HAITI-- Crise ministerielle-- Nancy ROC-- Un lotus dans le bourbier
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HAITI-- Crise ministerielle-- Nancy ROC-- Un lotus dans le bourbier         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Jul 6, 2008 12:56

Copie d'un message reçu :
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Ci-joint la transcription de l’analyse de Nancy présentée enpremière
partie de son émission Métropolis le 5 juillet 2008

Bonne lecture.

Adrien
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Haïti : Un Lotus dans le bourbier
Qu’arrivera-t-il si Michèle Duvivier Pierre-Louis est ratifiée ou
pas ?
samedi 5 juillet 2008
Par Nancy Roc
Soumis à AlterPresse le 5 juillet 2008
Depuis le renvoi du gouvernement Alexis par le Sénat le 12 avril
dernier, toute l’attention des médias et de la société haïtienne est
focalisée sur le choix d’un nouveau Premier ministre. Entre-temps, la
cherté de la vie et la multiplication des cas de kidnapping affectent
toutes les catégories sociales. « La méthode d’isoler l’un de l’autre,
les différents éléments qui composent la conjoncture, fait partie
d’une vieille méthode métaphysique pour tromper la vigilance des
masses populaires », a dénoncé Marc Arthur Fils Aimé, Directeur
Général de l’Institut Culturel Karl Levêque (ICKL), dans son dernier
texte intitulé « Haïti : Valse de l’insécurité et politique
néolibérale » [1]. Le 23 juin dernier, le Chef de l’État, René Préval,
a désigné pour la troisième fois consécutive un Premier ministre en la
personne de Michèle Duvivier Pierre-Louis, Directrice de la Fondasyon
Konesans ak Libète (Fondation Connaissance et Liberté -FOKAL). Alors
qu’il a fallu attendre près d’une dizaine de jours avant que la
Chambre des Députés ne procède à la formation de la commission
spéciale chargée de l’examen du dossier du Premier ministre désigné,
des moralistes qui font honte, comme les a qualifiés Lyonel Trouillot
[2], ont déclenché une campagne haineuse contre Michèle Duvivier
Pierre-Louis et ses proches. « Qu’est-ce donc que cette pensée
républicaine qui abandonne le terrain de la politique pour chercher
dans la vie privée, avec l’ardeur des charognards et le sans-gêne du
voyeurisme, prétexte à détruire une personne ? », questionne
judicieusement l’écrivain. À cette question nous ajouterons celles-
ci : que démontrent ces attaques systématiques et avilissantes pour
toute notre société ? Comment peut-on descendre si bas dans la fange,
tant dans les médias que sur le Net, alors que le pays se convulse
douloureusement en plein cœur d’une crise politique et
institutionnelle qui pourrait entraîner une implosion sociale sans
précédent ? Qu’arrivera-t-il si Michèle Duvivier Pierre-Louis est
ratifiée ou pas ? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons
de répondre dans ce texte.
