HAITI -- Relations avec RD -- Sabine MANIGAT-- Perejil no es un cuento
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HAITI -- Relations avec RD -- Sabine MANIGAT-- Perejil no es un cuento         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Aug 12, 2008 07:37

Copie d'un message reçu :
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Editorial LE MATIN 11 août 2008

Perejil no es un cuento : retour de l’histoire ?

Le meurtre d’abord. Francis, intercepté par une patrouille de police
alors qu’il se rendait chez lui pour une diligence banale, a été
abattu sans sommation ni inspection, sous le prétexte d’une confusion
concernant son véhicule que les policiers auraient confondu avec une
voiture volée. L’incident, le énième du genre en particulier sur la
ligne frontalière, a soulevé un tollé (de plus) parmi la population
haïtienne et d’origine haïtienne et donné lieu à des déclarations et
protestations de la part des organisations de défense des droits de la
personne en général et des migrants en particulier. Et, cette fois-ci,
les choses sont allées plus loin. C’est que le cas de Francis présente
une particularité par rapport à d’autres incidents récents parfois
tout aussi graves. La policia nacional est directement et
indiscutablement impliquée. Or la lenteur insigne mise par les
autorités dominicaines à traiter le cas a donné lieu à de véritables
émeutes du côté de Belladère : pneus enflammés, tirs, manifestations,
avec toutes les conséquences que l’on devine sur les échanges
commerciaux entre les deux pays. Pour toutes ces raisons et sans doute
aussi pour d’autres moins habituelles et tout aussi importantes, comme
la volonté pour une fois de démontrer un minimum de préoccupation
d’État, une délégation haïtienne de haut rang, présidée par le
ministre des Affaires étrangères en personne, s’est rendue à Elias
Pina dans le but de faire valoir les droits de son ressortissant et
d’obtenir justice, compensation pour la famille et – qui sait ? – des
excuses de la part des autorités voisines. Mais une surprise de taille
les attendait. Après avoir été accueillis « cordialement » dans une
ambiance empreinte de « bonne volonté » de part et d’autre (je cite la
presse), les honorables défenseurs de nos droits de nationaux se sont
vu présenter un acte de naissance… dominicain pour la victime ! Le
dénommé Francis, de son nom complet José Antonio Valdez, est né en
république voisine et est d’origine haïtienne. Chou blanc donc pour
notre délégation ministérielle dont la presse dominicaine n’a pas
manqué de relever « le niveau très élevé » alors que « des faits
antérieurs de plus grande portée n’ont pas (par le passé) donné lieu à
une attention aussi spéciale » (traduit de Espacio Insular, 8 août
2008). Un « blow » donc, un impair qui souligne inévitablement le peu
de savoir-faire de nos autorités en matière de gestion des intérêts de
leurs ressortissants. Ont-ils même relevé l’ironie de la situation qui
a fait écrire à Espacio Insular : « nationalité dominicaine pour un
mort, pas pour un vivant », en évidente allusion à la gestion
discriminatoire du jus soli par la République dominicaine lorsqu’il
s’agit d’enfants de parents haïtiens ?

Par-delà le ridicule et le sarcasme, il reste l’indignation, la
lassitude même que tout Haïtien ressent sans doute devant cette
nullité d’État, cette absence de personnalité nationale que nous
sommes obligés de subir à cause de l’incapacité de nos dirigeants à
représenter et à défendre leurs ressortissants. Car, au fond, une
mission correctement préparée aurait permis tout à la fois de calibrer
la nature et le niveau de la démarche et de réaffirmer l’actualité de
la question de la nationalité des enfants nés en République
dominicaine de parents haïtiens. Car il ne fait pas de doute que c’est
cette qualité qui est à l’origine sinon du meurtre de Francis en soi,
du moins de l’absence de justice rendue dans son cas avant la gestion
haïtienne.

Surtout que les vieux démons ne sont pas loin et que des incidents de
plus en plus graves se multiplient ces derniers temps. Pour ne pas
faire trop long, je ne citerai que le plus significatif à mes yeux.
Récemment à l’occasion d’un contrôle d’identité dans un autobus, un
jeune garçon a été enjoint par un militaire de prononcer le mot
"perejil" pour attester de sa qualité de Dominicain. « Et je l’ai
prononcé mieux que lui ! », a souligné, dans sa candeur, ce jeune
Dominicain, fils d’un compatriote et ami. L’incident a été rapporté
par la presse alternative du pays voisin. Il ne peut pas être passé
sous silence, car sa banalisation ne ferait qu’accentuer l’horreur
qu’il évoque et dont les relents sont, plus de 70 ans après, encore
perceptibles, hélas.

Nous pratiquons une politique de l’autruche en guise de défense de nos
intérêts bien compris. La problématique n’est pas nouvelle, mais elle
est aussi douloureuse que récurrente : les marchés et le commerce en
général, nos enfants, notre main-d’œuvre larguée bras ballants, tout
est motif d’agressivité, d’injustice, de désobligeance dans nos
relations avec le pays voisin, que dis-je, avec la plupart des pays
avec lesquels nous sommes en relation. Or la coupe est pleine. Le
bradage de la nationalité ne peut pas continuer dans l’impuissance
quand bien même angoissée des citoyens. La société civile est limitée
dans sa capacité de défendre et de réclamer. Le sursaut de la part des
autorités nationales est impératif. La Première ministre a cité la
récupération de la souveraineté nationale comme l’une de ses
priorités. À la bonne heure ! Nous serons attentifs aux manifestations
de cette volonté qu’elle a exprimée.

Par Sabine Manigat
lundi 11 août 2008
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