Copie d'un message reçu :
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Rentrée des classes dans un contexte difficile
À quelques jours de la rentrée des classes, les parents ne savent où
donner de la tête pour faire face aux diverses obligations à acquitter
dans ce contexte de crise politique et d’une situation socioéconomique
catastrophique dégradée davantage par la hausse vertigineuse des prix
des produits de première nécessité. Dans les principales librairies de
la place, ce n’est pas la grande foule habituelle à cette période de
l’année. Loin de là . De plus, la colère gronde, plusieurs parents
seront obligés de garder leurs enfants à la maison, faute de moyens.
Il est environ dix heures, à PétionVille. Dans une librairie, les gens
ne se pressent pas. Dehors, certains parents attendent leur tour et
discutent entre eux de la conjoncture nationale. « Il faut beaucoup
d’argent pour envoyer les enfants à l’école cette année. Mes deux
garçons y vont, mais je ne peux vous dire les sacrifices que j’ai
consentis », raconte une femme qui se plaint également du manque de
contrôle des autorités en matière de régulation des frais de
scolarité.
Une femme dans la cinquantaine étale sa résignation. « Que peut-on
faire ? On ne peut pas les laisser à la maison. Il faut faire des
sacrifices. Pour ma part, l’éducation c’est tout ce que je peux leur
offrir », lâchet-elle. De la librairie, les gens sortent avec leurs
paquets en mains. « Je n’ai pas acheté tous les livres de la liste.
Car je n’ai pas assez d’argent. Mais je compte revenir avant la
rentrée des classes », avoue Paul, estimant qu’il vaut mieux envoyer
les enfants à l’école avec un nombre incomplet de livres que de pas du
tout les envoyer.
Cette année encore, le ministère de l’Éducation nationale a
subventionné une série d’ouvrages, mais, ce faisant, n’a fait
qu’atténuer le problème pour certains. « Ce ne sont pas tous les
livres qui sont subventionnés, mais certains livres des années
fondamentales. De plus, on ne tient pas compte des fournitures
classiques dont les prix ont grimpé », se lamente un homme. Un autre
critique ce programme de subvention qui, selon lui, n’est que de la
poudre aux yeux. « Pour moi, parler de subvention, c’est mettre les
prix initiaux en-dessous de la moitié », poursuit-il, estimant que
d’autres mesures doivent être prises par le gouvernement pour
permettre aux familles d’envoyer leurs enfants à l’école.
Du côté des bouquinistes, c’est aussi la désolation. Gesner étale dans
un coin de la rue Rebecca ses manuels, l’œil aux aguets, car le risque
de saisie par les agents de la mairie de PétionVille est toujours
présent. « Les temps sont durs, je n’ai encore rien vendu depuis
plusieurs jours. Les gens ne viennent pas acheter et ne savent même
pas si leurs enfants iront à l’école cette année », déclare-t-il. Il
avance plusieurs causes à cette situation, dont la hausse des prix, le
manque de responsabilité des autorités. «On peut constater qu’il n’y a
pas grande foule à acheter des ouvrages scolaires, or nous sommes Ã
quelques jours de la rentrée des classes. Dans les années antérieures,
dès le commencement du mois d’août, les files atteignaient facilement
200 personnes devant les librairies. Les responsables étaient obligés
de leur donner des parasols pour qu’ils puissent se protéger du soleil
», ajoute-t-il.
Entrée des classes et hausse des prix
Beaucoup de gens se questionnent sur les impacts de la hausse
vertigineuse des prix des produits de première nécessité sur la
prochaine année scolaire. « Je ne pourrais pas regarder mes enfants en
face et les envoyer à l’école avec le ventre creux », se lamente
Giselle, marchande ambulante. Les prix ont encore augmenté. Le petit
sac de riz se vend environ 1 400 gourdes, le sac de sucre 1 300
gourdes, celui de maïs 1 050 gourdes, le bidon d’huile 350 gourdes…
« Le gouvernement n’a rien fait pour arrêter l’augmentation des prix
et maintenant cela se répercute durement sur le niveau de vie de la
population qui a beaucoup régressé. Les gens sont devenus plus pauvres
et on ne voit aucun signal clair de la part des responsables »,
analyse un étudiant à l’université. Selon lui, une grande partie des
élèves resteront à la maison, car, entre la fermeture des classes et
la rentrée, la situation a dégénéré. « Nourrir les enfants est déjà un
casse-tête, alors que dire en ce qui a trait à l’école», lâche-t-il.
Partout, la population est aux abois. « Les prix ont plus que doublé,
cela se ressent durement sur notre budget et les choses ne semblent
pas près de s’améliorer », commente un père de famille. « Il faudrait
étendre à beaucoup plus d’écoles, le programme de cantines scolaires
du ministère de l’Education nationale, cela soulagerait grandement les
familles », poursuit-il. Il y a urgence, selon lui.
Par Jean Panel Fanfan
LE MATIN jeudi 21 août 2008