Le bestiaire de la bêtise
Ce choix est-il le bon ?, questionnait le quotidien Le Nouvelliste à
la suite de la nomination de Madame Pierre-Louis. De nombreux secteurs
et associations ont déjà répondu par l’affirmative en soulignant son
expérience, son engagement dans de nombreux dossiers importants pour
la nation tels que l’éducation, la culture, le développement
communautaire, l’environnement, l’équité de genre, la société civile,
la formation de jeunes entrepreneurs. Organisations féministes,
intellectuels, certains sénateurs, organisations de jeunes et autres
ont ouvertement appuyé la nomination de Madame Duvivier Pierre-Louis
comme Premier ministre désigné, contrairement aux précédents choix de
René Préval, en l’occurrence Éricq Pierre et Robert Manuel. Ainsi, au-
delà de la réticence voire de l’aversion (exprimée notamment par
100.000 personnes lors des funérailles des membres de Barikad Crew au
Champ de Mars le 21 juin écoulé) de certains secteurs ou individus
pour le Chef de l’État et sa façon de gouverner, ils sont sortis de
leur silence pour appuyer ouvertement Madame Pierre-Louis. Ceci
démontre déjà une certaine capacité de rassemblement de cette dernière
dans un pays totalement divisé. En effet, cette femme discrète,
intègre, courageuse et généreuse, n’a cessé depuis son retour dans ce
pays en 1976, d’œuvrer pour le développement d’Haïti. Cette économiste
de formation a plus d’une corde à son arc et a fait de l’éducation son
cheval de bataille. Sa connaissance du pays est riche de son
expérience aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé
[3]. Depuis 1995, ses convictions, son engagement autant que son
approche pédagogique se sont épanouis avec succès à travers la
Fondation Connaissance et Liberté dont le sérieux et la réputation
nationale et internationale dépassent nos frontières. Cette
institution est à l’image de sa directrice qui défend « la position
fondamentale que le changement véritable ne peut s’opérer que si ceux
qu’il concerne en deviennent les premiers acteurs, [4] ». Elle a
sillonné les quatre coins du pays, vivant dans une réelle proximité
avec les gens, travaillant elle-même directement à la réussite des
projets subventionnés par la FOKAL avec les communautés les plus
reculées du pays. Michèle Duvivier Pierre-Louis estime que la plus
grave crise que traverse Haïti est celle de la paysannerie. « Le
paysan haïtien est épuisé, il n’arrive plus à se reconstituer, il faut
investir massivement dans la paysannerie et avec elle comme
partenaire, investir dans l’eau, dans la terre, dans la production [5]
», déclarait-elle en 2005 lors d’une interview avec Michèle Lemoine.
Imbue de la réalité du pays et de ses affres, elle n’a pas attendu la
crise alimentaire actuelle pour exprimer ses préoccupations : déjà en
1986, elle publiait dans le journal Le Nouvelliste un « Plaidoyer pour
l’autosuffisance alimentaire ». Elle a toujours œuvré à la création
d’une chaîne de solidarité susceptible de conduire à la
matérialisation du nécessaire projet de changement profond auquel
aspire la société haïtienne, particulièrement ses fractions
historiquement marginalisées.
Or, c’est cet esprit là, cette conscience et ce cheminement là, que
les mauvaises langues ont voulu écorcher et avilir en lançant, dès sa
désignation, une campagne raciste et homophobe d’une rare cruauté et
d’une rare bêtise. Alors que l’inclusion et le respect de la diversité
sont prônés dans toutes les sociétés modernes, une partie malsaine de
la nôtre prouve encore que le chemin de la tolérance est parsemé
d’obstacles et d’épines. À la lecture ou à l’écoute de certains propos
concernant la vie privée du Premier ministre désigné- propos qui dans
n’importe quel autre pays seraient passibles de procès pour
diffamation- on est consterné par l’acharnement de ces personnes qui,
clairement, n’ont ni le souci du bien collectif ni celui du
développement du pays. Il n’est alors pas étonnant qu’Haïti se
retrouve embourbée dans d’immondes écuries d’Augias où le nettoyage
s’avèrera excessivement difficile voire presqu’impossible. En effet,
dans le pays le plus pauvre du continent et un des plus corrompus au
monde, voilà qu’on lynche une femme aussi compétente au lieu de
