Copie d'un message reçu :
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Ci-joint l’interview donnée par l’ambassadeur de la République
dominicaine en Haïti au journal LE MATIN.
Bonne réception,
Adrien
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Dans une interview exclusive accordée au Matin, l’ambassadeur
dominicain, Jose Serulle Ramia, homme « de foi et d’enthousiasme », a
fait un vibrant plaidoyer pour le renforcement des relations entre les
peuples dominicain et haïtien. « Construisons l’île ensemble », n’a-t-
il cessé d’exhorter tout au cours de l’entretien qui s’est déroulé
autour des différents sujets qui marquent quotidiennement l’actualité
haïtiano-dominicaine. L’ambassadeur dominicain a répondu aux questions
de notre éditorialiste en chef, Claude Moise, de notre rédacteur en
chef, Clarens Fortuné, de l’éditorialiste Roody Edmé et du reporter
Marc-Kenson Joseph.
Le Matin : Ce 27 février ramène le 163è anniversaire de l’indépendance
de votre pays. Pourriez-vous faire un survol historique ?
José Serulle Ramia : Dès sa naissance, la nation dominicaine a connu
des heures très difficiles. Il faut rappeler que l’île Quisqueya n’a
pas été divisée par les Dominicains ni par les Haïtiens. Ce sont les
puissances coloniales qui ont fragmenté ce territoire. Elles ont créé
des conditions différentes des points de vue culturel, socio-
économique, d’exploitation du territoire.
Plus de 600 000 esclaves ont été recensés en Haïti où il y avait un
système de plantation très cruel depuis le transport des Noirs Ã
partir d’Afrique en 1503. L’économie était basée sur l’exploitation
intensive.
La division de l’île à travers les luttes de puissances colonialistes
de l’époque a marqué son histoire.
À partir de 1800 des intérêts distincts se sont manifestés d’un côté
comme de l’autre. Il y avait déjà des commerçants espagnols dans le
Saint-Domingue espagnol qui avaient leurs propres intérêts. Des
classes sociales étaient nées chez nous. L’église catholique
s’imposait. La langue espagnole s’était taillé une place. De l’autre
côté, il y avait le français puis le créole patois qui s’est tissé au
niveau des plantations, en même temps que des croyances propres aux
esclaves. Un syncrétisme très particulier était remarqué chez ces
derniers qui recherchaient une voie de libération sous l’empire de
l’esclavage.
On a créé des circonstances pour que des cultures plus ou moins
différentes surgissent sur une même île. Un phénomène unique dans le
monde. Plus unique au moment de la formation de l’État haïtien en 1804
et celle de l’État dominicain en 1834. Il n’existe aucune île au monde
où il y a deux États indépendants. Cela enrichit la vie même des deux
peuples qui ont des traditions différentes, des couleurs différentes Ã
tous les niveaux. On a deux systèmes politiques, économiques qui se
sont définis à travers l’histoire dans des circonstances totalement
différentes. Mais, on a aussi des racines communes : Afrique, Espagne,
France, États- Unis, Angleterre. On a connu les interventions des
États-Unis (1815 en Haïti, 1816 en République dominicaine) qui ont
marqué la vie économique, sociale, politique et culturelle des deux
pays. Il y a eu encore en 1965 une autre intervention des États-Unis
en République dominicaine. Nos histoires ont été construites sur la
base de circonstances indépendantes de la volonté de nos peuples. Il
faut réécrire cette histoire. C’est très important pour l’éducation de
nos enfants, de nos populations, afin que celles-ci puissent combattre
toute sorte de préjugés.
LM : Que faut-il retenir de la période de séparation?
