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Haïti, une incroyable vitalité littéraire
PORT-AU-PRINCE, 7 déc 2007 (AFP) - 07/12/2007 20h30
Confetti sur la carte du monde, Haïti interpelle le visiteur par son
incroyable vitalité artistique, tout particulièrement en littérature,
une créativité qui fait rayonner cette petite république des Caraïbes
bien au-delà de ses frontières.
Peinture, sculpture, musique, littérature... En Haïti, "on fait de la
culture comme ailleurs on fait du football, et la grande force de
cette culture, c'est qu'elle est populaire. Ici, tout le monde produit
quelque chose", s'exclame l'écrivain haïtien Dany Laferrière avec
l'exubérance qui le caractérise.
Dans tous ces domaines, "il y a un potentiel énorme", confirme un
observateur étranger. Et ce, en dépit d'une situation économique
catastrophique qui fait de Haïti (8,5 millions d'habitants) l'un des
pays les plus pauvres du monde.
Pour s'en tenir à la littérature, la profusion, accompagnée souvent
d'une grande qualité, est étonnante. En Haïti même, on compte environ
500 dépôts légaux par an, précise Willems Edouard, directeur des
Presses nationales haïtiennes (PNH).
"L'édition professionnelle est en gestation en Haïti et beaucoup de
textes sont publiés à compte d'auteur, première étape pour un écrivain
avant d'être édité à l'étranger", indique M. Edouard.
Des dizaines d'autres auteurs haïtiens, dont beaucoup vivent dans la
diaspora, sont publiés par les plus grandes maisons d'édition
françaises ou nord-américaines.
Toutes les formes sont représentées, avec un intérêt marqué pour la
poésie et le théâtre, qui permet de renouer avec l'oralité,
fondamentale dans un pays où 70%% de la population est analphabète.
L'histoire prestigieuse - première République noire, proclamée en 1804
- et tourmentée de leur pays a constitué de longue date une source
inépuisable d'inspiration pour les auteurs haïtiens.
Une histoire marquée par des figures emblématiques, avec, en première
ligne, Toussaint Louverture, qui a mené la seule révolution d'esclaves
victorieuse de l'Histoire avant de mourir emprisonné au fort de Joux,
dans le Jura (est de la France), ou encore Jean-Jacques Dessalines,
qui promulgua la déclaration d'indépendance d'Haïti à l'égard de la
France.
Le rôle fondamental joué par le vaudou - religion originale,
schématiquement un syncrétisme de différents rites africains - dans la
société haïtienne, son côté mystérieux, son association aux grands
moments de l'histoire du pays, a modelé un imaginaire spécifique.
Mais les écrivains haïtiens revendiquent, comme n'importe quel
créateur, leur totale liberté d'expression et le droit Ã
l'universalité. "Quand on a besoin d'un médecin, lui demande-t-on sa
nationalité avant de consulter?", s'indigne Dany Laferrière.
En dépit du manque de bibliothèques et de librairies, des amateurs se
réunissent pour des ateliers de poésie ou d'écriture, animés par des
auteurs confirmés.
Pour l'écrivain Lyonel Trouillot, "le déficit de pensée politique
républicaine" a conduit les intellectuels "à combler ce vide par une
expression littéraire très forte". Ce sont les écrivains qui ont
"assumé le discours de la construction d'un pays viable, habitable, de
la capacité à vivre ensemble".
Pourquoi cette richesse culturelle? "Je n'ai pas de réponse. C'est
sans doute lié à l'histoire de ce peuple rebelle qui n'a cessé de
combattre", suggère Paul-Elie Levy, directeur de l'Institut français
d'Haïti, seul centre culturel étranger.
Le poète Joël des Rosiers, psychiatre vivant au Canada, propose une
autre interprétation: "La capacité merveilleuse de ce peuple
d'élaborer la souffrance en art".
(c) 2007 AFP