HAITI - QUEBEC - ROBERT BERROUËT-ORIOL Michaelle Jean, une «reine-nègre» dans la nébuleuse souverainiste du Québec.
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HAITI - QUEBEC - ROBERT BERROUËT-ORIOL Michaelle Jean, une «reine-nègre» dans la nébuleuse souverainiste du Québec.         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: May 30, 2008 13:49

Copie d'un message reçu :
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Bonjour !
Je désire, avec votre aide aimable, diffuser sur Google ma réponse à
Victor-Lévy Beaulieu dans l'actuel débat entourant Michaelle jean.
Je soujaite faire apparaître mon texte de la manière suivante :

HAITI - QUEBEC - ROBERT BERROUËT-ORIOL
Michaelle Jean, une «reine-nègre» dans la nébuleuse souverainiste du
Québec.

Merci de m'indiquer la marche à suivre.
Bien cordialement,
Robert Berrouët-Oriol

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Michaelle Jean, une « reine nègre» dans la nébuleuse souverainiste du
Québec

FANTASMES NÉGRIERS ET CLICHÉS RACISTES
CHEZ NOTRE VICTOR LÉVY-BEAULIEU NATIONAL
Par Robert Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue
Montréal, le 27 mai 2008

À l'instar de milliers d'autres Québécois –toutes origines
ethnoculturelles confondues-- je l'ai lu et relu, le brûlot du
romancier Victor Levy-Beaulieu dans L'Aut'Journal du 21 mai 2008,
intitulé « La reine-nègre » (lien sur Internet :
http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=868 ). Et pour
bien faire le tour de la controverse provoquée par son propos
vitriolique et en mesurer l'impact médiatique, j'ai aussi écouté des
reportages télévisés puis médité l'apaisante et consensuelle réponse
du romancier Dany Laferrière « Reine nègre : une insulte » parue le 26
mai en cours dans le très branché Cyberpresse du journal La Presse de
Montréal (lien sur Internet : http://www.cyberpresse.ca/article/20080526/CPOPINIONS02/80526013/6732/CPOPINIONS).
Le texte de Victor Levy-Beaulieu appelle des réponses rigoureuses à
plusieurs niveaux et devrait faire l'objet d'un débat public dans une
société, le Québec, qui peut se targuer de n'avoir aucun passé
colonial honteusement camouflé dans ses placards... Dans ce texte
soumis à la fois à L'Aut'Journal et à La Presse, j'entends
contribuer à éclaircir quelques « perverses petites noirceurs »
colportées par notre Victor Lévy-Beaulieu national à titre de libre
contribution citoyenne à une autre lecture de ce qui, à mon sens, pose
un problème de société. Car il importe de ne pas évacuer le fait qu'un
romancier d'une si grande envergure nationale jouit d'une vaste
audience tant au Québec qu'au Canada, dans les manuels et programmes
scolaires comme dans l'imaginaire des Québécois ces 40 dernières
années...

Raciste par amalgame et malgré lui, notre Victor Lévy-Beaulieu
national ?

La littérature et l'histoire de la pensée occidentale au XXe siècle
fourmillent d'exemples de lettrés, romanciers, poètes et essayistes,
proches ou pas du pouvoir, qui ont tiré à boulets rouges sur des
cibles ethnoculturelles et/ou socioculturelles bien identifiées
(Juifs, Tsiganes, Arabes, Nègres, homosexuels, chrétiens, etc.). Dans
de nombreux cas bien documentés, plusieurs lettrés ont cautionnné des
pogroms, des génocides, des chasses à courre mortifères, des appels à
néantiser l'Autre dans la paix douçâtre et éternelle des cimetieres...
Du Rwanda à la Serbie, de l'Haïti des Duvalier au Zimbabwe de Mugabe,
du Romantisme allemand (version Hieddeger qui a tant séduit Céline le
romancier) aux vicissitudes de la France sous les bottes du IIIe
Reich, la peste raciste est, sournoisement ou à visière levée,
façonnée à partir du même ADN. Le noyau dur du discours nationaliste,
toutes les fois qu'il lui faut nier la pluralité des cultures et
légitimer sa volonté hégémonique, défend du bec et des ongles le
principe de la « pureté » et de l'unicité de la race, de la langue, de
la mono-culture et de ses institutions. Ainsi, le romancier français
Céline, fort de son immense talent et de son aura intellectuelle,
n'hésite pas à cautionner la peste anti-sémite et la haine des Juifs
dans son livre « Bagatelles pour un massacre » publié en 1937. L'
auteur de « Voyage au bout de la nuit » (1932) et de « L'école des
cadavres » (1938) sert de caution intellectuelle aux pulsions
archaiques les plus racistes du « pays profond », d'une France à la
dérive, aux repères laminés, bref, il s'adsresse à une importante
frange de la population dont la pensée est aux abois depuis la
Première guerre mondiale... Un observateur attentif écrivait à propos
de « Bagatelles pour un massacre », le 12 janvier 1938 dans Le Canard
enchaîné : «Voici de la belle haine bien nette, bien propre, de la
bonne violence à manches relevées, à bras raccourcis, du pavé levé à
plein biceps ! [...] C'est une barricade individuelle, avec, au
sommet, un homme libre qui gueule, magnifiquement... »

