| HAITI -- Socété -- Roody Edmé-- Les mobilisations efficaces |
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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: AnnetteAnnette Date: Jul 8, 2008 08:41
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Editorial LE MATIN du 7 juillet 2008
Des fruits d’une mobilisation
Par Roody Edmé
La Police nationale a déclenché ces derniers jours des opérations
d’une haute sophistication incluant des réseaux d’informateurs, des
filatures systématiques, des enquêtes minutieuses et l’arrestation, au
bout du compte, de plus d’une quinzaine de caïds du kidnapping.
Il y a, bien sûr, le précieux support de la police des Nations unies
qui encadre sur le terrain les opérations souvent risquées de nos
unités spécialisées. Il y a eu surtout cette mobilisation qualitative
de la société haïtienne dont le frisson civique avait ému certains de
nos éditoriaux. Il fallait au lendemain de l’assassinat du jeune
Kareem battre la générale et dire « oui à la mobilisation » !
Une mobilisation reprise quelques jours plus tard dans le grand Nord,
qui vit la ville du Cap porter haut le flambeau du refus de l’infamie
et exprimer face au monde l’existence d’une conscience civique
haïtienne.
Le point fort de la mobilisation réside dans le suivi que les
organisateurs de la marche ont bien voulu donner à leur initiative. Le
samedi suivant la marche, une émission relayée par tous les médias de
la capitale analysait le phénomène dans ses multiples facettes, tandis
qu’au Parlement, à la Chambre de commerce et au Palais national se
multipliaient les sessions stratégiques, même si certaines se
terminaient un peu lamentablement. Mais le momentum était maintenu et,
face au danger commun, la population haïtienne éprouvait ses capacités
de réaction.
Aux dernières nouvelles, le secteur syndical travaillerait avec le
CSPN sur les voies et moyens d’une coopération des chauffeurs de
transport public avec les forces de sécurité. Et l’on parle de plus en
plus de la mise en place d’un système d’alerte national anti-rapt qui
mettrait à contribution les médias. Les compagnies de téléphonie
mobile travaillent activement à l’identification de la clientèle et se
préparent sous les injonctions du Conseil national des
télécommunications à collaborer avec les services de sécurité.
Toute chose qui remplit d’espoir une population martyrisée par un
phénomène récent dans notre vie sociale, mais qui s’est abattue sur
nos têtes avec soudaineté et une rare violence. Tant et si bien que la
rapidité avec laquelle certains de nos quartiers les plus sensibles
ont été passablement pacifiés, par les forces de l’ordre, puisqu’il
s’y déroule régulièrement des activités culturelles et récréatives,
montre, comme dirait un homme politique décédé, que le miracle haïtien
est possible.
Sans être un commissaire à l’enthousiasme, je pense qu’on a besoin de
croire et de travailler à la réversibilité de nos malheurs, et les
quelques rares fois qu’on a bien voulu appliquer la formule historique
« l’union fait la force », on est parvenu à surprendre le monde. Il
faut bien de temps en temps qu’on se rappelle les paroles
rafraîchissantes d’une Christiane Taubira pour arrêter de gaspiller
non seulement un héritage mais un potentiel aujourd’hui encore
insoupçonné.
Il reste la volonté politique pour changer le visage de la justice,
une justice bancale, mais qui compte dans ses rangs des femmes et
hommes honnêtes, qui attendent un signal non équivoque du côté des
pouvoirs constitués pour sortir du syndrome « des animaux malades de
la peste ».
Il reste aussi qu’on avance enfin sur le dossier du gouvernement dont
il faut pourvoir ce pays et qu’on arrête de faire souffrir ce peuple
sous prétexte de sauvegarder ses intérêts, qu’on arrête de faire de la
politique haïtienne « une course d’obstacles » en descendant en
flammes tous ceux qui aspirent à un poste de responsabilité.
On aura besoin, en appui à la lutte contre l’insécurité, d’un plan
d’urgence, pour nos quartiers sensibles, dont la rage est simplement
contenue et dont le souffle volcanique nous a mordu la peau un matin
d’avril baptisé d’émeutes de la faim. On aura surtout besoin qu’une
nouvelle équipe se penche sur la porosité de nos prisons, laquelle
menace de manière intermittente la paix des rues. Il paraît que les
tractations actuelles appelées pompeusement négociations, « Ô qu’en
termes pudiques, ces choses-là sont dites », trouvent leur pierre
d’achoppement dans les problèmes de partage du pouvoir.
Seulement à vouloir toujours saper, il risque de ne plus avoir rien Ã
partager. Et les réserves humaines de la République, en dépit des
ambitions des uns et des autres, ne sont pas inépuisables.
Par Roody Edmé
lundi 7 juillet 2008
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