HAITI-- Insecurite-- Un assassinat de trop
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HAITI-- Insecurite-- Un assassinat de trop         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: May 29, 2008 05:52

Copie d'un message reçu :
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Sur l’assassinat crapuleux d’un adolescent à Port-au-Prince
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Un assassinat de trop !

Angoisse, pleurs, douleurs, tristesse, consternation ont marqué,
mardi, les funérailles de Kareem Xavier Gaspard, élève de seconde du
collège Catts Pressoir, kidnappé, torturé, martyrisé puis assassiné,
dont le corps mutilé a été retrouvé vendredi der nier. Un crime qui
continue de soulever l’indignation de la société.
Les obsèques du jeune Gaspard ont été chantées, mardi après-midi, dans
une atmosphère teintée d’émotions intenses en la chapelle des Soeurs
Salésiennes sise à Delmas 95. Les pleurs jusque-là contenus, ont
éclaté au terme de la cérémonie funèbre célébrée dans la stricte
intimité. Enfants, jeunes, adultes et vieillards, tous fondaient en
larmes. Le prêtre célébrant, Eugène Marie Talès, n’a pu cacher son
émoi face aux lamentations de l’assistance. « C’est dommage qu’il soit
parti si tôt, a-t-il déploré d’une voix sépulcrale. «Cette disparition
brutale traduit la fragilité de la vie sur terre », a estimé le curé.
Le jeune Kareem Xavier Gaspard, 16 ans (3 décembre 1991- 21 mai 2008),
suscitait l’admiration des responsables et de plusieurs de ses
camarades de classe depuis son admission au Collège Catts Pressoir il
y a environ cinq ans. Enlevé le mardi 20 mai dernier, le corps sans
vie, préalablement torturé et martyrisé du jeune collégien a été
retrouvé à Carrefour Péan, dans le quartier de Saint-Martin, le
vendredi 23 mai. « Les proches parents n’ont pu identifier l’écolier
que grâce à un bracelet à l’un de ses poignets », a-t-on appris. Les
assassins ont commis leur crime en dépit du versement d’une rançon
d’environ 200 000 gourdes. Depuis l’annonce de la nouvelle,
traumatisme et panique ont gagné écoliers, professeurs, parents et
responsables, entre autres. Le choc était encore visible sur le visage
des nombreuses personnes présentes, majoritairement des écoliers, dans
l’enceinte de l’église au moment des obsèques. Le révérend père Eugène
Marie Talès a invité l’assistance à accepter le sort du jeune Kareem
et à placer Dieu au centre de sa vie. « Dieu est la solution. On peut
avancer selon sa volonté. Mettez Dieu dans votre vie », a-t-il clamé
devant une assistance dans laquelle étaient remarquées diverses
personnalités dont le ministre de l’Économie et des Finances, Daniel
Dorsainvil, le ministre des Affaires sociales et du Travail, Gérald
Germain, deux anciennes ministres du gouvernement de transition,
Magali Comeau Denis et Danièle Saint-Lôt, le directeur exécutif de la
Fondation Sogebank, Émile Hérard Charles, le pasteur Édouard Paultre…
« Aujourd’hui, c’est avec regret, le coeur lourd, que nous chantons
les funérailles de ce jeune garçon », a insisté le prêtre qui, pour
apaiser la douleur de l’assistance, a rappelé que l’ « Église
catholique célèbre la vie et que Kareem entre dans la vie éternelle.
Comme il est impossible d’intenter procès contre Dieu, tout ce qu’il
fait est bon ».
Selon les témoignages de ses camarades de classe, « la victime était
un «perfectionniste », un gagnant, un ambassadeur virtuel, une
référence ». Aussi lui confient-ils « la mission de travailler avec
Dieu pour que cessent ces crimes odieux ».
La société menacée dans ses fondements
Dans un communiqué de presse, le ministère de l’Éducation nationale et
de la Formation professionnelle (MENFP) a exprimé, lundi, sa
consternation face au meurtre du jeune écolier. Qualifiant cet acte
d’odieux, le MENFP croit qu’il traduit une fois de plus « la
dégénérescence des valeurs sociétales » dans le pays, et appelle à une
plus grande vigilance de la Police nationale d’Haïti (PNH), des forces
vives du pays ainsi que de chaque citoyen pour combattre ce fléau qui
« men ace la société dans ses fondements ».
Des organisations de la société civile, dont l’Association des
directeurs d’écoles privées (Adep), l’Initiative de la société civile
(ISC), le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), le
Collectif solidarité identité et liberté (KSIL) ont, elles aussi,
réprouvé ce crime. Parallèlement, les autorités policières appellent
les citoyens à la vigilance suite à la recrudescence de l’insécurité
dans le pays, dont des rapts à domicile. Le porte-parole de la PNH,
Frantz Lerebours, invite les citoyens à adopter des mesures
sécuritaires en leurs domiciles.
Ladenson Fleurival
fleurival15@yahoo.fr

La vie qui va la mort aussi
Par Lyonel Trouillot

La mort n’est pas un spectacle. Surtout celle d’un adolescent. On
comprend la réticence d’une famille meurtrie devant les caméras et les
questions des journalistes. Rien n’effacera la perte. Ni les
conjectures. Ni les marques de sympathie. Que reste-t-il d’humain à
qui peut ainsi donner la mort ? Comment combattre l’inhumain en nous ?
Il y a le sentiment de révolte contre le criminel, l’envie de rendre
coup pour coup, blessure pour blessure. Mais cela mènerait à quoi ! Il
y a le réflexe sécuritaire de citoyens mal protégés, la révolte contre
l’impuissance des institutions de protection et de répression. Il y a
aussi la révolte contre les sociétés que nous avons créées. L’humain
continue de produire de l’inhumain, sous forme de violence, de folie,
d’obsessions criminelles. « C’est un temps contre nature », comme dit
le poète.
Quelques rues plus loin, dans cette même ville où la mort règne, le
président de la République a désigné un citoyen pour occuper la
fonction de Premier ministre. Est-ce un nouvel épisode de la trop
longue chronique d’un rejet annoncé ? Qu’est-ce qui va triompher ? Le
sens de l’urgence ? Les intérêts privés ? L’expression d’un projet
politique clair ? On s’inquiète de tant de prises de parole de la part
des parlementaires avant étude du dossier, avant présentation d’un
projet de gouvernement. On s’inquiète. Cela commence à faire longtemps
qu’un gouvernement en instance de départ gère les affaires courantes.
Dans ce climat morose dominé d’un côté par l’ignominie d’un crime sur
un garçon qui méritait de vivre, de grandir pour devenir un adulte
heureux et utile, et, de l’autre côté, par une population en attente,
assistant, impuissante, à une partie de passes courtes, passes
longues, à toi, à moi, veux, veux pas, avec hors jeu et arrêts de jeu
entre la présidence et le Parlement et d’autres joueurs influents, sur
le banc ou cachés dans les vestiaires, les élèves des classes de fin
de cycle se préparent pour des examens qui détermineront leur avenir.
Sans que personne ne puisse dire ce que valent ces examens, ce qu’ils
signifient et ce qu’ils sanctionnent. Sans que le coeur y soit. Car si
demain doit ressembler à aujourd’hui, pourquoi demain? Et puis, tant
de choses se passent qui dévalorisent le savoir.
Pagaille, bataille et funérailles. Des politiques qui s’agitent et
s’amusent. Le corps mutilé d’un adolescent. La précarité qui court
dans les rues, Ti Siye monte, Ti Siye desann… Qu’elle est triste, la
vie qui va. Sur fond de mort.
LE MATIN du 28 mai 2008
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