JSR : À l’époque de notre indépendance, il y a eu une certaine
séparation vis-à -vis d’Haïti. Mais, c’étaient des circonstances très
spécifiques. Par exemple, le président Boyer s’était rendu en
République dominicaine sur la demande des commerçants qui se sentaient
abandonnés par l’Espagne. Alors qu’ils voyaient en Boyer une façon de
faire recette, ce dernier, malheureusement, appliquait de mauvaises
politiques. Il appliquait de bonnes politiques d’un côté parce qu’il
avait mis fin à l’esclavage dans la partie Est et distribué des terres
mais il posait des actions non convenables d’un autre côté, notamment
la fermeture de l’université de Saint-Domingue, la première université
du Nouveau Monde. Il s’était mis aussi en contradiction avec l’Église
catholique qui était une puissance spirituelle mais également une
puissance sociale du point de vue de propriété. Le peuple haïtien
était un peu fatigué car son dirigeant s’était transformé en despote.
L’avènement du général Geffrard au pouvoir (1859-1868) coïncidait avec
l’annulation de l’indépendance de la République dominicaine par la
puissance espagnole qui occupait une fois de plus le territoire
national avec un mauvais gouvernement. L’économie était basée sur une
exploitation libre du bétail et du bois. En 1834, c’était le secteur
le plus conservateur qui avait pris le pouvoir. Pedro Santana –
premier président dominicain – cherchait constamment le prétexte de
l’invasion haïtienne pour rattacher la République dominicaine Ã
l’Espagne.
Ce rattachement fut contesté et le 16 août 1863, la guerre de
Restauration éclata. C’est ce que j’appelle la véritable guerre de
l’indépendance qui dura plus de deux ans. En 1865, grâce, entre
autres, au général Gregorio Luperón qui combattit Santana,
l’indépendance fut restaurée. L’histoire de la République dominicaine
est très bouleversée.
Elle n’est pas rectiligne. Mais, un constat : à partir de la
séparation en 1844, il n’ y a pas eu de vraie guerre entre les deux
républiques. On a connu la guerre de la restauration et il y a eu
certes des problèmes.
La nation dominicaine et la nation haïtienne se sont construites.
LM : À quoi faut-il s’attendre ?
JSR : Ce qu’il faut chercher maintenant c’est voir comment les deux
nations peuvent partager un avenir d’où le préjugé sera totalement
éliminé. Le véritable patriotisme, c’est construire l’île Quisqueya.
Construire chaque nation dans un esprit de paix, de dialogue
permanent, de réalisations concrètes. Il faut des coopérations aux
niveaux économique, technique, éducatif et sanitaire. Il faut penser Ã
rétablir une politique migratoire. Construire une politique commune
comme l’Europe. Les États ont commencé petit à petit. Ils étaient 2, 6
puis 25. Avec toutes leurs différences. Nous sommes une petite île,
alors pourquoi ne pouvons-nous pas vivre en paix en construisant un
avenir ?
La solution ne sera jamais dans la division, la guerre. Vous vous
imaginez une guerre entre les deux républiques. Qu’est-ce que cela
peut apporter ?
LM : Selon vous, quelle est la pierre d’achoppement au fonctionnement
de la commission mixte binationale ?
JSR : On doit multiplier les contacts. C’est cela le problème.
L’instabilité (minimum de sécurité) aussi chez le peuple haïtien en
est un autre. Il faut que les relations soient transparentes,
honnêtes. Il y a de bonnes conditions pour que la commission mixte
puisse démarrer.
Elle doit être dynamique et non bureaucratique.
Récemment, j’ai assisté à une conversation téléphonique franche entre
les présidents Préval et Fernandez. Ils ont parlé comme des frères. Ce
sont deux chefs d’État, deux interlocuteurs valables qui se
comprennent.
Ils ont conscience de la nécessité d’œuvrer pour l’établissement de
bons rapports entre les deux pays. Vraiment, c’est une occasion
historique qui nous est offerte. Il faut en profiter.
Les ministres, les maires, les sociétés civiles, les institutions des
deux pays doivent se jumeler. Les citoyens des deux pays ont pour
obligation de connaître l’île entière. Je suis ici depuis deux ans et
j’ai voyagé à travers les dix départements d’Haïti sans avoir été
sujet au moindre geste d’hostilité. On doit changer l’image d’Haïti.