s’atteler à l’essentiel, en l’occurrence le respect des droits de tous
et la satisfaction de leurs besoins immédiats, d’autant qu’une crise
multidimensionnelle mal gérée menace de nous plonger dans le chaos. Il
est à espérer que le Parlement et le reste de la société ne tomberont
pas dans ce piège vicieux et grotesque en cautionnant la bêtise, piège
tendu par un noyau de résistance à la cérébralité tant exigée par les
problèmes profonds de notre société. Les esprits archaïques s’en
donnent à cœur joie et démontrent que Michèle Pierre-Louis est tel le
lotus qui pousse dans la vase. En Inde, le lotus est un symbole de
l’accomplissement spirituel de l’être, depuis les profondeurs obscures
associées aux « Eaux inférieures » jusqu’à la floraison complète dans
la pleine lumière des « Eaux supérieures ». Espérons que la descente
des « Eaux supérieures » vers les « Eaux inférieures » se concrétisera
pour nettoyer les écuries d’Augias à l’haïtienne héritées du passage
des eaux lavalasiennes. À ce propos, il ne faut pas sous-estimer le
poids des lavalassiens dans la campagne de diffamation contre le
Premier ministre désigné. Nous rappellerons pour mémoire le courage
que Michèle Pierre-Louis a démontré pour sortir de ses bureaux et
confronter l’inspecteur Jackson Bernard (alias BigJack) et les
policiers du CIMO, le samedi 14 février 2004, qui menaçaient d’ouvrir
le feu si elle ne venait pas répondre aux invectives de la police
politique d’Aristide, suite à une réunion du comité directeur de la
FOKAL, qui se tenait au siège de l’organisation, ce matin-là. « Le
pouvoir aristidien voyait dans la FOKAL un foyer de dangereux
agitateurs depuis que Michèle Pierre-Louis avait protesté
publiquement, dans les journaux, contre les agissements scandaleux des
chimères et des policiers qui attaquèrent les étudiants de la Faculté
des Sciences humaines, le 5 décembre 2003. [6] »
Au-delà de cette campagne de dénigrement, tout observateur politique
doit s’inquiéter de cette tendance à abandonner la réflexion et le
terrain politique pour chercher dans la vie privée prétexte à lynchage
politique, prétexte à détruire une personne. « Car, c’est de cela
qu’il semble s’agir, détruire par un verbe rageur le travail d’une
vie. Et c’est cela qui est immoral », s’indigne Lyonel Trouillot [7].
« C’est cela qui témoigne de cette force de haine dictée par les
intérêts individuels mesquins, les fondamentalismes arriérés, la
pensée bloquée qui n’a jamais entendu parler du libre arbitre, des
droits de la personne, de la différence entre sphère publique et
sphère privée, de Voltaire, voire de toute la pensée républicaine du
XXe siècle. Ici, là où l’intelligence a appris trop souvent à se
taire, la haine remplit des pages et des pages, s’étale sur les ondes,
sur le Net. Haïti ne pratiquait pourtant pas l’exclusion pour motifs
de vie privée dans le domaine du travail et de la gestion de la chose
publique. C’est une nouveauté archaïque qui nous vient de ce que Jean
Coulanges appelait dans un article qui date de vingt ans : l’invisible
invasion. Nous payons d’avoir laissé grignoter la sphère publique et
la pensée laïque. Et ce n’est qu’un début. Le pire est à venir. Il se
lève en sourdine une odeur de bûcher et de pilori [8] », avertit-il.
Ce 2 juillet, Michèle Duvivier Pierre-Louis est enfin sortie de sa
réserve. « Je sais que je dois m’armer de courage et de sagesse pour
affronter les multiples défis auxquels je serai confrontée. Mais, je
n’accepterai jamais de me laisser entrainer dans un débat axé sur la
désinformation et les calomnies », a-t-elle prévenu dans une mise au
point à ses détracteurs transmise à l’agence en ligne AlterPresse.
Pour elle, répondre, « dans cette conjoncture difficile », à
l’invitation de Préval de servir le pays a impliqué, de sa part, du
courage et de la détermination « de le faire la tête haute, sachant
que je m’engage dans le champ du politique, c’est-à-dire de l’intérêt
collectif et du bien commun », a-t-elle déclaré. Madame Pierre-Louis a
ainsi fait taire les dernières rumeurs voulant qu’elle ait retiré sa
candidature ou que Préval était à la recherche d’un autre Premier
ministre à désigner.
