Re: HAITI -- Gouvernance -- Une reflexion de la ministre Jocelyn-Lassègue
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Re: HAITI -- Gouvernance -- Une reflexion de la ministre Jocelyn-Lassègue         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: annick.regnauld
Date: May 8, 2008 12:58

On 7 mayo, 17:49, Annette wrote:
> Copie d'un message reçu :
> -------------------------------------
>
> Ci-joint une réflexion de Marie-Laurence JOCELYN-LASSÈGUE.
>
> Quelque soit le degré d’accord ou de désaccord qu’on ait avec ce
> texte, il demeure un témoignage important, serein et articulé qui doit
> être matière à réflexion autant de la part des citoyens que de ceux et
> celles qui devront s’engager dans le prochain gouvernement.
>
> Bonne réception et bonne réflexion.
>
> Adrien
> ---------------------------------------------------
>
> Ministère à la Condition Féminine
> et aux Droits des Femmes
> (MCFDF)
> Pour Une Autre Gouvernance Politique
> Marie Laurence Jocelyn LASSEGUE
> Je voudrais d’abord et avant tout remercier le Président de la
> République, Monsieur René PREVAL ainsi que le Chef du Gouvernement,
> Monsieur Jacques Edouard ALEXIS, pour la confiance placée en moi
> durant  deux (2) ans. Ce fut un honneur, de pouvoir contribuer à la
> conduite des affaires de mon pays, dans une phase particulièrement
> délicate de son histoire.
> J’ai été à la tête du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits
> des Femmes durant ces deux (2) ans. Toutefois, la présente, n’a pas
> pour objectif de dresser le bilan et les perspectives de cette
> institution. J’aurai l’occasion de le faire au moment de la passation
> des rennes à ma successeure.
> A l’heure de la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale,
> je veux faire part de ma compréhension des choses afin de participer à
> la réflexion sur la bonne gouvernance. Je préfère que l’on me reproche
> de parler, de trop parler maintenant. Je ne supporterais pas demain de
> m’être tue !
> Du profil des ministres
> Au sein d’un Cabinet Ministériel,  on peut être très « technique »,
> spécialiste dans un domaine précis : tourisme, culture, économie,
> égalité des sexes, etc… et s’en tenir à la bonne marche de tel
> secteur en question. Le pays a eu  d’excellents-es/ experts-es qui ont
> récemment encore réalisé un travail exceptionnel au sein du
> Gouvernement de Monsieur Alexis. Néanmoins, on peut être un-e Ministre
> technique et également politique par choix idéologique, ou par
> expérience de la chose publique. Ceci n’empêche pas cela.
> Dès le premier jour de la crise aux Cayes, le 2 avril dernier, les
> évènements ont accentué les interrogations qui étaient les miennes
> depuis plusieurs mois. Membre d’un Gouvernement dont j’étais fière,
> sous la houlette d’un Premier Ministre expérimenté et rigoureux, je
> travaillais dans un secteur difficile par excellence. J’ai aussi
> toujours tenu à contribuer aux réflexions globales du Gouvernement,
> en vue de la cohésion que voulait le Premier Ministre. J’ai, ainsi,
> fait part de propositions relatives à la communication
> gouvernementale, à la nécessité de rencontres régulières entre les
> ministres, le Parlement et les partis politiques représentés au sein
> dudit Gouvernement.
> J’avoue que depuis un (1) an, j’avais des questionnements, des doutes
> même, face à l’articulation des actions des différentes entités
> étatiques, compte tenu des rôles définis par la Constitution. Je
> pensais que nous n’étions, peut-être pas, sur la bonne voie. Ce,
> également, en raison des interpellations  du Chef de l’État qui
> exprimait, de façon récurrente, des réserves quant à la performance du
> Cabinet Ministériel. Je sentais un énorme décalage entre ce que nous
> faisions et ce qu’il semblait attendre de nous. J’ai pensé que je me
> trompais peut-être, que le temps me donnerait tort. C’est moi qui ai
> eu tort justement de n’avoir pas assez insisté, en faisant part de mes
> préoccupations et inquiétudes grandissantes en Conseil de Gouvernement
> ou en Conseil des Ministres. Aujourd’hui, au nom de cette politique
> que j’exhorte les femmes à faire autrement, je veux réfléchir tout
> haut avec les Responsables politiques de mon pays : le Président de la
> République, le Premier Ministre, les Partis Politiques, le Parlement
> Haïtien.
> Du Gouvernement Pluriel
> Dès le départ, le Chef de l’État a fait choix d’un Gouvernement
> pluriel. Fallait-il pour autant,  au nom de ce pluralisme politique,
> verser dans un immobilisme quasi paralysant ! L’Exécutif, en deux
> années, n’a pratiquement pas touché à ceux et celles dont la mission
> est non seulement de nous représenter, mais surtout de défendre les
> intérêts politiques, économiques et culturels du pays à l’étranger. Je
> veux parler des Ambassadeurs-res, des Consuls-es etc... D’autres
> représentants-es par excellence de l’Exécutif, les Délégués-es
> gouvernementaux, sont restés-es en poste, sans pour autant être imbus-
> es ou sans forcément épouser les orientations stratégiques du pouvoir.
