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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Jul 18, 2008 13:41

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Editorial LE MATIN du 18 juillet 2008

Aristide est de retour

par Claude Moïse

Ce n’était pas comme aux premiers temps ni comme en 1994, loin de là,
mais la manifestation du 15 juillet me paraît être ce que Lavalas a
obtenu de mieux en terme de participation depuis le départ de Jean-
Bertrand Aristide le 29 février 2004. Des milliers de partisans
chantant, dansant, célébrant les 55 ans de l’ex-chef d’État deux fois
évincé du pouvoir, c’est peut-être aussi un des grands succès de foule
que Port-auPrince a connus récemment. En tout cas, on sent remonter la
ferveur aristidienne.

Elle s’est exprimée dans l’exaltation de manifestants ravis de se
retrouver, réconfortés d’être nombreux ensemble et confiants dans le
retour prochain de leur leader. Il faut dire qu’année après année, de
commémoration en commémoration, les aristidiens cultivent la mémoire
de leur mouvement et affichent une détermination – variable selon les
circonstances et tactiquement adaptée – à marquer leur présence sur
l’échiquier politique et à se démarquer des forces concurrentes ou
alliées. Aujourd’hui, le slogan du retour qui a imprégné la
manifestation du 15 juillet semble plus fort que jamais.

Mémoire pour mémoire, il faut rappeler que la réaction lavalassienne à
la chute du président Aristide en 2004 n’a pas été sans casse. Les
éruptions de violence le 30 septembre 2004 qui ont marqué la
commémoration du coup d’État du 30 septembre 1991 ont dégénéré en
émeute au centre-ville de Port-au-Prince et se sont poursuivies dans
certains quartiers populaires les 1er et 2 octobre. Par la suite, il
s’est développé une véritable guérilla urbaine alimentant la violence
dans la région.

La différence est frappante aujourd’hui où un certain apaisement a été
obtenu. L’action des forces de police, la poursuite systématique d’une
politique de normalisation démocratique portée par la communauté
internationale ont forcé les aristidiens à une reconversion
stratégique. Celle-ci allie la participation au processus électoral à
des activités de contestation pacifique avec pour objectif la
reconquête du pouvoir.

La manifestation du 15 juillet en cours peut être interprétée par les
dirigeants lavalas comme un succès significatif, un stimulant à
occuper plus d’espace politique, une promesse pour les futures
batailles électorales. Lavalas a cette particularité de bénéficier
d’une réputation de savoir-faire organisationnel et d’une certaine
efficacité dans la mobilisation populaire. Ce qui lui confère un
avantage tactique sur les autres partis dans la mesure où il peut
impressionner l’opinion port-au-princienne et porter la contestation à
une assez grande densité.

Jusqu’à preuve du contraire, Lavalas est une force électorale dans
l’agglomération de la capitale et, probablement, dans la deuxième
ville du pays. Aujourd’hui, il est bien servi par une conjoncture de
crise où la cherté de la vie aggrave les conditions de vie des masses
déjà misérables, où l’impuissance des dirigeants à rétablir un
gouvernement fonctionnel désespère les forces vives du pays et la
communauté internationale assistante.

Dans quelle mesure, Lavalas peut-il se présenter comme une solution de
recours aux yeux des masses ? C’est une autre histoire. Avec ou sans
Lavalas, on peut redouter que la dégradation sociale accélérée
continuera d’exposer le pays à des manifestations de ressentiment ou
de désespoir des couches les plus démunies de la population.

Dans l’intérêt national bien compris, il faut encourager le parti de
Jean-Bertrand Aristide à jouer le jeu politique. Ce parti fait du
retour de son chef un objectif de lutte essentiel. De quoi dépend ce
retour ?

Formellement, l’ex-président jouit de son droit constitutionnel
inaliénable de rentrer dans son pays, mais il est évident que des
considérations politiques, à la fois nationales et internationales,
doivent être prises en compte pour une telle réalisation. Le principal
intéressé est lui-même en mesure de les évaluer et de décider de
l’opportunité d’un tel événement qui ne manquerait pas de remuer le
pays. Entre-temps, ses partisans continueront d’agir pour en forcer
les conditions. Dans l’espoir qu’il pourra jouer à nouveau un rôle
politique décisif.

Claude Moise
LE MATIN jeudi 17 juillet 2008
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