Sur le fil du rasoir
Le pire serait donc à venir pour nous tous. Dans quel sens et dans
quels domaines ? Tout d’abord pour le prochain Premier ministre et son
gouvernement. « Un État aussi pourri que le nôtre, pourra-t-il
s’accommoder d’une personnalité telle que celle de Michèle Duvivier
Pierre-Louis ? », questionnait l’écrivain Gary Victor la semaine
dernière. Question pertinente lorsque l’on brandit l’immoralité contre
Michèle Duvivier Pierre-Louis, tandis qu’on ne l’a pas fait lorsque
des sénateurs impliqués hier dans les trafics de la drogue deviennent
aujourd’hui des coqueluches de la presse ou lorsque Samba Boukman,
chef de gang accusé de viols par le RNDDH [9], a son bureau au Palais
National. Pourquoi l’Église catholique n’a-t-elle pas dénoncé les
agissements des prêtres lavalassiens qui s’attaquaient aux
journalistes tels qu’Yvon Massac, Gérard Jean-Juste, Fritz Sauvagère,
Edwige Carré et Léobert Dieudonné ? Où étaient les défenseurs de la
moralité et les responsables de l’Église quand la chanteuse Yolette
Lagrandeur a affirmé, devant le Sénat, qu’elle et de nombreuses jeunes
filles avaient été contaminées par le prêtre lavalassien Edner
Devalcin, décédé le 23 juillet 2007 du SIDA [10] ? Informés de cette
situation scandaleuse, Mgr Serge Miot et ses collègues n’ont jamais
réagi, alors que dans tout pays moderne la transmission volontaire du
SIDA est considérée comme un crime notamment passible de la peine de
mort comme dans certains états aux États-Unis. À l’issue de
l’audition, le Sénateur Youri Latortue, président de la commission
justice et sécurité, avait annoncé l’ouverture d’une enquête
parlementaire sur le dossier et la présentation prochaine d’une
proposition de loi visant à faire de la transmission volontaire du VIH/
SIDA un crime impliquant des dispositions pénales draconiennes.
Depuis, niet !
Il est clair qu’en acceptant le poste de Premier ministre désigné,
alors que depuis vingt ans elle a refusé toutes les propositions
d’occuper un poste public, Michèle Duvivier Pierre-Louis a fait montre
d’un sens du sacrifice mais elle a aussi pris un gros risque. En
effet, bien qu’elle soit proche de René Préval, on sait comment ce
dernier traite ses « amis », en témoigne le sort d’Éricq Pierre envoyé
pour la seconde fois à la boucherie. Quant à Robert Manuel, ne
détenant même pas les pièces nécessaires pour franchir l’étape
technique de la ratification, il n’avait aucune chance d’être ratifié.
D’autre part, vu le parcours de ce dernier, si l’opinion publique a
condamné la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP)
d’avoir écarté Éricq Pierre pour des raisons fallacieuses, la CPP
s’est toutefois rattrapée en ne ratifiant pas Robert Manuel. Que fera-
t-elle dans le cas de Michèle Duvivier Pierre-Louis ? S’attachera-t-
elle uniquement aux prescrits de la Constitution ou se laissera-t-elle
happée par les rumeurs ? L’article 157 de la Constitution est clair.
Pour être nommé Premier Ministre, il faut :
1.être haïtien d’origine et n’avoir pas renoncé à sa nationalité ;
2. être âgé de trente (30) ans accomplis ;
3. jouir de ses droits civils et politiques et n’avoir jamais été
condamné à une peine afflictive et infamante ;
4. être propriétaire en Haïti ou y exercer une profession ;
5. résider dans le pays depuis cinq (5) années consécutives ;
6 .avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers
publics.