Qu'il s'agisse d'humour, de colère ou de manipulation par amalgame,
les « Bagatelles pour un massacre » de Louis-Ferdinand Céline et « La
reine-nègre » de Victor Levy-Beaulieu vont tricoter sérré des
outrances verbales perverses et des non-dits, des rancunes refoulées
puis symbolisées au coeur même de l'ADN raciste. L'amalgame le plus
parlant aux Québécois de vieille souche est celui fait le lien, de
manière violente dans le propos même, entre la fonction intitulée
Gouverneur général du Canada, celle de Chef d'État représentant la
Reine d'Angleterre et la personnalité –une négresse, quelle
horreur !-- qui occupe cette fonction paradoxalement honorifique et
politique dans l'espace fédéral canadien. Vêtu pour la circonstance de
la soutane anti-fédéraliste d'une partie importante de la population
du Québec qui ne se sent pas concernée par la fonction et
l'institution de Gouverneur général du Canada –ce qui est un droit
d'opinion légitime et historiquement fondé, au même titre que l'option
souverainiste--, Victor Levy-Beaulieu s'attaque à Michaelle Jean au
creux de sa personne en pratiquant l'invective et l'anathème. La voici
donc journaliste médiocre, « parlant une langue française à l'accent
si pointu » hélas incomprise des « autochtones » locaux, à savoir le
large auditoire des téléspectateurs francophones de Radio Canada. Bien
visé, Victor, car diaboliser la question linguistique, au Québec,
c'est s'assurer la quasi-totalité des suffrages francophones de la
Belle Province aux prochaines ventes du prochain Salon du livre et
dans nos chaumières cernées de verglas un jour d'élection... Notre
Victor national encore une fois vise « juste » par amalgame et
invective lorsqu'il oppose le registre linguistique élevé de Michaelle
Jean à l'écoute des auditeurs de Radio Canada : sous-entendu pervers,
ces auditeurs sont trop nonos et linguistiquement handicapés pour
entrer en symbiose avec différents registres de langue... De
l'amalgame au mépris des auditeurs francophones de Radio Canada, la
frontière est vite franchie par notre Victor national, porteur d'une
idéologie linguistique rétrograde et attardée que l'on croyait, à
tort, du monopole exclusif de Mario Dumont...