> Rappelons que ces personnalités  régionales, doivent jouer un rôle
> capital dans la coordination de l’action gouvernementale avec les élus-
> es locaux. Dans l’article 86 de la Constitution, il est indiqué que :
> « Les Délégués et Vice-Délégués assurent la coordination et le
> contrôle des Services publics. Ils n’exercent aucune fonction de
> politique répressive ». De même qu’un Cabinet est appelé à partir avec
> le ou la Ministre, de même les Délégués-es et vice-Délégués devraient
> accompagner tout renouvellement de l’Exécutif.  Il semblerait évident
> que le Président de la République ait eu peur de ces changements qui
> auraient, selon lui, fragilisé cette stabilité politique essentielle
> au développement économique et au renforcement de la sécurité dans les
> dix (10) Départements.
> Par ailleurs, le choix du Chef de l’État a donné lieu à un Cabinet
> Ministériel formé de personnalités d’horizons divers. Si cette
> composition présentait  l’avantage de refléter la pluralité du
> Parlement, et somme toute, le caractère composite des forces
> politiques du pays, elle charriait aussi, avec elle, sa part de
> difficultés tout particulièrement en termes de gouvernance
> opérationnelle et de cohésion structurelle. Ces difficultés sont non
> intrinsèques aux personnalités en question, ni à l’action du Premier
> Ministre. Celles-ci traduisent le dysfonctionnement criant de toutes
> les composantes concernées de l’appareil d’État.
> De la Cohésion Gouvernementale
> Malgré les efforts du Premier Ministre, tout s’est passé comme si nous
> ne formions pas «un vrai» gouvernement ayant la confiance du Chef de
> l’État. Un gouvernement doit être une équipe, une équipe solidairement
> responsable des décisions prises collectivement. Or, les faits nous
> ont souvent montré le contraire. Tout au long de ces deux (2) années,
> chacun et chacune s’est concentré-e, sur ses dossiers sectoriels
> propres au détriment de l’action globale, sur lequel repose, en
> définitive, la performance collective.
> Le cantonnement dans les dossiers spécifiques, a fragilisé, malgré la
> bonne foi et la compétence, la conduite politique des affaires du
> pays. Un gouvernement doit non seulement gérer le quotidien mais
> également, tenter de  prévoir les contingences, prendre le pouls des
> situations conjoncturelles et ainsi aboutir collectivement aux
> décisions qui s’imposent.
> Une occasion  avait été offerte après l’interpellation du 28 février
> 2008. Un remaniement ministériel était souhaitable dans le but de
> redéfinir l’action gouvernementale et repartir sur de nouvelles bases.
> Le Chef de l’État, le Premier Ministre sont passés à côté de ce moment
> critique et n’ont pas jugé bon d’adopter les mesures, qui de toute
> évidence, s’imposaient.
> Du Parlement, des groupes parlementaires
> Les parlementaires et les différents groupes des deux (2) chambres qui
> se sont constitués tout au cours de cette période, ont eu une praxis
> singulière de leurs prérogatives constitutionnelles. L’interpellation
> du Premier Ministre, par exemple, était brandie plutôt comme une
> démarche  obligatoire de sanction, alors qu’il aurait dû servir
> d’outil d’évaluation de l’action gouvernementale. Elle aurait pu
> également être une opportunité de définition des mesures  correctives
> à entreprendre !
> Pour une bonne gouvernance, nous aurions intérêt à considérer le
> devoir de contrôle des actions du Gouvernement comme un processus de
> correction politique, un exercice hautement démocratique. Le pouvoir
> doit être utilisé par les instances concernées pour rechercher des
> améliorations dans l’intérêt collectif. C’est ce que nous, féministes
> politiques, appelons « faire la politique autrement ».
> Quant à l’Exécutif, il a négligé de construire cette majorité
> parlementaire si nécessaire à son action pérenne. Le processus ayant
> conduit à l’élection du chef de l’État, ne lui a pas accordé une
> majorité partisane. Il aurait donc fallu, par le jeu des alliances,
> bâtir cette majorité structurée et organisée. Sans compter que le fort
> sentiment d’indépendance des Parlementaires ne les a pas astreints à
> une discipline de Parti. Là aussi, nous avons un apprentissage à
> faire, pour le bien de la démocratie. Le déficit
> d’institutionnalisation concerne donc  aussi les Partis Politiques.