Or, à notre connaissance, Madame D. Pierre-Louis répond à toutes ces
prérogatives. Ainsi toute autre interprétation de la Constitution
contre le Premier ministre désigné constituera une lecture ou
interprétation politique de la Loi Mère et les Parlementaires devront
en assumer les conséquences pour l’Histoire et devant la Nation. Dans
la situation actuelle, la société haïtienne se trouve sur le fil du
rasoir et n’importe quel prétexte servira de détonateur à une
implosion sociale. Des sources fiables de La Saline à Miami nous
confirment la possibilité de manifestations de rues majeures d’ici le
mois d’août. Mme Pierre-Louis a bien précisé qu’elle n’avait pas de
problème à faire des compromis, mais il est clair qu’il lui sera
extrêmement difficile d’entrer dans des compromissions politiques, a-t-
elle averti [11]. Espérons que les parlementaires comprendront
l’urgence pour la population de mettre fin à la crise en ratifiant le
plus vite possible un Premier ministre sans lui imposer de chantages.
Dans le cas contraire, on devrait en effet s’attendre au pire. Or, ce
cas de figure pourrait très bien entraîner la chute de Préval, l’exil
d’Alexis et la perte du Parlement. Le reste du pays sera donc plongé
dans le chaos le plus total.
Si Madame Duvivier Pierre-Louis est ratifiée, elle devra affirmer son
leadership et sa vision de l’avenir du pays dans sa politique
générale. À travers cette dernière, elle devra faire un diagnostic
perspicace de la situation actuelle du pays et démontrer clairement sa
conception de l’État. Ensuite, elle devrait clairement exprimer les
actions urgentes à prendre par rapport aux problèmes cruciaux du pays,
en l’occurrence l’insécurité, la corruption endémique du Palais
National à la Police, en passant par l’UCREF [12], le Bureau de la
Protection du Citoyen et la Commission nationale de désarmement,
démobilisation et réinsertion (CNDDR) qui devraient être les objets
d’enquêtes sérieuses. Si le président Préval a promis dans de beaux
discours de lutter contre la corruption, dans les actes, il s’est
entouré d’hommes peu crédibles et qui s’arrogent tous les droits en ne
répondant qu’à lui. Nous énumérerons dans un autre grand dossier les
priorités du prochain gouvernement, parmi lesquels la relance de la
production nationale et des solutions concrètes face à l’augmentation
du coût de la vie et à la crise alimentaire. Le discours de politique
générale de Mme Pierre-Louis devrait aussi faire appel à l’ensemble
des forces vives de la Nation pour démontrer clairement à la
communauté internationale que le sauvetage d’Haïti doit être collectif
et ne doit pas reposer sur l’aide étrangère. D’autre part, même si
Michèle Pierre-Louis est une amie proche du président, elle devra
avoir le courage, si son choix est ratifié par les deux Chambres, de
faire la différence entre le domaine public et le domaine privé, car
elle tirera sa légitimité du Parlement et non de son amitié avec le
président René Préval. Si Madame Pierre-Louis a évolué avec succès
dans le secteur des ONG, elle doit aussi prendre conscience que dans
le domaine politique, ce sont surtout les résultats qui comptent.
Ainsi, elle devra s’entourer d’une équipe compétente pour l’aider à
porter sa croix car Préval lui réserve sans doute bien des surprises
voire des coups bas. L’adage ne veut-il pas que « la politique
dénature et ruine l’amitié [13] » ?
