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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Sep 9, 2008 08:47

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Agora

HAÏTI/CYCLONE : Les eaux amères

Par Nancy ROC

« La visite imprévue d’Hanna a remis tout le fonde face à
l’horrifiante réalité », a déclaré Jean-Claude Bajeux suite aux
inondations du 3 septembre dernier. Et pour cause, alors que les
autorités du pays – exécutives et législatives – s’entredéchiraient
dans des tractations et des chantages interminables pour la
ratification de Mme Duvivier Pierre-Louis, le ciel nous est tombé sur
la tête.

Huit départements sur dix ont été inondés. Du jamais vu du
principalement au déboisement. Voici la conséquence de nos
inconséquences.

La crise gouvernementale ouverte au mois d’avril a entamé les progrès
économiques du pays, regrette le Secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-
moon, dans son dernier rapport sur la Mission des Nations unies pour
la stabilisation en Haïti (Minustah), dans lequel il préconise une
aide économique immédiate à la population. « Au cours de la période
qui fait l’objet du présent rapport, le processus de stabilisation en
Haïti a pâti des contrecoups non négligeables des troubles du mois
d’avril, de la censure du gouvernement qui en a résulté et de la
persistance des difficultés à parvenir à un accord sur un nouveau
Premier ministre et un nouveau gouvernement », affirme Ban Ki-moon
dans ce document destiné au Conseil de sécurité et rendu public le 3
septembre écoulé.

La crise politique a peut-être été débloquée mais le nouveau
gouvernement Préval/Pierre-Louis va devoir faire face à une situation
d’urgence aux allures apocalyptiques.

Premiers dégâts causés par Ike

Une semaine après le passage d’Hanna, on compte encore les victimes et
le bilan risque de s’alourdir suite au passage d’Ike. Au moment où
nous écrivons ce texte, nous apprenons que la ville de Cabaret a été
sérieusement affectée par ce dernier : 48 morts dont 13 enfants. Les
rivières Bretelle et Torecelle, en crue, ont inondé la ville.

« La situation est réellement catastrophique », nous a déclaré le
député de Cabaret, Valciné Pierre Jérôme lors d’un entretien
téléphonique ce dimanche soir. « Les corps flottaient dans la ville et
nous savons que nous allons en voir davantage car le bilan s’alourdit
d’heure en heure », a-t-il précisé. En effet, le matin même, un bilan
partiel faisait état de 37 morts dans cette ville située à une 32km de
la capitale, Port-au-Prince.

Cabaret, située entre deux rivières, celles de Bretelle et Torecelle,
a vraisemblablement été « prise en sandwich » lorsque ces dernières
ont débordé. « La semaine dernière, la population avait été soulagée
d’échapper à Hanna mais aujourd’hui elle est victime du cyclone Ike »,
a déclaré le député qui impute une partie de ces dégâts à
l’irresponsabilité du Ministère des Transports et des Travaux Publics
(MPTC) ainsi qu’au Ministère de l’Agriculture qui « n’ont pas effectué
les travaux nécessaires autour de la rivière Torecelle, comme nous
l’avions demandé depuis l’année dernière ». Pour le député Valciné
Pierre Jérôme «cette catastrophe était donc prévisible ».

Selon ses précisions, la rivière Torcelle a aussi « balayé d’autres
régions, notamment Cazal et Fonds des Blancs ». Plusieurs cadavres
d’enfants auraient été trouvés près de Ti Buron et tous les champs
agricoles ont été ravagés. Les plantations de bananes réputées dans la
zone de l’Arcahaie, n’existeraient plus.

« Nous lançons un appel d’aide à tous les Haïtiens et à la communauté
internationale pour nous venir en aide de façon effective à Haïti ».
Rappelant les propos de Fidel Castro qui avait comparé les effets du
cyclone Gustav à la catastrophe nucléaire d’Hiroshima, le député de
Cabaret demande à tous les Haïtiens de mettre leurs divisions
politiques et sociales de côté sinon « bientôt -et je le dis depuis
longtempsnous n’aurons plus de pays ». Quant à la ville des Gonaïves,
alors qu’elle n’a pas fini de compter les victimes du passage d’Hanna,
la rivière « La Quinte » est de nouveau en crue suite aux pluies
provoquées par Ike sur les départements du Nord du pays. L’eau
recommence à monter dans la ville des Gonaïves.

