| HAITI-- Question de l'Armée-- Sabine MANIGAT -- Don Quichotte dans le Nord |
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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: AnnetteAnnette Date: Aug 4, 2008 07:57
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Editorial LE MATIN du 1er août 2008
Don Quichotte dans le Nord
par Sabine MANIGAT
Diversion ? Coïncidence ? Provocation ? On ne sait pas trop mais les
fameux « militaires démobilisés » ont remis ça ce mardi en occupant
une ancienne prison et une ancienne caserne au Cap-Haïtien et Ã
Ouanaminthe respectivement. Ils auraient été une centaine d’après les
premières informations disponibles le mercredi matin (Le Matin, 30
juillet). Motif : Rétablissement de l’Armée (ou réclamation de sa
pérennité car les déclarations du leader au Cap, un ex-sergent,
s’appuient sur la Constitution), arriérés de salaires – 14 ans s’il
vous plaît ! – fonds de pension (il y a là une contradiction dont les
intéressés semblent inconscients) et aspiration à participer à la
lutte contre l’insécurité. Pour faire bref le mercredi après-midi la
question était réglée au Cap. Une opération de séparation entre le bon
grain et l’ivraie a déjà permis d’interpeller les participants
opportunistes pour « usurpation de titre » (sic) et de faire vider les
lieux par les éléments «titrés ». Les autorités interrogées ont
indiqué que certains d’entre eux étaient porteurs d’armes de poing, ce
qui a justifié un déploiement sécuritaire de la PNH appuyée par des
troupes de la Minustah.
Le côté folklorique, voire pathétique de toute cette situation n’aura
certainement pas échappé à une opinion déjà au fait des épisodes de
mobilisation de démobilisés qui se produisent en général de façon
impromptue mais aussi, paradoxalement, presque pour les besoins de la
conjoncture. Qu’on se rappelle les interventions au cours de l’année
chaude 2004 quand le gouvernement intérimaire n’était pas encore
parvenu à normaliser la situation politique et sécuritaire ! Juste ce
qu’il fallait pour recueillir quelque crédit de l’opération de
renversement d’Aristide. Près de quinze ans après la démobilisation de
l’armée opérée par Aristide, vieillis, quelque peu discrédités,
dispersés, retraités ou recyclés, les membres des ex-Fad’h
appartiennent, quoi qu’ils disent ou fassent, au passé de ce pays. Et
ni leur palmarès politique ni leur condition actuelle ne permettent
d’alimenter la moindre illusion sur une renaissance possible. C’est en
tout cas ma conviction.
Toute autre est la question de savoir si Haïti a besoin d’une armée et
bien différent encore est le problème des droits des démobilisés qui
ont cotisé une carrière durant pour sécuriser leur retraite. En effet
par-delà le donquichottisme, la question de l’armée qui n’a jamais été
réglée et la question des droits des ex-militaires sur lesquels
subsiste un flou doivent interpeller l’observateur. Certes plusieurs
programmes de réinsertion ont été montés en faveur des ex-militaires
au fil des conjonctures délicates. La commission chargée de ces
opérations existe encore, nous apprend le responsable du CNDDR – ne
pas confondre, c’est une autre commission, une autre « démobilisation
». Mais tout leur dû a-t-il été payé aux ex-militaires ? Si oui :
complètement ou partiellement ? À tous ou à certains ? Impossible de
clore ce dossier sans un positionnement clair de l’État sur cette
question, sous peine de voir les ex-militaires alimenter
l’interminable litanie des arriérés régulièrement réclamés à l’État
par tel ou tel groupe d’employés. J’ajouterai qu’un tel règlement doit
être rendu public, détails à l’appui, car l’opinion a le droit d’être
informée mais a aussi le devoir de prendre acte de ce qui se fait
lorsque l’État fait effectivement face à ses obligations. Et puis il
reste la question de l’opportunité ou de l’exigence de doter de
nouveau Haïti d’une armée, qui demeure effectivement
constitutionnelle. Cette question doit faire l’objet d’un débat sans
doute car il ne sera pas facile de l’évacuer par-delà la réputation
ternie de l’institution militaire particulière que furent les Forces
Armées d’Haïti. Et la sanction de ce débat devra être consignée dans
la Constitution. Lorsqu’on sait la quantité de problèmes à débattre au
regard de la Constitution on peut se demander en vérité par quel bout
prendre cette dernière. Mais c’est là un autre dossier, qui appartient
à un autre éditorialiste.
Par Sabine Manigat
LE MATIN vendredi 1er août 2008
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