HAITI -- Crise alimentaire -- JOACHIM -- L'urgence de la rupture
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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Apr 21, 2008 08:40

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Haïti : L’urgence de la rupture

Alter Presse lundi 21 avril 2008

Par Marie Frantz Joachin [1]

Soumis à AlterPresse le 20 avril 2008

Le FMI et la BM se félicitent

Le PAS roule

Les dirigeants nagent dans l’huile

Haïti crie famine

Les vitrines crèvent d’abondance

La misère des bidonvilles explose

Les gouvernants cuvent leur arrogance

Inévitable malheur !

Les manifestations qui débutent dans le département du sud le 3 avril
2008 s’apparentent à des émeutes de la faim, accompagnées d’actes de
violence et de casses. Très vite elles se propagent à travers
plusieurs villes jusqu’à la capitale. Jets de pierres contre des
édifices publics et privés, incendies de véhicules privés et de ceux
des forces de l’ordre, pillage de dépôts de nourriture, mais aussi
saccages de magasins (de divers produits manufacturés), irruption
violente dans des ministères, bureaux publics et... tentatives
d’investir le palais présidentiel et le parlement.

Plus le mouvement de protestation s’intensifie, plus certains
manifestants se montrent menaçants et s’écartent de leurs principales
revendications, à savoir la hausse du cout de la vie, pour exiger la
démission du chef du gouvernement [2] voire du Président [3] et le
départ des troupes onusiennes.

Ces observations nous amènent à nous interroger sur les réelles
motivations des manifestants. Nous sommes en droit, en effet, de nous
demander si les manifestations contre la hausse des prix ne
constituent pas un prétexte pour certains secteurs politiques et
économiques travaillant à la déstabilisation du gouvernement ? A qui
profiterait cette déstabilisation ? S’agit-il d’émeutes de la faim, de
révolte sociale ou encore d’une sévère réprobation du modèle de
développement adopté par nos dirigeants ?

Flambée des prix, gel des initiatives de l’État haïtien

Depuis plusieurs mois, différents secteurs étatiques et non étatiques
agitent la question relative à la cherté de la vie. En peu de temps,
les prix des produits de première nécessité ont plus que doublé,
suivant ainsi le mouvement de l’inflation qu’on connait actuellement à
l’échelle mondiale. La crise financière américaine provoquera cette
année un ralentissement de l’économie mondiale qui sera du à une
réduction de la croissance, selon les prévisions des économistes
rapportées par la presse internationale. Dans les pays en voie de
développement, on assistera à une flambée des prix, précisent-ils.

Haïti, n’a pas attendu longtemps. Dès le premier trimestre de l’année,
les répercussions de cette crise financière mondiale se font sentir.
Au mois de mars, en une semaine, le sac de 120 livres de riz,
nourriture de base de la population, passe de 35 à 70 dollars
américains. Les prix de la farine, du blé, du lait et des produits
laitiers augmentent considérablement.

Le principe qui veut qu’on consomme les produits locaux, est loin
d’être une solution dans la mesure où le prix du transport, variant au
rythme du renchérissement du carburant [4], est aussi pris en compte
dans le prix de vente. Ainsi un « Véritable » [5] coute environ 1,75
$US. Le prix de 5 livres de haricot passe de 140 gourdes (3,8 US$) à
175 (4,70 US $) ou 200 gourdes (5,40 US $) suivant le marché [6].

Ces exemples montrent bien les difficultés auxquelles est confrontée
la population haïtienne notamment les couches défavorisées pour se
nourrir, [7] d’autant plus que le chômage est estimé à environ 70%%,
que le salaire minimum n’a jamais été revisité depuis 5 ans [8] et que
le secteur informel s’accroit et se substitue au formel.

Dans ce contexte, le mouvement initié par les organisations féministes
haïtiennes avec la manifestation du 7 mars 2008, devant le ministère
du commerce et dans l’aire du Palais des Ministères, contre la vie
chère et pour exiger du gouvernement la mise en œuvre d’une politique
de création d’emploi, jouissent de la plus totale légitimité. D’autres
secteurs, notamment les jeunes, les écoliers et écolières, les
étudiants et étudiantes, relayent par la suite ce mouvement de
protestation au début du mois d’avril aux Cayes, à Aquin, Petit Goâve,
St Marc et aux Gonaïves pour ne citer que ces villes.