La cité de l’indépendance a été la plus éprouvée par le passage
d’Hanna. Bilan partiel : plus de 500 morts et 250.000 personnes
sinistrées. Selon un communiqué de l’Unicef publié le 6 septembre, les
inondations provoquées par la série d’ouragans – Gustav, Fay et
Hannaont affecté 650 000 personnes, dont 300 000 enfants, d’après les
premières estimations.

De l’eau, des vivres et des fournitures humanitaires indispensables
ont été expédiées de toute urgence vendredi aux Gonaïves, par les
seuls moyens de transport possibles : bateaux et hélicoptères. Mais
l’aide internationale arrive toujours au compte goutte selon Sophie
Boutaud de Lacombe, porte-parole de la Minustah. La plupart des villes
du Sudnotamment, Les Cayes, Jacmel et le département des Nippesn’ont
pas encore eu de visite d’un seul représentant du gouvernement
central. Une situation inacceptable qui démontre, une fois de plus, la
nécessité d’accorder une plus grande importance au processus de
décentralisation. En effet, l’état de délabrement des structures
étatiques dans les différents départements ne facilitent guère la
protection de l’environnement, les activités de gestion des risques et
de réduction de la vulnérabilité en général.

Un déboisement meurtrier

Haïti est le pays qui a le plus besoin d’assistance, a expliqué le
vendredi 5 septembre, le chef des opérations humanitaires des Nations
unies, John Holmes.

« La raison pour laquelle la situation est pire à Haïti est qu’il
s’agit d’un des pays les plus pauvres et que son territoire a été
pratiquement entièrement déboisé, de sorte qu’il est beaucoup plus
exposé aux glissements de terrains et aux inondations », a expliqué M.
Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et
Coordonnateur des secours d’urgence de l’Onu. En effet, depuis les
années 80, l’environnement haïtien a été qualifié de catastrophe
écologique et nous ne saurions ici aborder tous les facteurs qui
accentuent la vulnérabilité du peuple haïtien tant ils sont nombreux :
déboisement, érosion des sols, pénurie d’eau, insalubrité urbaine,
perte de la biodiversité, exploitation anarchique des carrières,
dégradation de l’écosystème marin, urbanisation, bidonvilisation,
pression démographique et pauvreté. Plus de cent ans de malheurs ont
débouché sur une situation presque insolvable.

En 2008, il ne reste plus que 1,5 %% de couverture forestière et la
frontière entre la République dominicaine et Haïti montre de façon
frappante la différence de gestion environnementale entre ces deux
pays se partageant l’île de Quisqueya : les forêts dominicaines
s’arrêtent brutalement pour céder la place à un sol nu du côté
haïtien.

Aujourd’hui les entreprises dans les villes (restaurants,
boulangeries, et distilleries…) abattent plus de 53 300 arbres par
année pour faire fonctionner leurs usines. Près de 80 %% de la
population haïtienne n’a pas accès à l’électricité et plus de 90 %% de
la population utilise le charbon de bois pour la cuisson quotidienne
(Institut Haïtien de Statistiques 2007). L’État n’a pas jamais fait de
l’environnement une priorité. Pire ! Le Ministère de l’Environnement
est un des ministères détenant le portefeuille le plus pauvre du
gouvernement, soit 2,1 %% du budget total. Ainsi, malgré les nombreux
cris d’alarme des environnementalistes depuis 1986, les chiffres sont
de plus en plus préoccupants : alors qu’entre 10 et 20 millions
d’arbres sont coupés chaque année, le taux de reforestation annuel
atteint un misérable de 0,7 %%.

Les inondations de ces dernières semaines vont certainement aggraver
la crise alimentaire qui avait abouti à la chute du gouvernement de
Jacques Édouard Alexis. En effet, une source onusienne nous a révélé
qu’en 2004lors du passage de la tempête Jeannec’est le Sud du pays qui
avait pallié aux besoins alimentaires des Gonaïves. Or, aujourd’hui,
le Sud du pays a lui aussi été inondé. Qu’arrivera-t-il à la
population sinistrée ? « Naje pou soti ! », nous avait lancé à la face
René Préval durant le second mandat d’Aristide. Aujourd’hui, cette
exclamation méprisante va lui être retournée, tel un boomerang. En
effet, la crise alimentaire qui avait entraîné de violentes émeutes en
avril dernier est restée sans solution et risque de reparaître…à la
vitesse des vents d’un ouragan !

Montréal, le 7 septembre 2008.

Par Nancy Roc

LE MATIN mardi 9 septembre 2008
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