HAITI-- Société-- Roody EDME -- L'être haïtien et le néant
  Home FAQ Contact Sign in
soc.culture.haiti only
 
Advanced search
POPULAR GROUPS

more...

 Up
HAITI-- Société-- Roody EDME -- L'être haïtien et le néant         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Jul 18, 2008 13:42

Copie d'un message reçu :
-------------------------------------

Agora

RÉFLEXION / L’être haïtien et le néant

« Dr Bijou peyi a fou », proclamait Ansy Dérose dans une de ses
chansons à succès. L’on ne mesurera jamais assez en effet le choc
permanent que constitue pour une société comme la nôtre le fait
d’avoir été dirigé pendant des années par de « grands fauves » ,
créateurs des systèmes politiques qui ont rendu ce pays humainement et
matériellement exsangue.

Après le Code noir de la colonisation qui prétendit dénier à l’esclave
toute dignité, il y eut le « code rouge» liberticide de nos dictatures
sanglantes et successives. Dès lors, le rapport à l’espace haïtien
devient pour les citoyens de facto que nous sommes une forme de pathos
difficile à soigner. Une déchirure traumatique entre « l’exil et
l’ancrage » pour reprendre un titre cher à Yanick Lahens.

Le vampirisme politique qui s’est reproduit au cours des ans comme le
« modèle de gestion » de la gouvernance du sous-développement a
transformé la chose publique en une privatisation par la bande.
L’outil étatique ainsi approprié est mis au service de forces
économiques rétrogrades et de leurs clients ponctuels, gestionnaires
temporaires de l’appareil d’État jusqu’au prochain « dechoukay ».

Le Dr Duvalier se targuait de bien connaître l’être haïtien dans ses
moindres forces et faiblesses et adorait cultiver « ses bas instincts
». Il savait que l’éternité de la misère dans laquelle croupissait
notre société était un gisement inépuisable dans le cadre d’une
politique totalitaire où corruption et peur de l’autre étaient la
chose du monde la mieux partagée. Une certaine littérature a fait de
lui le monstre absolu, mais l’originalité dramatique de son pouvoir a
été de se placer au confluent de toutes nos satrapies. Certains
témoins n’ont-ils pas rapporté que le président Duvalier lui-même «
rougissait » devant le raffinement shakespearien dans la conspiration
et le crime de certains de ses collaborateurs ?

Les auteurs Jean Florival et Leslie Péan, entre autres, se sont livrés
à d’intéressantes études du système duvaliérien et de son
fonctionnement. L’observation côté jardin de Florival est un regard
décapant sur un régime dont la complexité morbide échappe aux
dénonciations sommaires.

Le procès idéologique et psychanalytique d’un mode de paternalisme
étatique et criminel n’ayant pas été fait, nous étions condamnés à le
reproduire ! Chaque fois que dans notre histoire nous mettions à bas
un régime honni, les conditions de sa reproduction étaient déjà en
nous... et nous déboulonnions des statues, sans nous débarrasser de
cette peste émotionnelle, terreau fertile de toutes les dérives
totalitaires.

Il y a encore des pages à noircir pour comprendre pourquoi ce système
politique nous colle à la peau et comment il se mue en des variantes
plus ou moins létales dans le temps et dans l’espace. En période de
dictature comme de transition démocratique. Et pourquoi il fascine
encore et peut toujours renaître de ses cendres aux braises jamais
totalement éteintes.

De ces longues années de dépravation sociopolitique qui remontent au
tout début de notre histoire a résulté un être haïtien déconstruit,
aux repères brouillés, dont le rapport au réel est réduit à un délire
verbal.

La chute de la maison Duvalier a ouvert la voie à un « Don
Quichottisme » idéologique masquant mal le vieil édifice politique
indestructible dont les fondations tiendront aussi longtemps que la
misère sera aussi insoutenable.

Nos dictatures successives ont bouté hors du pays des millions de
déplacés, des réfugiés sans identité, des multitudes fuyant le
dénuement des campagnes et colorant nos mornes du gris terne des
archipels de la misère. Des sans-papiers dans leur propre pays à «
l’identité meurtrière », ils sont considérés comme des citoyens
entièrement à part au lieu de l’être à part entière.

