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| Haiti-- Justice et prisons haitiennes |
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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: AnnetteAnnette Date: Dec 16, 2007 15:54
Copie d'un message reçu :
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Le dimanche 16 déc 2007
Justice déficiente, prisons horribles en Haïti
Caroline Touzin
La Presse
Port-au-Prince
< >
C'est par ces mots que le directeur de l'administration pénitentiaire
d'Haïti a accueilli La Presse au pénitencier national, la plus grande
prison du pays.
La première chose qui frappe lorsqu'on franchit les portes de
l'établissement, au coeur de la capitale, c'est la forte odeur
d'excréments. Une odeur fétide qui pénètre le nez et les vêtements du
visiteur. Et qui y reste des heures après qu'il a quitté l'endroit.
Le pénitencier contient sept fois trop de prisonniers. Quelque 3200
hommes sont entassés dans des cellules sans toilettes. Selon les
normes internationales, chaque détenu devrait disposer d'un espace de
4,5 mètres carrés. Au pénitencier national, chacun a plutôt de 0,77
mètre carré.
<
possible. Vous ne savez pas ce que les prisonniers peuvent vous
lancer>>, nous a précisé la chef de l'Unité de correction de la Mission
des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), la
Québécoise Lisa Quirion. La Minustah conseille l'administration
pénitentiaire en vue de réformer le système correctionnel haïtien.
Même si la chaleur est écrasante dans les cellules exiguës, les
prisonniers y sont trop souvent confinés 23 heures sur 24, raconte Mme
Quirion. Il n'y a pas assez de place pour qu'ils puissent tous dormir
en même temps. <>, dit-elle. Les
prisonniers sont contraints de faire leurs besoins dans des sacs en
plastique, qu'ils balancent ensuite à travers les barreaux.
La prison compte neuf zones, divisées par des murs de béton
badigeonnés d'excréments. <
les doigts>>, note Mme Quirion. Dans le secteur des visites, trois
policiers sont assis à une table. Ils fouillent la nourriture apportée
aux prisonniers et demandent aux familles de goûter les plats devant
eux. Un prisonnier sans famille est mal pris. Il doit manger le repas
fourni par la prison - du riz et des pois - deux fois par jour.
Chaque zone a sa cour. Sous un soleil brûlant, des hommes nus jouent
du coude pour remplir des bidons aux robinets fixés au mur - quand il
y a de l'eau. Ils se lavent rapidement à la vue de tous avant de
retourner en cellule. À côté des robinets, trois trous séparés par des
murets de béton servent de latrines. Dans un coin gît un rat mort.
Le Titanic des gangsters
Les cellules des <> (ainsi que les appellent les agents)
sont les plus près de l'entrée. Elles sont réservées aux hommes de 45
ans et plus. En moyenne, les prisonniers ont 22 ans. Tout au fond de
la prison se trouve un bâtiment de trois étages surnommé le Titanic,
où sont placés les grands criminels (chefs de gang, meurtriers,
kidnappeurs). Les plus puissants se sont installé des hamacs de
fortune entre deux barreaux. D'autres, assis sur le rebord des
fenêtres, balancent leurs pieds dans le vide.
Un secteur est réservé aux malades. <
tout le monde l'attrape, même les gardiens>>, raconte Mme Quirion.
Dans ce secteur, le toit des cellules est en tôle ondulée. <
détenus pourraient facilement arracher la tôle et s'évader>>, dit
l'adjoint du directeur de la prison, Synal Ysarac, en haussant les
épaules. Pour réduire les risques, deux blindés de l'ONU stationnent
devant la prison. Des gardiens haïtiens sont aussi postés avec des
mitraillettes aux quatre coins du mirador.
Le directeur de l'administration pénitentiaire d'Haïti, Jean Rolland
Célestin, compte sur l'apport de pays étrangers pour se conformer aux
normes internationales. <
c'est un état de fait. Nous avons honte de ça et nous travaillons à
changer cet état de fait>>, explique-t-il. L'ancienne prison militaire
n'a pas été modernisée depuis sa construction, au début du XXe siècle.
Mare d'eau puante
Les autres prisons du pays ne valent guère mieux. Dans le Nord, celle
du Cap-Haïtien a trois fois trop de détenus. Celle de Hinche, deux
fois trop peuplés, est traversée par une mare d'eau puante. <
région, les femmes sont dans les mêmes prisons que les hommes. Elles
n'ont aucune intimité. Elles doivent prendre leur douche devant les
hommes>>, souligne Mme Quirion. Aux Gonaïves, la prison, détruite en
2004, n'a jamais été reconstruite. Conséquence: les détenus sont
placés en garde à vue durant des semaines, voire des mois, au
commissariat de police, alors qu'ils ne devraient pas y rester plus de
48 heures.
Haïti a un urgent besoin de nouvelles prisons et de tripler le nombre
d'agents correctionnels qualifiés, estime la Minustah. <
même des directeurs de prison, sont corrompus, souligne Mme Quirion.
Le directeur de l'administration pénitentiaire en est conscient, mais
il manque tellement de personnel qu'il ne peut les mettre à la porte
tant que de nouveaux agents ne sont pas formés.>>
Après l'Afghanistan, Haïti est le pays qui reçoit le plus d'aide du
Canada pour le développement à long terme. Ottawa lui versera 520
millions de dollars entre 2006 et 2011, dont au moins neuf millions
pour la réforme carcérale. <
de droit et ne pas avoir un système carcéral acceptable. La communauté
internationale doit s'intéresser aux droits des détenus>>, a dit à La
Presse l'ambassadeur du Canada en Haïti, Claude Boucher.
Ainsi, huit agents correctionnels canadiens, sous les ordres de Mme
Quirion, sont conseillers à la réforme carcérale. <<À leur première
visite du pénitencier national, ils étaient sous le choc>>, raconte-t-
elle. L'adjoint du directeur, Synal Ysarac, a lui aussi eu un choc. Un
choc d'un autre ordre, lorsqu'il est venu faire un stage au Québec, au
pénitencier Leclerc. Pour lui, il n'y a aucun doute: <
détenus sont traités comme des rois.>>
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