HAITI -- Politique-- Gary OLIUS -- Paradoxale critique de la démocratie
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HAITI -- Politique-- Gary OLIUS -- Paradoxale critique de la démocratie         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Aug 15, 2008 06:47

Copie d'un message reçu :
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Haïti : Quand des choix démocratiques s’apparentent à un suicide
collectif

jeudi 14 août 2008

« La démocratie a la prétention d’universalité, mais les peuples ne
sont pas partout pareils »
(G.O, ‘ces paradoxes insoupçonnés‘)

Par Gary Olius

Soumis à AlterPresse le 13 aout 2008

Je déteste la dictature, je me méfie de la démocratie et l’haïtien
désabusé que je suis - à cause de la décrépitude générale d’AyitiToma
- me fait rêver d’un Etat fort pouvant servir de rampe de lancement à
tout programme de sauvetage de la nation haïtienne. Ma position peut
paraitre drôle en ce monde exagérément manichéen, vu que la raison
politique dominante veut que l’on soit dictateur ou démocrate et que
l’on prenne parti soit pour la démocratie soit pour la dictature.
Renvoyer dos à dos ces deux doctrines et explorer d’autres voies est
considéré, sans aucune forme de discussion, comme un acte de folie.
Mais, où est la liberté de choisir dans tout cela ?

Quand les éléments de tout un système se liguent pour faire croire que
tout ne peut être que blanc ou noir, c’est la liberté qui est remise
en question ; car entre ces deux extrêmes il existe une gamme de
couleurs qui, non seulement donnent du goût à la vie mais aussi aident
à colorer l’existence de l’espèce humain. Et, comme pour subtiliser la
liberté des individus, le monde de la politique conçoit la chose
autrement. Ainsi, il faut croire que la dictature et ce qu’on appelle
aujourd’hui démocratie sont, à divers points de vue, des dénis de la
liberté individuelle.

Démocratie, pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple donne
aussi au peuple le droit de se suicider souverai-ne-ment dans leurs
choix insensés. Et le pire est que même ceux qui sont d’avis contraire
sont obligés de subir, malgré eux, les effets pervers de ce suicide
collectif. Réciproquement, la dictature comme tyrannie d’un individu
supporté par une minorité peut aussi constituer une hypothèque de la
liberté des masses ou de la majorité. Ceci dit, réduire l’être humain
à une balle de ping-pong condamné à rebondir entre les pontons de la
démocratie et de la dictature équivaut à l’introduire dans un cercle
vicieux d’où il n’en sortira jamais. Face à ce constat navrant, j’ai
envie de reprendre en mes termes l’anathème de Heidegger en disant : «
les politologues ne passent pas… et sont en panne d’inspiration »

Plus on observe avec attention le merdier dans lequel Haïti s’est
enfoncée, plus on a tendance à attribuer plus de valeur au système
électoral américain, qui s’impose comme un cas d’école dans le monde
politique. Comparaison n’est pas raison, mais la situation politique
d’Haïti montre ce que peut la démocratie en milieu d’analphabétisme
massif, tout comme la situation des Etats-Unis apporte la preuve la
plus éloquente que la démocratie ne saurait fonctionner correctement
sans garde-fous. La formule des grands électeurs est un probant
témoignage que les américains sont pleinement conscients des risques
inhérents à la démocratie. Ladite formule constitue une véritable
digue destinée à contrôler les débordements du système et l’empêcher
de déraper ou de porter préjudice à l’existence de l’Etat et à son bon
fonctionnement. De fait, la démocratie à l’haïtienne fait aujourd’hui
figure d’une rivière en crue et elle charrie du n’importe quoi dans
nos institutions. Au nom du peuple ou de la sacro-sainte démocratie,
des malades mentaux, des déviants, des narcotrafiquants, des crétins,
des ignorants, des criminels, des dictateurs déguisés sont investis du
plein pouvoir et imposent leur loi à toute une société et, cela,
démocrati-que-ment.

