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Une information de grand intérêt.
Bonne réception,
A*
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LA GRIPPE AVIAIRE, SES PREMIERS PAS EN HAÏTI
Par Jean SAINT-VIL
Maître de Conférences des Universités
jeanssaint_vil@yahoo.fr
Haïti vit, depuis janvier 2008, à l’heure de la grippe aviaire,
d’abord à ses portes, à la suite de la découverte du virus H5N2 en
République Dominicaine en décembre 2007 ( ), puis dans ses murs depuis
la deuxième semaine de juin avec la confirmation de la présence du
germe dans quatre foyers. En dehors de mesures internes à la
République dominicaine, de nombreuses réactions à plusieurs échelles
avaient suivi l’annonce de ce fléau. D’une part, plusieurs pays de la
région Caraïbe n’avaient pas tardé à décréter l’interdiction
d’importation de volailles de la République dominicaine. D’autre part,
du côté haïtien, l’alerte a été accompagnée de tout un train de
mesures allant de saisies de volailles et d'œufs par la Douane et la
Police Nationale à des arrestations de personnes ayant enfreint les
interdictions de circulation et de vente de produits avicoles.
Sensibilisée par le battage médiatique qui a entouré la découverte de
l’affection dans la République voisine, la population haïtienne
semblait psychologiquement préparée à l’arrivée du virus sur le
territoire national. La reconnaissance récente de la présence du H5N2
par les services du Ministère de l’Agriculture est de nature à créer
la panique dans plusieurs milieux. Il est donc important de se poser
des questions justes pour édifier la population quant aux
caractéristiques de cette affection et à ses conséquences éventuelles
sur la vie de nos compatriotes au quotidien et sur les risques liés à
leur état de santé.
1 Qu’est-ce que la grippe aviaire ?
L’affection communément appelée grippe aviaire que certains appellent
aussi peste aviaire ou grippe du poulet ou encore influenza aviaire,
désigne une maladie infectieuse d’origine virale. Cette maladie proche
de la grippe est due à un variant du virus influenza A que l’on
désigne également sous le nom d’influenzavirus de type A de la famille
des orthomyxoviridae, le variant H5N2, qui infecte les oiseaux
sauvages ou domestiques. Dans le langage des épidémiologistes, on
utilise l’abréviation IAHP qui signifie influenza aviaire hautement
pathogène. Il ne faut pas confondre cette maladie avec une autre
affection courante, la maladie de Newcastle (kou rèd) qui sévit
traditionnellement en Haïti et qui ressemble sur le plan clinique à
l’influenza aviaire. Elle tue souvent de 30 à 45 %% des poulets dans
ses flambées au sein de certaines zones dans le pays ( ).
1.1. Les manifestations de la maladie
Cliniquement, la maladie se manifeste chez les volailles par une
atteinte marquée de l’état général associés à des symptômes
respiratoires, digestifs, nerveux et cutanés et évoluant rapidement
vers la mort. L’affection se traduit souvent par l’hémorragie et la
septicémie.
Cette affection est transmissible entre volatiles et plus rarement à
des mammifères (dont le porc qui est à la fois réceptif aux virus
grippaux aviaires et humains), mais elle se transmet difficilement à
l'homme. Certaines espèces d'oiseaux, et en particulier certains
canards sont souvent porteurs asymptomatiques.
Chez les volailles domestiques, l’infection par les virus de la grippe
aviaire provoque deux principales formes de maladie : une forme dite
faiblement pathogène qui ne se traduit que par des symptômes bénins
(plumage ébouriffé, ponte moins fréquente) et une forme hautement
pathogène aux conséquences bien plus graves. Cette dernière qui se
propage très rapidement dans les élevages est à l’origine d’une
pathologie polyviscérale avec un taux de létalité susceptible
d’avoisiner 100 %%, la mort survenant souvent dans les 48 heures.
1.2 Les virus hautement pathogènes
On sait que parmi les virus de la grippe qui sont répartis dans trois
types : A, B et C, les deux premiers affectent la santé humaine tandis
que seuls les virus A peuvent provoquer des pandémies.
Les virus grippaux A1 présentent 16 sous-types H et 9 sous-types N2.
Seuls des virus des sous-types H5 et H7 peuvent être hautement
pathogènes. On sait qu’ils ont provoqué des dégâts considérables dans
plusieurs pays d’Amérique dont le Mexique, le Canada et les Etats-Unis
(avec le H7N3) ainsi qu’en Asie et en Europe. Mais tous les virus des
sous types H5 et H7 ne sont pas hautement pathogènes et tous ne se
soldent pas par une pathologie grave chez les volailles.
Il semble que les virus H5 et H7 sont introduits dans les élevages de
volailles sous la forme faiblement pathogène. Lors de leur circulation
dans les populations de volailles, des mutations peuvent intervenir,
généralement en quelques mois, et les virus deviennent alors hautement
pathogènes. C’est pourquoi la présence d’un virus H5 ou H7 chez les
volailles est toujours un sujet de préoccupation, même si les premiers
signes d’infection sont bénins.