> Des Partis politiques
> Partout ailleurs, dans les systèmes ou les forces politiques sont
> représentées tant au Parlement qu’au sein du Gouvernement, des
> mécanismes de consultations, de conciliation, de régulation célères
> sont créés. Ils permettent d’éviter tout malentendu, tout dérapage et
> participent au  maintien de la continuité de l’État. Les Partis
> politiques présents au Parlement le savent, ils apprennent
> quotidiennement à leurs cadres comment faire fonctionner l’État,
> comment utiliser les outils politiques pour une bonne gouvernance,
> etc. Il aurait suffi qu’ils fussent proactifs en faisant eux-mêmes au
> Chef de l’État, au Chef du Gouvernement des propositions concrètes de
> réorientations stratégiques, de remaniements des personnels lorsqu’il
> le fallait. Or l’occasion s’est présentée  après l’écrasant vote de
> confiance à la Chambre Basse, en février dernier. Par ailleurs, la
> même énergie avec laquelle les Partis politiques alliés au
> gouvernement et le Sénat de la République  eurent à demander le départ
> du Premier Ministre, aurait dû être utilisée par ces derniers pour
> réorienter l’action gouvernementale, lorsqu’il semblait clair que la
> formule de gouvernement pluriel n’était plus la panacée et ne
> correspondait plus aux besoins de l’heure.
> Les Partis Politiques auraient également dû, tenant compte de l’énoncé
> de Politique Générale, veiller à ce  que le Premier Ministre tienne
> avec eux des réunions régulières d’évaluation tant de l’action du
> Gouvernement que du travail des Ministres les représentant
> respectivement. Une telle pratique aurait grandement profité à la
> Nation et évité que nous débouchions sur la situation qui a conduit,
> entre autre, au désastre économique et social d’avril dernier.
> Des Marges de Manœuvre du Premier Ministre
> Dans un tel  contexte, le Chef du Gouvernement avait très peu de marge
> de manœuvre entre un Parlement fort de ses prérogatives
> constitutionnelles et un Président bien imbu de sa légitimité
> électorale. Desservi par une faiblesse institutionnelle généralisée,
> le Premier Ministre s’est fort souvent retrouvé dans des situations
> difficiles voire inextricables. A ce jour, aucun mécanisme n’a été mis
> en place favorisant une collaboration systématique des diverses
> instances de l’appareil d’État en vue de permettre la direction
> effective du Gouvernement.
> La question de communication gouvernementale mérite également d’être
> indexée. Il s’agit ici de plaider en faveur de l’établissement d’une
> politique nationale de communication, afin d’informer sur les
> orientations du gouvernement, sur les difficultés de l’heure et sur
> les solutions arrêtées pour les populations.
> Il faut aussi et surtout une «culture de la communication» apte à
> renforcer l’institutionnalisation de l’État et se reposer sur les
> diverses structures existantes, au niveau national, régional et local,
> notamment sur les medias communautaires, afin de s’assurer de la
> circulation d’informations des Chefs lieux des départements aux
> sections communales.
>
> Du Gouvernement de Coalition
> Aujourd’hui, un consensus semble être trouvé pour un gouvernement de
> coalition détenant une feuille de route bien précise. Un tel
> gouvernement avec un programme commun, des objectifs clairement
> définis, soutenu par une majorité parlementaire bien structurée,
> pourrait garantir la prise en compte des attentes urgentes des
> populations. Il s’agira, néanmoins,  de vœux pieux, si le prochain
> Premier Ministre ne peut implémenter son action  politique avec le
> soutien déclaré et réel du Chef de l’État, dans le libre respect des
> prérogatives constitutionnelles de l’un comme de l’autre. Si le
> prochain titulaire de la Villa d’accueil n’est pas assuré de
> rencontrer les Partis représentés dans son Cabinet de façon
> régulière ; s’il n’a pas la latitude,  quand il en sent le besoin, de
> changer de Ministre ou de hauts fonctionnaires ; s’il ne peut réviser
> son plan d’action au regard de la conjoncture nationale et
> internationale ; si le Parlement haïtien ne joue pas son rôle de
> législateur et de contrôleur en constant dialogue avec l’Exécutif...
> force sera de constater que la montagne aura accouchée, une fois de
> plus, d’une souris. Il nous faudra alors évaluer les dégâts que nous
> n’aurons qu’à déplorer, une fois de plus, dans  notre pays !
> Que le prochain Chef du Gouvernement soit « politique », ou «
> technique », si les mécanismes institutionnels garantissant son action
> ne sont pas mis en branle, il échouera. La feuille de route issue du
> Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de
> la Pauvreté (DSNCRP) n’aura de vertu que si toutes les instances de
> l’appareil d’État s’impliquent de façon efficace et surtout respectent
> les règles du jeu démocratique.
> Se reg jwet la ki pou respekte !
> Port-au-Prince, le 05 mai 2008
> Marie Laurence Jocelyn Lassègue
> Ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes

J'ai vraiment apprécié l'humilité, et l'effort pour le bilan
d'actions ,d'une personne qui a été "aux commandes"pendant un certain
temps.Ce n'est pas facile de prendre ces risques-là.Parce que le
risque, contrairement à ceux qui n'en prennent pas, c'est qu'on te
dise que tu as tout fait de travers.
Cette dame dit que le plus difficile ,c'était de travailler AVEC LES
AUTRES.Les autres ses collègues.
De confronter ses objectifs personnels avec l'équipe gouvernementale.
N'est-ce pas l'enjeu majeur de la nouvelle étape? De tenter de
négocier DANS L'ÉQUIPE l'utopie des différents talents du nouveau
gouvernement?
Je parle comme citoyenne du monde qui croit encore en la
démocratie...

Respect Madame Lassègue.
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