Face à ces manifestations successives contre la hausse du cout de la
vie, le chef de l’État adresse le 9 avril un message à la nation, dans
lequel il rejette toute mesure de subvention de produits importés pour
baisser le cout de la vie. Il préconise en revanche une politique de
subvention de la production et de la consommation nationale. A cet
effet, il propose de subventionner les engrais et d’organiser la
commercialisation du riz local. Il évoque des mesures devant
favoriser, selon lui, non seulement l’augmentation de la production de
riz, mais, à terme, l’autosuffisance.

Le président souligne dans son discours que la flambée actuelle des
prix en Haïti s’inscrit dans un cadre mondial de hausse des prix. Il
s’agit d’un point de vue irréfutable. Des peuples de plusieurs pays se
mobilisent comme les haïtiens contre cette inflation. A la seule
différence, toutefois, que les dirigeants d’autres pays cités en
exemple par le dirigeant haïtien recourent à des mesures immédiates
pour limiter l’impact de la flambée des cours mondiaux de certains
produits de base sur la consommation alimentaire nationale.

Au Maroc (Afrique du Nord), le gouvernement ramène les taxes pesant
sur les importations de blé au niveau le plus bas jamais enregistré.
En Égypte, le gouvernement accroit considérablement les subventions
alimentaires et signe un accord bilatéral avec le Kazakhstan pour la
livraison d’un million de tonnes de blé à un prix préférentiel durant
2008. Au Bénin et au Sénégal (Afrique de l’Ouest) les gouvernements
prennent plusieurs mesures pour neutraliser la forte progression des
prix céréaliers, dont la réglementation des prix et la levée des
droits de douane.

En Éthiopie (Afrique de l’Est) le gouvernement interdit l’exportation
des principales céréales et l’accumulation de stocks céréaliers,
suspend les achats locaux du Programme Alimentaire Mondial (PAM)
destinés aux opérations d’urgence et impose une surtaxe provisoire de
dix pour cent sur les importations de produits de luxe afin de
financer les programmes de subventions alimentaires, notamment la
distribution de blé à prix subventionnés aux ménages urbains disposant
de faibles revenus. En Afrique du Sud, il est prévu d’ajuster les
montants des aides sociales dont bénéficient les plus pauvres afin
d’atténuer l’incidence de l’augmentation des prix alimentaires.

L’Indonésie supprime les droits d’importation sur le riz et le soja,
qui s’élevaient respectivement à 5 et 10 pour cent. En République de
Corée, à partir de janvier 2008 et pour six mois, les taxes
d’importation sont ramenées de 1 à 0,5 pour cent pour le blé de
mouture, de 1,5 à 0,5 pour cent pour le maïs, et de 2 pour cent à 0
pour le soja et le maïs fourrager. Inquiet de la montée des prix des
produits alimentaires, le Japon annonce l’instauration d’un service
spécial chargé de la sécurité alimentaire et prend des mesures
d’urgence pour diversifier les achats sur les marchés internationaux.

Plus près de nous, le Brésil envisage de diminuer ou de supprimer la
taxe de 10 pour cent frappant les importations de blé en provenance de
pays autres que l’Argentine, qui bénéficie déjà d’une exemption. Au
Pérou, les taxes à l’importation du blé, du maïs et de toutes les
farines, qui variaient de 17 à 25 pour cent, sont abolies. [9]

Être ou ne pas être... néolibéral

Ces exemples nous interrogent sur le refus catégorique du chef de
l’État haïtien à appliquer une politique de subvention des produits
importés pour soulager la misère de la population nécessiteuse,
sachant que les pays mentionnés ci-dessus sont tout aussi soumis aux
prescrits des institutions financières internationales.

On s’accorde à reconnaître le caractère durable des résultats que
pourraient avoir les « propositions » du président si elles étaient
mises en œuvre. Cependant, nous sommes très loin d’une réponse
immédiate qui correspondrait à la dimension de la colère exprimée par
la population lors des récentes manifestations. Pourquoi alors, le
gouvernement s’obstine-t-il à proposer des mesures dont l’impact ne
peut se mesurer qu’à moyen ou long terme ?