On a exagéré au cours de l’histoire en présentant une image négative
de ce coin de l’île. Il faut la contribution de la République
dominicaine.
Mais, il faut surtout que le peuple haïtien s’unisse pour projeter une
autre image.
Haïti a une richesse extraordinaire, une puissance créative aux points
de vue culturel et artistique. La biodiversité et les potentialités
éco- touristiques de l’île sont énormes. Et, avec une commission mixte
efficace et efficiente nous pouvons ensemble faire avancer les
choses.
Le bien-être des Haïtiens, c’est le bonheur des Dominicains. Nous
n’avons pas de conflit individuel.
Vous savez, les populations ont moins de problème, moins de conflit
sur la ligne frontalière. Quand il y a une grande migration dans un
pays, c’est normal que l’on enregistre des conflits personnels,
familiaux entre nationaux et immigrés. Mais, ce n’est pas au niveau de
la frontière que l’on rencontre ces problèmes. On constate une
relation d’harmonie entre les gens de la frontière. Toutefois, on
constatera des indices de pauvreté des deux côtés. Il faut
reconstruire et sécuriser la frontière entre les deux pays. Les Forces
armées dominicaines le font mais cela ne suffit pas. L’État haïtien
doit lui aussi œuvrer en ce sens.
LM : N’y a-t-il pas un projet de l’Union européenne relative à cette
situation ?
JSR : En effet, il y a un projet très important de l’Union européenne
(Ue) en cours au niveau de Ouanaminthe-Dajabon qui doit être inauguré
bientôt. On considère aussi la possibilité de construire probablement
des bureaux de douane en commun. La construction de la route entre
Dajabon et Cap-Haïtien est en cours. Cela va ouvrir un grand marché
sur le Nord des deux pays. Je dis que c’est la voie à des échanges de
plus de 400 millions de dollars par an, tenant compte du nombre de
résidents dans cette zone. On peut faire des villages touristiques
avec des itinéraires touristiques communs (Citadelle, Labadie, la baie
de l’Acul…).
J’ai déjà parlé au ministre des Affaires étrangères extérieures, M.
Jean-Raynald Clérismé qui m’a exposé le désir du gouvernement de
construire des commissariats dans la zone frontalière afin d’avoir une
présence véritable. Le ministre des Travaux publics, Frantz Verella,
s’est exprimé en faveur de la construction de route pouvant relier
toutes les villes frontalières. Des efforts qui vont améliorer les
échanges commerciaux, culturels, sont en train de se faire.
LM : Avez-vous une idée du chiffre des exportations entre les
républiques dominicaine et haïtienne ?
JSR : Officiellement on parle de 147-250 millions de dollars
américains.
Moi, en tant qu’économiste et observateur, je parle de plus de 500
millions de dollars américains, un chiffre qui a tendance à augmenter
de plus en plus. Pour- quoi Haïti doit importer d’autres pays
lointains s’il y a un marché tout près, des frères et des sœurs
dominicains. Ce que je souhaite en tant que citoyen de cette île,
c’est qu’Haïti augmente son offre en exportation également. Certains
disent que « les Dominicains ferment leurs barrières aux produits
haïtiens », ce n’est pas vrai. Il y a un système de tarif douanier un
peu différent de celui d’Haïti, mais tout cela peut être négocié entre
les gouvernements. On doit s’asseoir pour autoriser le passage des
marchandises libres, les tarifs que l’on va mettre sur chaque produit
haïtien, etc.