Même dans ma posture critique, je concède volontiers qu’avec la
démocratie libérale, on est capable du meilleur comme du pire. Ce
système a fait ses preuves en Amérique du Nord et en Europe
occidentale en plaçant, pour de bon, des pays comme les Etats-Unis, le
Canada, la France et l’Angleterre (pour ne citer que ceux-là) sur les
rails de la prospérité économique. Il a aussi montré ses limites dans
la Caraïbe, en Amérique centrale, en Afrique etc. en plongeant, peut-
être pour de bon, des pays comme Haïti, le Salvador, le Nicaragua, le
Honduras dans le cercle infernal « Etat Irresponsable – Analphabétisme
Instrumentalisé – Pauvreté ». Dans l’examen de la réussite des uns et
l’échec des autres, il y a une vérité qui s’impose : la démocratie
libérale demande des pré-requis indispensables dont un pays ne saurait
se passer sans s’exposer à des risques socio-économiques d’envergure.
Il faut croire que c’est en voulant prendre un raccourci pour passer
directement de la dictature à la démocratie libérale qu’AyitiToma
s’est cassée le nez. Vouloir intégrer un système aussi sophistiqué
sans l’adoption préalable d’une politique éducative viable et un cadre
légal adéquat, c’est faire le choix d’une intégration de force ou par
la petite porte. Cette prise d’assaut, me semble-t-il, a valu à Haïti
ce qu’elle est aujourd’hui : un espace socio-économique indigne d’un
pays âgé de 200 ans.

Cette façon d’appréhender la question peut nous aider à comprendre
pourquoi les dirigeants des 20 dernières années, soit disant élus
démocratiquement, n’arrêtent pas de justifier leur échec en ayant
recours à l’existence de la dictature duvaliérienne qui a dominé le
pays pendant 29 ans. Les innombrables souffrances du système
dictatorial ont rendu très tentantes les jouissances de la démocratie
et les leaders de 1986, ne voulant pas en assumer les coûts y
afférents, préféraient jouer aux roulibeurs en faisant sauter
imprudemment tous les verrous sociaux et économiques placés par le
régime déchu, pensant que ces dispositions libertaires accélèreraient
l’intégration du pays dans la démocratie libérale. Bien compté, mal
calculé ! En fait, ce qui s’est passé est que, sous la pression des
douleurs de la dictature et de notre désir irrépressible de nous en
débarrasser comme par miracle, nous nous sommes carrément suicidés.

Ce suicide est manifeste dans ce paradoxe que nous vivons au quotidien
depuis plusieurs décennies : le peuple est fier de la démocratie et
est toujours prêt à s’enorgueillir, tandis qu’il a foncièrement honte
de ses dirigeants dont il trouve - encore et encore - des arguments
pour en renouveler le mandat. Comme quoi, manichéisme oblige, on est
porté à aimer une caricature de démocratie rien que par dégout pour la
dictature et, sachant cela, les nouveaux dictateurs se cachent sous un
apparat démocratique pour tromper le peuple analphabète et souverain.

J’aurais aimé vivre dans une société où l’on apprécie la démocratie
non pour sa dimension électoraliste mais pour ce qu’elle produit comme
résultat. Ainsi, les dirigeants démocratiquement élus comprendraient
qu’ils sont investis de plus de responsabilités que de privilèges.
Pour cela, il faudrait que le souverain peuple accepte d’utiliser son
pouvoir de sanction contre ceux qui ne se sont pas montrés à la
hauteur de leur mandat. Mais je doute qu’il puisse le faire étant
donné son extrême dénuement, car ici le vote dans une élection n’a que
le prix d’un petit plat de riz et généralement les politiciens les
plus malintentionnés sont soit les plus fortunés soit les
bénéficiaires privilégiés de l’élite économique crasseuse qui ne vit
que combines et de monopole. Tant que perdure ce cercle vicieux, ce
qu’on persiste à appeler démocratie en Haïti finira toujours par être
une conspiration contre le pays…
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