Depuis 20 ans, l’État haïtien, comme le reconnaît le président,
applique le plan néolibéral en dérèglementant le commerce et en
ouvrant l’économie suivant les prescriptions du Fonds Monétaire
International (FMI) et de la Banque Mondiale. Haïti a-t-il un choix ?
De toutes les manières, l’aide accordée au pays a été conditionnée par
la libéralisation du commerce. Toutefois, l’effet conjugué de ces
politiques économiques et des mesures de libéralisation commerciale se
révèle catastrophique pour les 80%% d’Haïtiens qui vivent de
l’agriculture. L’économie du pays se dégradée de manière significative
- secteur agricole en chute libre – engendrant une dépendance
croissante vis-à-vis des produits importés, notamment les produits de
première nécessité.

Nous sommes bien d’accord avec le président quand il souligne que «
cette politique, appliquée depuis maintenant 20 ans dans le pays, est
à l’origine des problèmes actuels ». Mais nous savons aussi que dans
les années 80, l’intérêt pour la promotion et la protection de la
production nationale, notamment le riz de l’Artibonite, était
inexistant. Dans ce sens, si le numéro 1 haitien entend passer de la
parole aux actes concernant la subvention d’une production et d’une
consommation nationale, comme il se plait à le dire depuis quelques
mois, des mesures transitoires consistant à alléger la faim de la
population ne sauraient être comparées avec celles prises par les
gouvernements civilo-militaires de la fin des annees 1980.

Si le refus du président de subventionner des produits de 1ère
nécessité est motivé par le respect des consignes des institutions
internationales dans l’application de la politique néolibérale,
comment s’y prendra-t-il pour subventionner la production nationale ?
L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) n’exige-t-elle pas
d’éliminer les subventions aux produits de première nécessité et
d’abolir le contrôle des prix ? De quelle marge de manœuvre le chef de
l’État dispose-t-il pour la mise en œuvre d’une telle politique ?

Concernant les taxes à l’importation sur les produits pétroliers, dont
la réduction empêcherait au gouvernement de réaliser des travaux
d’infrastructure et de fournir des services sociaux de base, il y a
lieu de se poser des questions : combien de routes ont été
construites, à date, avec les fonds du trésor public ? Les travaux
d’infrastructure routière ne sont-ils pas majoritairement financés par
la coopération internationale ? Les secteurs dits « non productifs »
n’ont-ils pas été négligés par des gouvernements successifs depuis
plus d’une vingtaine d’années, au cours desquelles le Fond Monétaire
International (FMI), la Banque mondiale et les États-Unis ont sommé
nos dirigeants de réduire drastiquement leurs dépenses en santé et
éducation ?

Autrement dit, le scepticisme de certains secteurs quant à une
perspective de mise en œuvre réelle d’une politique de production et
de consommation nationale subventionnée, est tout à fait fondé
d’autant plus que le secteur agricole demeure fragile en raison de sa
dépendance des aléas climatiques. De plus, avec le phénomène du
changement climatique, le pays risque de connaître des inondations à
répétition et de longues périodes de sécheresse, engendrant une baisse
de la production agricole et entrainant ainsi un manque de nourriture.

Quelle réponse politique ?

Pour leur part, les sénateurs du groupe des 16 [10] semblent prendre
une option politique en renversant le gouvernement. Mais, la réponse
politique peut-elle être limitée au limogeage du Premier Ministre et
de son équipe ?

Les sénateurs emboitent ainsi le pas aux députés qui prétextent, en
février 2008, la cherté de la vie pour interpeller le Premier
Ministre. Lors de cette interpellation, ce dernier annonce un ensemble
de mesures visant à soulager la misère de la population, notamment
l’ouverture de chantiers à haute intensité de main d’œuvre et la
création d’emplois en vue de l’augmentation du pouvoir d’achat des
couches les plus défavorisées.