L’économie haïtienne s’est beaucoup plus libéralisée que celle de la
Dominicanie. Ça fait peut-être du bien mais ça fait peut-être du mal
aussi. C’est à vous d’analyser cela. On (République dominicaine)
applique une libéralisation progressive, car il faut appliquer des
politiques commerciales qui protègent les producteurs nationaux. De ce
fait, on décide d’augmenter nos tarifs afin de rendre beaucoup plus
compétitifs les producteurs nationaux. Puis, graduellement on baisse
les prix. On a vu au cours des dernières années une croissance du
produit intérieur brut à 12 %%. Je vois que l’économie haïtienne aspire
à une croissance de 4 %%. Si cela se maintient pendant 3 à 5 ans ou
augmente, on dira qu’Haïti commencera vraiment à s’en sortir et est
devenue un pays prospère socioéconomiquement.
LM : Les intellectuels dominicains dans le temps faisaient la
promotion de l’histoire commune entre les deux peuples. Quel rôle
jouent-ils aujourd’hui dans la perception de l’histoire de l’île ?
JSR : Ces intellectuels continuent à faire leur boulot.
Certains nationalistes dominicains croient qu’ils ont une vision
correcte du monde. Ils défendent leurs intérêts. Faut pas les
diaboliser. Ce sont des gens qui contribuent au dialogue et qui sont
conscients de l’importance des rapports harmonieux entre les deux
pays.
C’est pour cela que j’appelle les deux peuples à se battre pour que
leurs relations soient véritablement améliorées, basées sur le respect
des identités, la diversité.
Il y a une chose commune que personne ne peut nier : le territoire. Ce
sont nos rivières nos montagnes, nos oiseaux, nos cultures comme a
parlé René Depestre. Ce dernier a parlé de peuple de culture, pas une
culture.
Moi, j’aimerais bien qu’il y ait une matière commune au niveau de
l’enseignement sur la géographie et l’histoire. Parce que les gens
doivent connaître la géographie de l’île. Pour qu’ils comprennent
l’importance du vivre ensemble. On a un privilège, Quisqueya est la
troisième île du monde riche en biodiversité. Il faut faire des
programmes de sauvegarde de la nature, développer l’écotourisme,
construire des routes écotouristiques : route des paysages, route des
indiens, route pour observer les plantes et nos montagnes qui sont si
belles.
Avant, il n’y avait pas de foire écotouristique et de production
binationale. Cela met en mouvement toute une série d’institutions de
la société civile, des intellectuels dominicains, des producteurs.
Pour la première foire réalisée à Fonds-Parisien, plus de 60 000
Dominicains s’y étaient rendus. Plus de 150 000 Haïtiens s’étaient
rendus à Dajabon pour la deuxième édition. Les Dominicains ne savaient
pas s’il y avait le lac Azueï. Une beauté curieuse. Les premiers jeux
de l’amitié étaient un grand succès en dépit d’une faible
participation.
La 4ème édition de la Foire binationale qui se prépare pour le 24
novembre au mois de décembre à Belladères touchera tout le Plateau
central et quatre provinces dominicaines. Les maires, les
intellectuels des deux pays vont se côtoyer. Faut pas considérer
seulement les intellectuels de la capitale. Il faut démocratiser ces
initiatives.
LM : Et le problème migratoire est un point sensible ?
JSR : Les deux gouvernements doivent discuter franchement. Il y aura
toujours des rapatriements tant que le problème migratoire n’est pas
résolu. La migration n’est pas un mal. Les États-Unis se sont
construits grâce aux immigrants. Aujourd’hui, plus d’un million de
migrants haïtiens et plus d’un million de migrants dominicains sont
recensés là -bas. Les migrants haïtiens en République dominicaine
apportent beaucoup (300-400 millions de dollars par an) à l’économie
haïtienne.
L’État dominicain, conscient de cette situation, a consacré 27 %% de
son budget aux travailleurs (population haïtienne vivant en république
voisine).
Environ 90 %% des Haïtiens travaillent dans tous les secteurs en
République dominicaine. L’apport de ces travailleurs à l’économie
dominicaine est considérable. Il faut cependant identifier chaque
citoyen haïtien qui rentre en République dominicaine, établir une
carte de séjour. Si les deux États restent à l’écart des solutions, ce
problème persistera. Cependant, l’immigration haïtienne a beaucoup
changé, il faut expliquer au peuple haïtien que ce n’est pas
l’immigration des années 60,70, voire même 80 qui était destinée aux
bateys.