Fille bannie de l’exode au temps de la dictature, la diaspora qui
s’est considérablement élargie sous Duvalier a peine encore à
recouvrer totalement ses droits de participer à la chose publique.

1986, l’implosion de l’appareil de sécurité duvaliérien conduit aux
premières vagues d’insécurité non étatique. Certains des organes
chargés de délivrer la violence d’État entrent dans la clandestinité
et se mettent au service du crime organisé. Ce phénomène mal géré par
nos différents « occupants » se répand dans les masses. Viendra plus
tard dans les années 2000, le motif politique du peuple en armes pour
protéger la « démocratie en marche » dans la continuité du « binôme
armée-peuple » version des années soixante.

Les premières années de la transition verront s’épanouir mille et une
idées pour la construction d’un État de droit. Mais, à la faveur de la
parole libérée, s’est engouffrée, perverse, la délation publique ; le
naïf délire verbal, maladie infantile d’une démocratie balbutiante,
est devenu, en des mains expertes, un bûcher médiatique.

Une partie de la presse s’est enfoncée comme le Titanic dans la mer de
toutes les délations et l’on en parle timidement, de peur
d’éclabousser l’ensemble d’une profession qui a porté tout de même nos
libertés sur les fonts baptismaux, offrant ainsi une bouée de
sauvetage en or à des « paparazzi » tropicaux. La constitution de 87
que nous avons brandie fièrement comme un étendard contre le
totalitarisme s’est révélée pareille à un habit du dimanche beaucoup
trop ample pour un corps social squelettique, et on a peur d’y toucher
au nom d’une formule suicidaire : « Périsse un pays plutôt qu’un
principe ».

Tant qu’il ne se débarrassera pas de ses peurs qui remontent à la nuit
du totalitarisme et de l’intolérance, l’être haïtien ne pourra pas se
défaire du néant qui absorbe ses rêves de lumière.

Aux temps des baïonnettes a succédé celui des pneus et des paroles
enflammées, à la parole unique de la propagande d’État, la tour de
Babel de la communication anarchique. Et l’Internet, cette « toile »
magnifique ou maléfique avec laquelle nous tissons une corde virtuelle
pour pendre les meilleurs d’entre nous, a rendu plus redoutables nos
traditionnels règlements de compte.

Haïti n’est pas le seul pays à s’être trouvé dans l’épicentre de
telles commotions politico-sociales. Notre pays y est encore embourbé
parce que piégé par l’actualité immédiate. Il n’a pas encore trouvé la
pédagogie pour engager le processus complexe, mais salutaire de la
confrontation avec son passé, ni pour commencer enfin les vrais débats
qui commenceront à baliser le futur.

Tout cela réclame une réflexion sur notre discours au quotidien, une
prise de distance et une quête de sens. À l’instar des travaux du
sociologue Hérold Toussaint à l’université et des fora de l’agence
Alter Presse pour ne citer que quelques initiatives parmi d’autres.

Un débat d’un autre genre s’impose pour vider sainement nos différends
et nos incompréhensions. Et, surtout, une modernisation de notre vie
politique qui doit entrer dans une logique transformationnelle. Il
n’est pas bon pour un pays de laisser béantes ou mal cautérisées tant
de plaies sociales. Cela ne peut que rendre plus pathogène un appareil
politico-administratif dans lequel ne se reconnaîtront que de grands
fauves.

Par Roody Edmé
LE MATIN vendredi 18 juillet 2008
no comments
diggit! del.icio.us! reddit!

RELATED THREADS
SubjectArticles qty Group
Re: Relación de precios antes del desmadrealt.culture.argentina ·
M-I,5`Persecutio n ` MI 5 W ant Me to Se nd You thes e Fa xesyu.drenik.oglasi ·
Re: [PORRA] Qtar, se tiene que poner antes de las 12 no?es.charla.moteros ·
Expectativa en Cuba ante "reflexión" de Fidel Castrosoc.culture.cuba ·
Antes do 1.o turno assessor de Lula era culpado, agora não....A mída fez o estrago que queria....soc.culture.brazil ·