Satisfaits des mesures de saupoudrage présentées par le chef du
gouvernement, les députés donnent un vote de confiance au Premier
Ministre, le confortant dans la mise en œuvre de la politique
néolibérale. Toutefois, ce vote de confiance est perçu par certains
comme un geste intéressé, susceptible d’entacher davantage l’intégrité
de cette institution, éclaboussée par des scandales de prévarication,
les uns plus scandaleux que les autres : l’affaire Socabank, dans
laquelle le nom de plusieurs parlementaires sont cités comme ayant
accepté des pots de vin en vue de voter une résolution exigeant
l’annulation de toutes les mesures prises par la Banque de la
République d’Haïti (BRH) concernant la Société Caribéenne de Banque
S.A. (SOCABANK) [11], l’affaire des pneus, qui est décrite dans un
rapport faisant état de sommes faramineuses dépensées dans la location
de véhicules et la dilapidation éhontée de pneus de rechange pour des
véhicules mis à la disposition des députés et qui occasionne une vive
altercation entre eux, l’affaire de drogue dans un navire naufragé à
Tiburon (Sud), le bateau appartenant à un parlementaire d’après un
juge d’instruction des Cayes.

Ces affaires, dont la liste n’est, bien entendu, pas exhaustive, ne
sont que des exemples qui permettent de relever certaines
caractéristiques de cette législature. Quand le parlement n’est pas
lui-même source de conflit, il passe la majeure partie de son temps à
en provoquer ailleurs en convoquant les ministres et directeurs
généraux, non pas dans un esprit de contrôle, conformément à sa
nature, mais plutôt pour abuser de son pouvoir, comme dans le cas de
la destitution d’un ministre de la culture [12]. De plus, les
parlementaires, voulant empêcher le vote d’une résolution ou d’un
projet de loi pour des motifs politiques ou financiers, ne participent
pas à des séances. D’autres passent leur temps à courir les
ministères, les directions générales, la primature ou le palais
national à la recherche d’opportunités.

En d’autres termes, si la performance du Parlement se mesure par le
nombre de séances tenues, le nombre de lois votées, le nombre de
traités, d’accords et de conventions ratifiés, ainsi que par la
qualité des débats, le parlement haïtien ne saurait s’enorgueillir de
son bilan. Il est loin d’accomplir la tache qui est celle de faire des
lois sur des objets d’intérêt public, que lui confère la constitution
de 1987. Depuis plus de deux ans, le parlement a voté les lois de
finances 2006-2007, 2007-2008, quelques textes de lois sur les prêts
publics et sur les programmes de développement, deux lois sur
l’indépendance du pouvoir judiciaire et 4 conventions internationales.

Un Parlement dont les intérêts personnels de ses membres gouvernent
ses actions, peut-il soudainement changer de posture et défendre les
intérêts populaires ? Peut-il s’ériger en caisse de résonance des
revendications des masses sur la hausse du cout de la vie ?

Modèle de développement néolibéral a l’épreuve d’une vague de fond

A propos de ces réclamations et des mouvements qu’elles ont générés,
s’il est évident que le peuple est tenaillé par la faim et qu’il
revendique ses droits sociaux fondamentaux en exigeant à manger et du
travail de ses dirigeants, nous ne pouvons pas affirmer que tous les
manifestants et manifestantes poursuivent les mêmes objectifs lors des
manifestations de début avril. Les casseurs semblent suivre un mot
d’ordre de certains secteurs politiques. Les pratiques de lutte
utilisées rappellent étonnamment celles que nous avons connues en 2004
après le départ de l’ex président constitutionnel d’Haïti [13].

Malgré ces contingences, l’application des programmes d’ajustement
structurel à laquelle s’attelle l’Etat haïtien au début des années
1980 parait être l’élément fondamental de l’émergence des mouvements
de contestation dans tout le pays. La privatisation selon les
politiques de la Banque mondiale a conduit à une augmentation de la
corruption et des gains privés au détriment des dépenses publiques, à
une plus grande concentration de la richesse et du pouvoir, à un
chômage plus élevé et à un accès aux services publics plus réduit.
Comme le démontre la Coordination nationale de plaidoyer pour les
droits des femmes (CONAP) dans sa note du 8 mars 2008, les dépenses en
eau consenties par une famille dans les quartiers populaires
représentent environ le 1/3 du montant du salaire minimum proposé dans
un projet de loi soumis au parlement.