LM : Le sommet contre la drogue aura lieu prochainement en République
dominicaine. Les préparatifs sont au point ?
JSR : Il y a une délégation – le ministre de la Justice en fait
partie– qui part dans les prochains jours pour une réunion
préparatoire du sommet contre la drogue (initié par le président René
Préval). On (les deux pays) est envahi par la drogue. Mais, nous ne
sommes pas responsables ni en tant que producteur ni en tant que
consommateur. Nous ne sommes pas des producteurs de drogue, ni de
grands consommateurs.
Nonobstant, nos enfants, nos populations payent les conséquences. Et
nos États n’ont pas de ressources pour combattre ce fléau. Il faut
établir une politique commune là -dessus. Les deux États sont très
affectés.
LM : Comment sont les relations entre l’ambassade et le ministère de
l’Environnement ?
JSR : Je crois qu’il y a de très bonnes relations entre les deux
peuples. Nous avons de très bonnes relations avec M. Germain, le
ministre de l’Environnement et avec tous les autres ministres.
J’essaie de stimuler les ministres haïtiens pour qu’ils aillent en
République dominicaine et vice-versa. C’est un effort permanent que je
fais. Je m’arrange afin que le président Leonel Fernandez soit en
contact de plus en plus étroit avec le président Préval.
Mon rôle est de contribuer à l’amélioration des rapports entre les
deux pays, des facteurs d’unité dans l’action concrète pour résoudre
les problèmes. Je suis pour l’élimination des facteurs discordants.
LM : Que préconisez-vous ?
JSR : Je prône la construction d’une route écotouristique au niveau de
la frontière. On y remarquera le parc de Bajohuro, la forêt des pins,
Doubelger, etc. Il faut construire des villages modèles où les
services de base (l’accès à l’éducation, la santé, la production
agricole, l’élevage de bétail…), sont offerts dans le but de regrouper
les populations qui sont isolées. C’est ainsi que l’on construit la
patrie.
En fait, ce qui sépare les êtres humains, c’est l’indigence.
Il faut éliminer la pauvreté, le trafic illégal de marchandises, celui
des travailleurs et des armes. Si on met de l’ordre dans nos
relations, on verra combien d’Haïtiens vont en République dominicaine,
combien y resteront et combien retourneront en Haïti. On verra, en
outre, combien de marchandises circulent d’un côté à l’autre car il y
a 64 postes frontaliers et personne n’en parle. Pourquoi ? Je ne sais
pas et je n’accepterai jamais que l’on cache des choses aux deux
peuples.
LM : Votre impression du peuple haïtien ?
JSR : J’ai une immense admiration pour le peuple dominicain et je
ressens la même chose pour le peuple haïtien, sa culture, ses
intellectuels, ses poètes, ses romanciers... C’est un peuple
valeureux ; La manière dont les Haïtiens et les Haïtiennes travaillent
avec dévoue- ment, voir les femmes haïtiennes qui se réveillent à 4
heures du matin pour envoyer leurs enfants à l’école. Elles ne veulent
pas que leurs progénitures vivent dans les mêmes conditions qu’elles
ont vécu. Les travailleurs haïtiens sont vraiment responsables.
Quand on parle des écrivains haïtiens, on décrit l’âme et la culture
de tout un peuple. Quand on voit un tableau naïf haïtien, c’est
vraiment la richesse culturelle concentrée. C’est un peuple qui veut
le bonheur. Il faut que les artistes dominicains viennent en Haïti.
