentaires,
légumes frais, fruits, céréales, etc..), est encore a meilleur marché.
Ce qui est aussi surprenant, c'est la variété de produits disponibles
venant de tous les coins du pays. Il existe même au sein du marché des
divisions en fonction des produits offerts et de la zone de provenance
(marche de Kenscoff, mache Okay, mache Okap, etc.)
7 :30 du matin, me voici donc dans la section appelée marché de
Kenscoff achetant des légumes. Que vois-je ? : Un jeune homme d'une
vingtaine d'années, ses chaussures pleines de boue, son pied droit
planté dans un panier de petits pois, communément appelé chez nous
pois France, appartenant á une marchande. En face de lui, cette
dernière dans une colère folle criait á tue tête : << Men wi, pou 10
pyas w ap kraze machandiz ke mwen achte byen chè a. Mwen di w mwen
poko vann poum ba w lajan an. Ebyen kontinye non wa wè si lap bon pou
w >>
Que voulait traduire cette scène, que se passait-il exactement ?
Il s'agissait tout simplement d'un << percepteur >> qui réclamait á
cette pauvre femme le paiement d'une taxe qui lui permettrait en
retour d'avoir accès á cet espace pour écouler sa marchandise. Et
quelle espace, á même le sol. La scène était surréaliste et triste Ã
regarder. Cette femme qui gesticulait, injuriait et ce jeune homme ne
démordant pas, enfonçant davantage son pied dans la marchandise dans
le but de l'écraser ; une partie du pois était déjà épluchée (vous
connaissez bien cette pratique de nos marchandes). Les autres
marchandes n'osaient protester á voix haute. Moi de mon coté, je
regardais ce jeune homme droit dans les yeux (lui rétorquant du
regard aussi << ou pa kontan tou ? >>). On s'affrontait du regard et á
travers le mien, il a compris tout ce que je voulais lui dire et
finalement j'ai ajouté << de quel droit vous vous arrogez pour faire
pareilles choses, manquant de respect, violant les droits de cette
femme et en plus m'obligeant comme cliente á acheter un produit soumis
á un tel traitement >>. Finalement, il a fallu l'intervention d'un
autre << percepteur >>, celui-ci n'approuvant pas ses agissements, pour
porter ce << voyou >> á entendre raison. Il s'en est allé continuant á
rançonner les autres marchandes.
Ce genre de situation (harcèlement des marchandes, abus de leurs
droits, saisie de leur marchandises..) j'en suis le témoin impuissant
tous les samedis á la Croix des Bossales. En effet, des dizaines de
percepteurs rançonnent et font leur beurre sur le dos de ces
marchandes qui sont trop souvent contraintes à payer jusqu'à dix fois
le même montant.
A une époque, en retour de l'argent perçu, la marchande recevait un
ticket, qu'elle exhibait au prochain venu signifiant qu'elle avait
déjà payé. Aujourd'hui, il n'en n'est rien, pas de preuve de paiement
et personne ne semble s'interroger sur la destination de cet argent.
Il faut ajouter qu'au départ d'une administration communale, ces <<
percepteurs >> restent á leur poste et la nouvelle administration
arrive avec son lot, augmentant ainsi la masse de ceux qui existaient
déjà . Un commerce juteux et lucratif.
En arrivant chez moi je ne puis m'empêcher de continuer á revivre
cette scène et comme par un heureux hasard, je tombe sur un article
publié le même jour dans le quotidien le Nouvelliste en relation au 8
mars dans la rubrique : Femmes/Marchés public, Le service sanitaire
un besoin pressant. Permettez moi cette citation << ...Cette année,
l'Etat haïtien par le biais du Ministère á la Condition Féminine et
aux Droits de la Femme (MCFDF) a décidé de jeter un coup d'OEil sur ce
secteur important de l'économie haïtienne << Yon lot anviwonman pou
machann yo ka viv nan diyite >> thème retenu pour commémorer la journée
mondiale de la femme.
Un autre environnement ne signifie pas seulement un autre
environnement sanitaire. Certes c'est un pas de franchi que de penser
au bien-être de ces femmes en intervenant sur leur milieu physique
d'évolution au sein des marchés. Un autre environnement est aussi la
prise en compte par le MCFDF de ces abus reportés dans ce texte et qui
traduisent la violation de l'intégrité physique, de la dignité et du
respect de la femme. Car, il arrive que certains de ces percepteurs
poussent leur audace jusqu'Ã introduire leurs mains dans les soutiens-
gorge de ces femmes afin de leur soutirer de l'argent. Et, aussi bien
que moi vous connaissez la pratique de certaines de nos commerçantes
de sécuriser leur argent á travers soutien gorge et/ou slip. Point
n'est besoin de dire plus.
* << Yon lot anviwonman pou machann yo >> signifie la mise sur pied de
mesures réglementaires de perception de taxes au sein des marchés avec
la participation des mairies et de la DGI.
* Un autre environnement signifie la mise sur pied de brigade de
surveillance et de dénonciation de ce genre d'abus, par le MCDF en
partenariat avec les autres secteurs concernés.
Dénoncer les violations et abus faits aux femmes ne se réfère pas
seulement á la violence conjugale et domestique, au viol, qui
s'inscrivent dans la schématique traditionnelle du discours en faveur
des femmes, mais c'est aussi prendre en compte ces aspects
particuliers du vécu quotidien d'une catégorie de femmes qui,
certaines fois, en plus de subir ces violences précitées, se trouvent
exposées á de tels abus.
Certains me diront que cette pratique de perception de taxes est un
élément régulateur du système en ce sens qu'il permet á une catégorie
de personnes, dans un pays ou le taux de chomage est très élevé, de
gagner leur vie. Sinon, ces individus grossiraient la masse des
délinquants, des bandits et kidnappeurs de grand chemin. Mais, saurait-
on prétendre résoudre ainsi des problèmes cruciaux au dépend d'autres
personnes minant un secteur particulier : les femmes. Car de par mon
expérience, je n'ai jamais vu ces << percepteurs >> s'en prendre aux
hommes/marchands.
Il faut certes percevoir des taxes dans les marchés publics mais il
devient urgent de penser à mettre en place d'autres mécanismes qui
prennent en compte le respect et la dignité de toute personne humaine.
En terminant ces quelques lignes, je ne peux m'empêcher de faire
encore référence á un autre article publié dans le Nouvelliste du 11
mars 2008 dans lequel la mairesse adjointe de Port-au-Prince, lors de
l'inauguration du bloc sanitaire aménagé au marché Salomon, le 10 mars
dernier a déclaré : << Durant les trois prochains mois, aucun
commerçant dans les marchés publics n'aura á payer de taxes. Cela nous
donnera le temps de mieux organiser la question fiscale et surveiller
les raquetteurs fraudeurs qui vous rançonnent. >>.
Ces informations de la mairesse, j'ose croire, ne tomberont pas dans
les oreilles de sourds et que des dispositions seront prises á cet
effet. Entre temps, j'espère que les marchandes des marchés publics
seront informées de telles mesures par le biais de la mairie dans
l'espoir que de telles pratiques n'aient plus cours dans nos marchés.
Car il faut toujours rester optimiste. L'espoir fait vivre !
Yo ban m yon ti kout pye mwen vin tonbe la !
Nicole Grégoire
Port-au-Prince, le 12 mars 2008