HAITI-- Intempéries -- TROUILLOT-- Les Gonaïves, c'est nous.
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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Sep 4, 2008 13:01

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Editorial LE MATIN du 4 septembre 2008

Les Gonaïves, c’est nous

« La terre bat les pattes comme un vieux coq gaguerre… La terre est
tombée en enfance », écrivait le poète. La terre, la nôtre, nos
villes, nos bourgs sous le poids de l’eau. Et cette pluie, pas une
petite pluie-jardin pour laver le sol et lever la bonne odeur de la
terre comme une promesse dite sur les plantes à venir, mais une pluie
violente qui emporte, noie, tue.

Plus affectée que les autres villes, les Gonaïves. Comme si une fois
ne suffisait pas. On pourrait dire que c’était prévisible, ce qui
s’est produit pouvant se reproduire si les conditions demeurent les
mêmes. Les conditions étaient restées les mêmes. Pourquoi ? Il viendra
le temps du questionnement. Aujourd’hui, l’heure est à la solidarité.
Les nombreux appels à la solidarité issus des instances
gouvernementales et d’autres secteurs de la société méritent d’être
écoutés. Pas pour aider qui que ce soit à faire son capital du malheur
des victimes, morts et disparus, et tous ceux qui, vivants mais
sinistrés, ont perdu le peu qu’ils possédaient : leurs meubles, leurs
vêtements, leur logis. Mais parce que ces morts et ces disparus, ces
victimes sinistrées de la folie des eaux sont part de nous-mêmes.

Nous-mêmes. Pour un grand nombre d’entre nous, ou pour un petit nombre
disposant d’énormes pouvoirs, la difficulté sera de penser et de
sentir que les victimes c’est (aussi) nous. La mobilisation nécessaire
ne pourra se limiter à de simples dons. Certes, il faudra donner, si
on le peut, des biens et de l’argent. Mais il faudra aussi donner du
temps, des mots, inventer des formules et des actions exprimant la
solidarité. Ce n’est pas par coquetterie que cet éditorial commence
avec des mots de poètes. Il y a quelques années, lorsque la ville des
Gonaïves avait disparu une première fois sous la colère des eaux, des
poètes avaient écrit chacun un poème à la ville, et le livre collectif
avait été publié sous le titre : « Vingt-quatre poèmes pour les
Gonaïves », le produit de la vente devant aller aux associations
culturelles de la ville.

Un pays réuni contre le malheur. Un pays solidaire avec lui-même. Les
façons d’exprimer la solidarité sont nombreuses. Seule l’indifférence
peut freiner l’inventivité dans la création de réseaux de solidarité.
Il sera aussi important d’impliquer les jeunes et même les enfants.
C’est ce nous qu’Haïti a tellement de mal à construire qu’il faut
atteindre.

Nous ne sommes pas tous des Gonaïves ou du Sud’Est. Nous sommes nés et
nous vivons nos petites vies, chacun dans un coin de ces 27000 et
quelques centaines de kilomètres carrés qui forment notre territoire.
Mais il nous faut apprendre à être tous gonaïviens, à être tous de
toutes les zones affectées. Comme ces Haïtiens de la diaspora qui
appellent et demandent ce qu’ils peuvent faire. Oui. Impliquer les
jeunes et les enfants. Au moins qu’ils sachent que ce malheur les
frappe, nous frappe tous, parce qu’une histoire, un territoire nous
lient.

Les Gonaïves, c’est dans notre histoire un symbole. La solidarité dont
nous saurons faire montre à son endroit nous permettra de tester notre
amour de nous-mêmes, notre capacité de nous mobiliser pour nous-
mêmes.

Un pays, on l’a souvent dit, c’est aussi ce qu’il sait faire des
catastrophes qui le frappent. Qu’allons-nous faire ensemble pour les
Gonaïves et les autres zones affectées ? Qu’allons-nous faire
ensemble ? Pour nous.

Par Lyonel Trouillot
LE MATIN jeudi 4 septembre 2008
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