D’ailleurs, ce 2 mars, le festival de l’île aura lieu en République
dominicaine. On prépare un festival de la musique qui aura lieu cette
année à Jacmel. J’établis les contacts pour que les artistes
dominicains puissent y participer. On a la foire écotouristique
binationale qui se tiendra du 22 mars au 1er avril. L’État et le
peuple haïtien sont invités. Le ministère haïtien de la Culture et
l’ambassade dominicaine en Haïti sont en train de discuter sur une
éventuelle rencontre entre intellectuels et artistes haïtiano-
dominicains au Cap-Haïtien au cours de cette année. Le ministre du
Tourisme a proposé qu’elle se réalise à la Citadelle Laferrière.
Les ministres de la Culture des deux pays ont de très bons rapports.
Ils vont signer prochainement un important accord de travail. Ce
vendredi, le ministre de l’Éducation se rendra en République
dominicaine pour rencontrer le ministre dominicain de l’Éducation
supérieure, science et technologie.
LM : La presse dominicaine vulgarise-t-elle les actions entreprises
pour l’amélioration des relations entre les deux peuples ?
JSR : La presse dominicaine vulgarise plus que la presse haïtienne les
progrès qui se réalisent dans les deux pays. Je fais appel, avec beau-
coup de respect, à la presse des deux pays pour mettre en évidence
tout ce travail collectif qui se fait. J’ai remarqué qu’elle monte le
ton particulièrement quand il y a crise. Donnons peu d’importance aux
choses qui peuvent affecter négativement les relations entre les deux
pays.
Il faut changer l’image, montrer au monde que Haïti et la République
dominicaine peuvent travailler ensemble tout en respectant leur
indépendance, leur identité respective. Des entrepreneurs dominicains
sont en train de venir en Haïti. J’ai déjà fait trois rencontres avec
environ une cinquantaine d’entre- preneurs haïtiens à l’ambassade.
Cela se fait conjointement avec la ministre du Commerce et de
l’Industrie, Maguy Durcé qui est une femme très dynamique. On a fait
aussi des voyages pour voir comment marche le plan de compensation
sociale à Ouanaminthe. C’est un projet d’entrepreneurs dominicains qui
vise l’amélioration des conditions de vie des travailleurs au niveau
de la zone franche.
On a également des entreprises dominicaines qui participent dans la
construction des routes. Nous voudrions que ces compagnies qui ont
beaucoup d’expériences en République dominicaine, viennent de plus en
plus et soient jumelées avec les entreprises haïtiennes. Le ministre
des Travaux publics, Frantz Verella, a précisé que des 300 millions de
dollars qu’on peut investir dans la construction du réseau routier de
la République d’Haïti, les compagnies haïtiennes sont en mesure de
s’en approprier 80 millions.
Ensemble, on peut absorber ces 300 millions si on procède au jumelage
des compagnies de l’île. Je n’adhère pas à l’idée qu’une entreprise
dominicaine vienne ici et fasse seule un travail. Il faut que ce soit
avec une entreprise haïtienne, laquelle acquerra l’expérience pour
qu’après Haïti devienne de plus en plus indépendante à tous les
niveaux.
LM : Parlez-nous un peu de votre expérience dans la mise en œuvre des
accords entre les deux pays et la perception du peuple dominicain?
JSR : Vous savez, les églises catholiques des deux pays ont de très
bons rapports. D’ailleurs, les conférences épiscopales font des
rencontres régulières. Chaque fois que l’Église catholique dominicaine
sort un document relatif au rapport haïtiano-dominicain, elle le fait
avec beaucoup de maturité, d’équilibre. L’Église catholique
dominicaine a fait des avancées extraordinaires. Elle se prépare pour
le progrès de notre pays en comprenant que le monde change.
Je crois que le peuple et l’État dominicains ont apprécié les derniers
changements qui ont lieu et ont salué la réalisation d’élections
démocratiques en Haïti. Et la presse dominicaine assure le suivi en
venant faire des reportages, des interviews avec le chef de l’État
haïtien qui a un incontestable charisme. Mais, vous savez que le
président Fernandez a amélioré son français. Je m’imagine que c’est
parce qu’il savait qu’il allait avoir beaucoup plus de rapports avec
le président Préval.
LE MATIN vendredi 2 mars 2007