En effet, même en connaissant l’amour et la dévotion de Michèle Pierre-
Louis envers notre pays, on se demande qu’est-ce qu’elle est venue
faire dans cette galère. La crise que traverse Haïti est profonde et
elle n’aura pas le temps de la résoudre puisque dans un an, elle aura
à faire face à l’organisation des élections. Ces dernières constituent
le seul enjeu qui préoccupe réellement les forces en place, en
l’occurrence le Parlement, les partis politiques, le président et l’ex-
Premier ministre qui, selon certaines sources, aurait scellé une
alliance avec Aristide. Dans ce jeu perfide et bourré de pièges,
Michèle Duvivier Pierre-Louis n’aura même pas l’opportunité de prouver
ses capacités de gestionnaire, à moins qu’elle puisse arriver à
trouver des solutions urgentes et concrètes aux exigences de la
population, notamment par rapport à la crise alimentaire et à la
cherté de la vie. Pour cela, il faudrait qu’elle fasse montre
d’imagination, de créativité et d’inventivité tant sur le plan
national qu’au niveau des relations Sud-Sud, tout en conservant de
très bons rapports avec les grands pays du Nord. Dans le cas
contraire, elle se verra harcelée par des invectives de toutes sortes
dont la campagne de diffamation actuelle a déjà tracé la voie. D’autre
part, vu l’informalité gouvernementale dans laquelle se délecte René
Préval et ses ambitions par rapport à son poulain pour 2011, Michèle
Duvivier Pierre-Louis, malgré sa bonne foi, se retrouvera entre
l’enclume et le marteau. Si elle accepte de jouer le jeu du président,
elle en sera la complice. Dans le cas contraire, elle devra le
combattre… et l’on sait ce que cela donnera. Ainsi, des deux côtés, le
mal est et sera infini.
Aujourd’hui, la présidence autant que le Parlement sont fragilisés. La
situation socio-économique du pays est catastrophique. Michèle
Duvivier Pierre-Louis saura-t-elle rétablir l’autorité de l’État qu’on
attend depuis 1990 ? Comment pourra-t-elle le faire sans base
politique ? Voici des questions cruciales sur lesquelles devrait se
pencher l’ensemble de la population aujourd’hui dans un pays où la
démocratie demeure introuvable depuis 1986.
« La perversion de la cité commence par la fraude des mots », disait
Platon. Or nous avons assisté récemment à cette perversion par des
mots sur le Net et sur les murs de la capitale. De son côté, Auguste
Detoeuf disait que « la véritable épreuve de l’amitié, c’est le
succès : car le malheur ne réclame que du secours et ne risque que la
résistance de l’avarice ; tandis que le succès voudrait de l’affection
et ne rencontre que l’envie. » Dans les jours ou les mois à venir -
selon qu’elle soit ratifiée ou pas- Michèle Duvivier Pierre-Louis
pourra soupeser son amitié avec Préval. Et nous tous en jouirons ou
nous en payerons les conséquences…
Montréal, le 2 juillet 2008…Jour de la libération d’Ingrid Betancourt.
[1] Marc- Arthur Fils- Aimé, « Haïti : Valse de l’insécurité et
politique néolibérale », AlterPresse, le 26 juin 2008
[2] Lyonel Trouillot, « Des moralisateurs qui font honte », Le Matin,
1er juillet 2008
[3] Elle a été Directrice Adjointe de l’Aéroport (1979 - 1982),
Directrice de Crédit à la Bank of Nova Scotia (1976 - 1979), ou encore
Chargée de l’Administration et des Ressources Humaines à la Société
Financière Haïtienne de Développement (SOFHIDES - 1983 - 1984)
[4] Portrait de Michèle Pierre-Louis, FOKAL.
[5] Extrait d’une interview accordée à la réalisatrice Michèle Lemoine
en 2005.
[6] Haïti Observateur, « Michèle Pierre-Louis est-elle le choix qu’il
faut dans la présente conjoncture ? », Haïti Observateur du 2 au 9
juillet 2008.
[7] Lyonel Trouillot, « Des moralisateurs qui font honte », Le Matin,
1er juillet 2008
[8] Ibid.
[9] Réseau National de Défense des Droits des Haïtiens
[10] Radio Kiskeya, « Le père Edner Devalcin rattrapé dans sa tombe
par son passé controversé », le 22 août 2007.
[11] AlterPresse, « Haïti : Le premier ministre désigné prêt à faire
le dépôt de ses pièces au parlement », le 28 juin 2008.
[12] L’Unité Centrale de Renseignements Financiers
[13] Tahar Ben Jelloun, Extrait de l’éloge de l’amitié
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