Copie d'un message reçu :
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LE MATIN du 12 juin 2008
« Le pays doit s’attendre au pire », selon Himmler Rébu !
Deux mois après le renvoi de Jacques Édouard Alexis et de son
cabinet ministériel par le Sénat de la République, le pays attend
toujours la ratification d’un nouveau Premier ministre et la formation
d’un nouveau gouvernement. D’aucuns craignent que le vide politique
actuel n’engendre de nouvelles émeutes de la faim, ce qui serait une
catastrophe pour le pays.
Dans une interview par messagerie électronique au Matin, l’ancien
candidat à la présidence Himmler Rébu estime que la situation actuelle
traduit l’irresponsabilité des dirigeants. « Deux mois que le pays n’a
pas de gouvernement; et nous semblons ne pas nous en émouvoir outre
mesure. On est engagé dans un joyeux tour de passe-passe avec la Con
sti tu tion alors que des problèmes sérieux nous attendent. Jusqu’à la
prochaine explo sion ? »
À en croire l’ancien colonel, le pays doit s’attendre au pire, vu la
hausse du coût de la vie, l’incapacité des ménages de se procurer des
produits de première nécessité, et le prix du pétrole qui grimpe sur
le marché international. « Les bonnes solutions ne semblent pas être
pour demain », constate-t-il.
Par-dessus tout, la ques tion sécuritaire inquiète au plus haut point
dirigeants, hommes politiques et simples citoyens. Depuis deux mois,
des écoliers sont particulièrement pris pour cible par des kidnappeurs
Et plusieurs ont laissé leur peau dans cet enfer, en dépit de fortes
rançons versées par leurs par - ents. Ce mercredi, trois écoliers, qui
venaient de subir des épreuves officielles de 6e année fondamentale,
ont été enlevés au Bois- Verna.
Selon le responsable du Grand rassemblement pour l’évolution d’Haïti
(Greh), « l’accélération constatée ces derniers jours au niveau des
kidnappings est le prélude à des problèmes autrement plus sérieux. La
Police nationale, avec son déficit connu de fiabilité, ne peut pas
seule endiguer le fléau. Les autres paliers de la sécurité nationale
n’existant pas, com ment pourrait-elle résoudre toute seule le
problème ? »
Le porte-parole de la Fusion des sociaux- démocrates, Micha Gaillard,
ne veut pas être alarmiste. Selon lui, il faut un sursaut national, un
dépassement de soi pour éviter le pire. Les partis politiques doivent,
selon lui, se mettre ensem ble et travailler pour le bonheur d’Haïti.
« Le pays n’en peut plus, dit Gaillard. Avec ce vide gouvernemental,
on ne peut pas signer des accords internationaux, non plus
entreprendre des projets communautaires susceptibles de soulager la
misère des couches les plus défavorisées. Le président doit dire son
mot. » Selon Micha Gaillard, le soulèvement d’avril der nier a été
exploité par des narcotrafiquants et des contrebandiers toujours en
quête de ces situations chaotiques pour fonctionner. L’Exécutif et le
Parlement, a poursuivi Gaillard, doivent travailler à éviter de
nouvelles émeutes de la faim, par l’installation rapide d’un Pre mier
ministre.
Les petites bourses subissent lourde ment les conséquences de la sit
u a - tion politique. Arti sans, détaillants et petits commerçants
s’en plaignent constamment. « Fini le temps des ventes florissantes.
Depuis quelques mois, il nous arrive de passer plusieurs jours sans
vendre aucun de nos produits », témoigne, éploré, Émile Étienne, un
arti san qui excelle à travailler le bois à la Maison des artisans, au
Champ de Mars.
Le chiffre d’affaires quotidien de cet infortuné peut s’élever à 200
gourdes, 250 gourdes, voire 500 gourdes. « Nos clients sont des gens
ordinaires qui aiment l’artisanat. Les riches du pays comme les
étrangers nous tournent le dos », regrette Émile Étienne qui compte 16
ans de métier.
Émaze Brisson, une mère de famille qui occupe un carré d’environ 3
mètres sur 5 de sur face à la Mai son des arti sans, a, elle-même, 28
ans de carrière. La broderie sur tissus est sa spécialité, bien que
ses rayons soient gar nis de produits en bois, de colliers, de boucles
d’oreilles et de bracelets.
« Pa gen la vant ditou e nou gen pitit pou n bay manje, biye, voye
lekòl chak jou. Nou konn bay machandiz nou ak menm pri nou achte l la
pou sove lavi timoun yo, dit la sexagénaire. Nan bon tan, ti lavant la
ogmante men se nan peryòd kanaval ak lè gen vakans. »
Selon Emaze Brisson, « moun yo pa vin achte paske yo pa gen kòb ». Le
prix d’une chemise brodée étant de 500 gourdes, alors que celui d’un
pilon artisanal peut s’élever à 300 gourdes. Heureusement, l’État
n’exige rien des artisans pour l’espace occupé. La complainte est la
même pour cette responsable des ventes à l’atelier Saveco Ébénisterie,
sis à Lalue, Poste Marchand. « La vente n’est pas au rendez-vous,
explique la femme dans la trentaine, en poste depuis 5 ans. Les
matériels pour fabriquer nos meubles s’achètent une for tune.
Dépourvus, les clients ne sont pas prêts à payer le prix. Depuis
quelques années, on passe souvent plusieurs mois sans vendre de
meubles. »
Les prix des meubles, fabriqués à la chaîne, n’attirent pas les cli
ents aux faibles moyens économiques. En effet, une salle à man ger de
six couverts coûte envi ron 25 000 gourdes, une chambre complète, avec
coiffeuse, lit, chevets et armoire, coûte envi ron 100 000 gourdes.
Ceux qui travaillent avec du matériel de qualité inférieure font de
meilleures affaires, car ils vendent moins cher.
La cherté de la vie face au jeu parlementaire
« M pa kapab ankò, m santi m ta rele. Lavi chè sa a ap fini ak
malere, dit un père de famille dans la quarantaine. Moun ki swadizan
ap travay nan faktori pa ka achte yon san dal. Dayè li dwe ti kòb la
avan menm yo peyel li. » Et son voisin immédiat de renchérir : « ou pa
wè dirijan yo se zafè pòch ak fanmi yo y ap regle. Kite mele yo ak
malere k ap redi men ki paka manje ».
Pen dant que la misère tenaille la pop u la tion, le pays s’enlise
dans l’ «expédition des affaires courantes » pour un temps
indéterminé, en atten dant que le Parlement décide décide de se
prononcer sur le choix de Robert Manuel comme Pre mier ministre
désigné après le rejet de Éricq Pierre par la Chambre des députés le
12 mai der nier, soit un mois après le vote de cen sure, par le Sénat,
contre le gouvernement du Pre mier ministre Jacques Édouard Alexis, le
12 avril. Déjà , l’examen du dos sier de Rob - ert Manuel soulève la
controverse à la Chambre des députés. Une controverse qui ris que
d’être balayée par un ouragan social si les con di tions de vie de la
pop u la tion ne s’améliorent pas, prévoient certains lead ers
politiques. Entretemps le baril de pétrole flirte allégrement avec les
140 dollars sur le marché mondial et l’État haïtien, dont les coffres
sont vides, ne pourra subventionner encore longtemps – à hau teur de
50 gourdes par gal lon, pour un man que à gagner de 500 mil lions de
gourdes depuis le début avril – les produits pétroliers. À la grande
angoisse des consommateurs qui attendent, impatiemment, l’annonce y
rel a tive que le président Préval projetterait de faire ce week-end.
Ladenson Fleurival