Cependant, le virus H5N2 est considéré comme sans danger pour les
humains jusqu’à nouvel ordre, contrairement au virus H5N1 qui a plus
d’une fois franchi la barrière d’espèce en infectant et en tuant
l’homme.
1.3 L’origine de la grippe aviaire.
D’après les recherches, les oiseaux migrateurs seraient le premier
point de départ dans la propagation de la grippe aviaire à virus
hautement pathogène, l’IAHP ( ). Les oiseaux aquatiques sauvages qui
sont considérés comme le réservoir naturel de tous les virus grippaux
A ont probablement été porteurs des virus grippaux depuis des siècles,
sans conséquences apparentes. On sait qu’ils sont porteurs des virus
des sous-types H5 et H7, mais il s’agit généralement de virus
faiblement pathogènes. On dispose de nombreux indices qui font penser
que les oiseaux migrateurs peuvent introduire dans les élevages de
volailles des virus H5 et H7 faiblement pathogènes qu’une mutation
rend ensuite hautement pathogènes.
Dans le passé, des virus hautement pathogènes ont, dans des cas très
rares, été isolés chez des oiseaux migrateurs, chez quelques sujets
généralement retrouvés morts à proximité de volailles touchées par une
flambée. Ce qui fait penser depuis longtemps que les oiseaux
aquatiques sauvages ne sont pas des agents de la transmission de ces
virus en aval.
Des faits récents permettent de penser qu’il est probable que certains
oiseaux migrateurs propagent désormais directement le virus H5N1 sous
sa forme hautement pathogène. Mais, la dissémination de l’affection
serait liée à la circulation et au commerce des produits avicoles. On
s’attend de plus en plus dans le monde actuel à une propagation du
virus vers de nouvelles zones.
2. La grippe aviaire dans le monde actuel
2.1 Les flambées de grippe aviaire dans le monde
Il est exceptionnel à l’heure actuelle de trouver des pays non touchés
par la grippe aviaire. Les données les plus récentes révèlent que tous
les continents sont frappés : l’Amérique, l’Asie, l’Afrique, l’Océanie
et l’Europe( ).
Les flambées de grippe aviaire à virus hautement pathogènes qui ont
commencé en Asie du Sud-Est au milieu de 2003 sont les plus
importantes et les plus graves jamais enregistrées. En effet, jamais
auparavant dans l’histoire de cette maladie autant de pays n’ont été
touchés en même temps avec des pertes aussi importantes.
L’agent étiologique, le virus H5N1 qui est une source de préoccupation
particulière pour l’homme s’est révélé spécialement tenace. Malgré la
mort ou l’abattage de quelque 150 à 200 millions d’oiseaux selon les
estimations, le virus est actuellement considéré comme endémique dans
de nombreuses parties de l’Indonésie et du Viet Nam et dans certaines
parties du Cambodge, de la Chine, de la Thaïlande et peut-être aussi
de la République démocratique populaire lao.
De la mi-décembre 2003 jusqu’au début février 2004, des flambées chez
les volailles provoquées par le virus H5N1 ont été signalées par huit
pays d’Asie (la République de Corée, le Viet Nam, le Japon, la
Thaïlande, le Cambodge, la République démocratique populaire lao,
l’Indonésie et la Chine). La plupart de ces pays n’avaient jamais
auparavant connu de flambée de grippe aviaire à virus hautement
pathogènes.
En août 2004 des flambées à H5N1 chez les volailles ont été
enregistrées en Malaisie, puis en Russie fin juillet 2005 et
Kazakhstan au début du mois d’août, en Mongolie chez des oiseaux
migrateurs retrouvés morts. En octobre 2005, la présence du virus H5N1
a été confirmée chez les volailles en Turquie et en Roumanie. Le
Japon, la République de Corée et la Malaisie ont annoncé que les
flambées du même type affectant les volailles sont maîtrisées et ces
pays sont désormais considérés comme exempts de la maladie. Dans les
autres zones touchées, les flambées se poursuivent, le degré de
gravité variant d’un cas à l’autre.
Depuis 2006, la grippe aviaire s’est propagée dans dix pays africains
( ) : le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, Djibouti,
l’Egypte, le Ghana, le Niger, le Nigeria - où l’on trouve le virus
H5N1 avec une première victime humaine- le Soudan et le Togo.
Enfin, le continent américain est relativement indemne de l’IAHP en
dehors du Canada et des Etats-Unis, du Mexique et du Chili.
2.2 Les cas humains de grippe aviaire
La souche du H5N1 qui est particulièrement redoutée a entraîné 169
décès de personnes entre 2003 et mars 2007. Au cours de la flambée
actuelle, des cas humains confirmés au laboratoire ont été signalés
dans quatre pays : le Cambodge, l’Indonésie, la Thaïlande et le Viet
Nam. Hong Kong a été confronté à deux flambées dans le passé : en
1997, où le virus H5N1 a provoqué 6 décès sur 18 personnes infectées
et au début de 2003 avec deux infections, dont l’une mortelle.
