HAITI-- Politique-- Sabine MANIGAT -- La Première ministre et les défis de l'heure
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HAITI-- Politique-- Sabine MANIGAT -- La Première ministre et les défis de l'heure         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Sep 9, 2008 04:52

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Editorial LE MATIN du 8 septembre 2008

La Première ministre et les défis de l’heure

par Sabine Manigat

Incroyable d’un côté, sans surprise cependant, vue sous un autre
angle, la séance de présentation de la politique générale de Michèle
D. Pierre-Louis a déjà fait dépenser beaucoup de salive. Je ne cours
pas le risque de me tromper de beaucoup en disant après d’autres que
les diverses acrobaties qui ont jalonné l’ensemble du processus
(arrêté de nomination, interruption de séance postérieure au vote,
reprise du vote avec gain d’une voix et perte d’un vote…) n’ont fait
qu’embrouiller un parcours que l’on sentait pourtant déjà balisé avec
le capital croissant de sympathie qu’a accumulé la Première ministre
tout au long de ce parcours difficile. Des experts en loi, juristes,
constitutionnalistes, ex-ministres de la Justice ont souligné, tout au
long du week-end, les aspects polémiques et discutables du déroulement
de la séance au Sénat de la République. Inutile donc de s’y attarder
davantage, sauf à regretter que des urgences, pour réelles voire
pressantes qu’elles soient, ajoutées à une lassitude sans conteste
générale face aux lenteurs dans le remplacement du gouvernement déchu
voici plus de quatre mois, que ces urgences donc aient servi de
prétexte pour des irrégularités qui, toutes choses égales par
ailleurs, continuent de débiliter les efforts visant à consolider
l’État de droit et la démocratie dans notre pays.

De peine et de misère, nous avons donc enfin un gouvernement. Il
s’agit désormais de regarder le présent en nous tournant vers
l’avenir. Or le présent est sombre et l’avenir précaire, pour dire le
moins. Madame Pierre-Louis et son gouvernement prennent les rênes d’un
pays durement frappé par les intempéries, déjà réduit par la crise
économique et la cherté de la vie, plus que désabusé par les
différentes déceptions politiques vécues depuis une bonne décennie.
Bref, le nouveau gouvernement se présente comme un maître devant une
classe convaincue qu’elle ne peut rien apprendre et que son titulaire
échouera comme les précédents. La ferveur n’est pas au rendez-vous,
pas même l’optimisme. Par contre, les exigences sont au plus haut
niveau et la patience de plus en plus courte. Refaire ici la liste des
urgences extrêmes et autres priorités numéro un n’a guère de sens. Par
contre, il convient de bien méditer les premières déclarations de la
Première ministre pour lire les priorités que – nécessité oblige – le
gouvernement entend adopter. Madame Pierre-Louis a souligné, si je
l’ai bien suivie jeudi soir, mais aussi vendredi lors de son
installation, la préséance de quatre dossiers : l’assistance aux
sinistrés des différentes intempéries récentes, la relance de la
production nationale, l’assainissement économique et financier, les
infrastructures de base.

Je soulignerai tout d’abord que, contrairement à certaines opinions
exprimées sur le contenu de sa déclaration de politique générale (en
particulier par les parlementaires, et les sénateurs surtout), je
trouve que les choix du nouveau gouvernement sont clairement exprimés.
Ils reflètent d’ailleurs largement l’adhésion au DSNCRP affirmée par
la Première ministre avant même sa confirmation. Ils intègrent aussi
les expériences faites par Madame Pierre-Louis elle-même dans son
parcours socioprofessionnel et leur confèrent cette orientation
nationale et cette vision endogène du développement propre à
encourager les adhésions. Ces choix coïncident par ailleurs de façon
significative avec ceux qui sont traditionnellement affichés par le
chef de l’État. Signe d’alliance, pour reprendre les termes même de la
Première ministre. Signe d’une certaine dépendance aussi? On peut
s’interroger. Pour ma part, je suis restée sur ma faim, concernant les
priorités sociales de fonds, pour ainsi dire, au-delà de l’urgence. En
particulier, l’éducation aurait pu faire l’objet de définitions plus
concrètes vu le rôle incontournable qu’on lui reconnaît désormais dans
le développement d’un pays (éditorial Le Matin, 22-24 août 2008).
Certes, des mesures de court terme sont annoncées pour les fournitures
scolaires en particulier. Mais elles ne dépassent pas les initiatives
annuelles en la matière.

Une autre question majeure a trait aux soutiens politiques sur
lesquels peut compter le nouveau gouvernement. D’après ma lecture, la
société civile et la communauté internationale sont privilégiées, car
si l’importance de la collaboration avec les parlementaires est
réaffirmée, les références aux partis politiques sont beaucoup moins
nombreuses et précises. L’équation n’est pas exempte de risques quand
on sait le caractère incontournable des appuis politiques organisés
pour une gestion gouvernementale non inféodée aux pressions de rue.

Ainsi, après une ratification «au forceps» (Le Matin, 5-7 septembre
2008), Michèle Duvivier Pierre-Louis doit donc s’attendre à des débuts
de combats à l’arraché. Elle a parlé de quatre mois de délai pour
commencer à produire des résultats. On les lui accorderait volontiers,
à elle et à son gouvernement, pour le pays, donc dans l’intérêt
général bien compris. Reste à savoir si les forces politiques sur
lesquelles elle mise en premier ressort les lui concèderont.

LE MATIN lundi 8 septembre 2008
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