Négresse blanche d'Amérique

Mais avec notre Victor national, on n'est pas à un amalgame près. Il y
a aussi dans la fureur nationaliste/nationaleuse de l'écrivain le plus
prolifique du Québec moderne, auteur d'environ 70 livres –dont « Pour
saluer Victor Hugo » (1971), Jack Kérouac » (1972), « Monsieur
Melville » (1978)-- la vive passion de l'intolérance face à un choix
politique, fédéraliste, qui n'est pas le sien, souverainiste. Il est
viscéralement « en maudit » qu'une arrière arrière petite fille
d'esclaves nègres, Michaelle Jean, puisse librement choisir de ne pas
partager la légitime option indépendantiste québécoise au profit de la
non moins légitime option fédéraliste canadienne. La violence et
l'intolérance des propos de Victor Lévy-Beaulieu attestent bien que
l'ADN raciste au Québec, même très minoritaire dans notre population,
est encore à l'affut de chacune des failles de la vigilance citoyenne
et sait bien comment investir le discours et les revendications
nationalistes francophones... Ainsi, Victor Lévy-Beaulieu procède-t-
il là encore par amalgame et troncation des faits historiques : une
descendante d'esclaves nègres ne peut occuper une telle haute et
suprême fonction honorifique , à moins d'être, par « un réflexe de
colonisée », coupable du péché de lèse-majesté souverainiste dans
l'espace canadien --(dont, jusqu'au prochain référendum victorieux, le
Québec fait encore partie); ou, pire, coupable des trahisons les plus
intolérables aux yeux de la population québécoise. Ainsi Michaelle
Jean, « noire, jeune, jolie, ambitieuse et, à cause de son mari,
sûrement nationaliste aussi – mais nationaliste, qui ne l’est pas au
Québec ? », est-elle confinée, par la grâce de notre Victor national,
au rôle discrétité de porte-parole du « colon » canadian en terre
québécoise. Si ici l'amalgame made in VLB vole bas par assimilation au
statut matrimonial de l'incriminée, la charge raciste est encore plus
frontale, blessante et injurieuse, lorsque notre Victor national
assimile Michalelle Jean, « colonisée », aux mercenaires de la
piastre : « quand on lui en donne la chance, et les billets verts du
Dominion, rien de plus facile pour le colonisé que de devenir
colonisateur ». Celle dont le père fut emprisonné durant la sanglante
dictature des Duvalier, élevée par la grâce bienveillante de VLB au
rôle stigmatisé de reine et nègre et « colonisée », a également mal
tenu son rôle de Négresse blanche d'Amérique car elle nous aurait
privés de la énième reconnaissance de la mère-patrie : « Le voyage de
la Reine-Nègre en France aurait pu pourtant apporter beaucoup d’eau au
moulin des souverainistes québécois »... On rirait jaune si l'affaire
n'était pas aussi venimeuse : comment donc faire croire aux centaines
de milliers de jeunes Québécois, inscrits en classe d'histoire-
géographie en 2008, que le Québec est une... colonie canadienne, et
qu'une reine nègre de l'instance fédérale aurait dû plaider, en
France, la cause sacrée de la souveraineté québécoise à l'inauguration
des célébrations des 400 ans de terre-Québec ?
Et puisque nous n'en sommes plus à un amalgame près, cette fois-ci
c'est l'Histoire elle-même qui est méconnue, mal connue ou travestie
par Victor Levy-Beaulieu lorsqu'il aborde les rives complexes de la
Traite des Noirs et de ses abolitions par la France. Manifestement,
notre romancier aux succès phénoménaux aurait dû connaître au moins
l'abécédaire des luttes menées par les Nègres, aux Antilles comme
ailleurs, contre l'empire colonial français... Nenni ! Quelques dates
vite glanées dans des encyclopédies jaunies lui font office de
connaissance du sujet... Mais on retiendra au passage le silence lourd
et éclairant de VLB à propos de la première révolution anti-
esclavagiste victorieuse des Nègres, à savoir l'Indépendance de Saint-
Domingue en 1804, qui a enfanté Haïti, terre natale de Michaelle
Jean... Elle constitue, contrairement aux allégations de notre Victor
national, la première brèche significative de l'empire colonial
français dès lors irrémédiablement fragilisé et ne pouvant plus
maintenir, dans ses colonies, le statut quo esclavagiste.

L'espace d'une contribution de 3 pages est trop restreint pour aborder
d'autres volets du remarquable texte de Victor Levy-Beaulieu –
remarquable en ce qu'il nous instruit des dérives auxquelles le noyau
dur de la pensée nationaliste « pure » fait peser sur l'ensemble de
la société québécoise. Mais le texte de notre Victor national a par
ailleurs d'autres mérites : il nous donne à mesurer la faiblesse de la
pensée critique dans le Québec actuel, de manière générale, et
également la faiblesse de la pensée critique chez les Québécois
d'origine haïtienne... Peu, sinon pas de contre-discours structuré et
rassembleur... Faudra-t-il attendre le prochain « beau risque » de
Victor Levy-Beaulieu dans notre espace médiatique déjà tellement
pollué de produits culturels de pacotille à la sauce téléréalité ? Il
pourrait alors, sans rire, titrer son prochain papier ainsi : « La
reine nègre et juive » du Canada a voté OUI au référendum
indépendantiste de 2009..
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