On considère actuellement que l’infection humaine résulte
principalement d’un contact direct avec des volailles infectées ou des
surfaces et des objets contaminés par leurs déjections. Comme les
volailles infectées excrètent d’importantes quantités de virus, les
occasions d’exposition à des déjections infectées ou à un
environnement contaminé par le virus sont alors nombreuses.
L’exposition intervient surtout lors de l’abattage, du plumage, du
dépeçage et de la préparation des volailles avant la cuisson. Rien
n’indique toutefois que les volailles ou les oeufs bien cuits puissent
être une source d’infection.
La grippe aviaire n'est pas transmise par les aliments cuits.
Jusqu'ici, il n’existe aucune preuve de cas d'infection consécutifs à
la consommation de volailles ou produits de volailles bien cuits, même
si ces produits étaient contaminés par le virus H5N1.
2.3 Le traitement des humains victimes du virus H5N1
Les symptômes de la maladie chez l’homme se manifestent dans la
plupart des cas par une pneumonie mortelle. Deux médicaments
(appartenant à la classe des inhibiteurs de la neuraminidase),
l’oseltamivir (nom de spécialité Tamiflu) et le zanamivir (nom de
spécialité Relenza) permettent de réduire la gravité et la durée de la
grippe saisonnière. Ils sont efficaces à condition d’être administrés
dans les 48 heures suivant le début des symptômes. En cas d’infection
humaine à H5N1, ces produits peuvent peut être améliorer les
perspectives de survie s’ils sont administrés rapidement, mais les
données cliniques dont on dispose sont limitées.
Avec la capacité de production actuelle de l’oseltamivir, qui a
récemment quadruplé, il faudrait dix ans pour produire de quoi traiter
20 %% de la population mondiale. Il faut ajouter à ces deux médicaments
une classe plus ancienne d’antiviraux qui pourrait être utilisée
contre une grippe pandémique, avec un risque de voir apparaître
rapidement une résistance à ces médicaments. Dans le cas des
inhibiteurs de la neuraminidase, les principales contraintes
concernent la capacité de production limitée et le prix prohibitif
pour de nombreux pays..
Jusqu’ici, la plupart des cas de pneumonie mortelle observés lors
d’une infection à H5N1 étaient dus aux effets du virus et ne pouvaient
être soignés au moyen d’antibiotiques. Néanmoins, la grippe entraînant
souvent une surinfection bactérienne pulmonaire, le recours aux
antibiotiques pourrait permettre de sauver des vies en cas de
pneumonie d’apparition tardive. Selon l’OMS, il serait sage pour les
pays de constituer à l’avance des stocks suffisants d’antibiotiques.
Conclusion
Il faut considérer que pour les Haïtiens, le problème de la grippe
aviaire se situe à une double échelle. D’abord mondiale, avec la
généralisation de la maladie dans le monde contemporain comme en 1918
avec la pandémie de la grippe espagnole. Celle-ci avait tué 100
millions de personnes avec comme point de départ, le foyer asiatique
où la chaîne de contamination est passée des oiseaux aux porcs, puis à
l’homme. Désormais locale, avec la confirmation de 11 cas dans quatre
foyers et la suspicion de nouveaux foyers. Les services
gouvernementaux sont mobilisés avec leurs faibles moyens dont un plan
d’intervention d’urgence ( ) et un programme d’intervention d’urgence
sur le terrain, préparés par le Ministère de l’Agriculture. A la
faveur du contexte actuel, des structures mettent de plus en plus à
contribution divers acteurs dans un cadre interinstitutionnel y
compris le ministère de la Santé et la Communauté internationale afin
de prendre les mesures qui s’imposent ( ). La mobilisation doit être
générale et sans faille et les réponses rapides tant pour sauver
l’économie avicole que pour sauvegarder la santé de la population.
Celle-ci doit être invitée à respecter les règles de cuisson
recommandées relativement saines ainsi que de bonnes pratiques
d'hygiène : faire vacciner un grand nombre de poulets notamment dans
les zones sous surveillance, réduire les contacts avec les volatiles
tant sur le plan domestique que dans les transports, prendre des
précautions lors de l’abattage des poulets, confiner les volailles
dans des enclos d’élevage pour éviter des déplacements sur de trop
grandes distances à la recherche de grains d’herbe, d’insectes ou
autres bestioles, éviter les mélanges d’animaux d’origines différentes
sur les marchés, désinfecter les matériels d’élevage et les vêtements
en lien avec les volailles et enfin dans les gaguères, éviter avant
les combats d’arroser les coqs qualité de tafia et de sucer les têtes
de ces animaux, etc.
Au stade actuel où la maladie fait ses premiers pas en Haïti, il n’est
pas question de s’affoler. Mais, des précautions sont à prendre avant
que l’affection ne file à pas de géant et ne passe de la flambée à une
véritable épidémie.