Ce désengagement de l’État se fait notamment au détriment des femmes
qui, pour combler le vide entrainé par le retrait de l’État des
services sociaux, assument les taches y afférentes. Ainsi, les femmes,
en raison des spécifiques rôles et positions que leur attribue la
société, sont plus affectées par ces politiques néolibérales. Les
associations féministes et de femmes qui ont commencé la mobilisation
à l’occasion de la journée mondiale des femmes pour le respect des
droits économiques et sociaux, (8 mars) ont donc de bonnes raisons de
l’amplifier en vue de sortir des solutions cosmétiques et du
saupoudrage que nous proposent nos dirigeants.

Soulignons au passage que le féminisme en tant que mouvement
politique, questionne constamment les relations de pouvoir, de l’Etat,
des institutions internationales, de la culture en relation avec les
vécus quotidiens et réalités des femmes. Aujourd’hui, il est impératif
pour nous, de proposer et d’impulser un modèle alternatif féministe de
développement économique qui prend en compte les femmes dans tout le
processus de développement. Cela requiert une rupture avec l’approche
de l’intégration des femmes dans le développement s’inscrivant dans un
cadre libéral à la faveur d’une approche qui se focalise sur les
conditions des femmes en terme d’éducation, d’accès au crédit, aux
ressources et à leur contrôle, à la technologie, aux soins de santé,
des statuts légal et social, et de la position de la femme (positions
économique, sociale, politique, et culturelle), enfin de tous les
facteurs qui déterminent les relations de genre.

Plus globalement, c’est l’ensemble du corps social haïtien qui est
affecté, à des degrés divers, de l’application des politiques
néolibérales, lesquelles ont été à l’origine de nombreuses crises dans
le pays. Coincé entre les dictées des bailleurs de fonds
internationaux, leurs relais locaux, et les réclamations des acteurs
populaires et leurs alliés, l’État se trouve entre l’enclume et le
marteau. Et un changement de gouvernement ne peut en aucun cas
apporter une solution durable à cette crise qui est d’ordre
structurel.

La nouvelle administration haïtienne se verra confrontée à plusieurs
défis, notamment la mise en œuvre de mesures de redressement de
l’administration publique pour reconstituer l’État et rétablir son
autorité. C’est la tache que s’était donné le gouvernement, qui n’a
même pas pu boucler le processus électoral lié à la mise en place
institutionnelle.

Aucune disposition n’est prise pour le renouvellement du tiers du
Sénat au début de l’année 2008. De même, l’arrêté devant porter
création d’une commission interministérielle sur la décentralisation
n’est jamais paru. Il s’en suit au niveau national, une absence de
vision claire et détaillée du développement et la difficulté pour
l’État de bien orienter ses décisions. Au niveau local, la convergence
et la cohérence des interventions ne sont pas assurées et l’appui aux
Collectivités Territoriales de base n’est pas structuré.

Or, ces éléments devraient servir de point de départ pour tout
programme de développement durable. Car, le découpage territorial, en
grande partie déterminé sur une base fantaisiste, est aujourd’hui
inadapté aux besoins de développement et à sa gestion. Une situation
qui n’est pas sans conséquence sur le choix et la localisation
d’équipements, d’infrastructures et de services publics, ainsi que sur
la capacité de l’état à financer leur exploitation et leur entretien.

Il est donc impératif pour la nouvelle administration d’agir à court
terme afin d’assurer la mise en mouvement de tous les acteurs et
toutes les actrices concernés sur des objectifs de développement
partagés, tout en préparant l’avenir. Plus précisément, il faudrait la
définition d’une démarche et d’une politique de développement qui
favorisent l’égalité entre les sexes à toutes les étapes du processus,
oblige la déconcentration territoriale, assure un financement annuel
aux acteurs locaux du développement, leur permettant dès lors de
mettre en valeur leurs potentiels et de lever des contraintes au
développement auxquelles ils font face quotidiennement ; fixe des
échéanciers de réalisation et des obligations de rendre compte des
interventions réalisées.

De telles mesures et dispositions auraient comme impact la création de
plusieurs milliers d’emplois annuels directs, répartis dans chacune
des unités de base du pays, ce qui participera de la réduction de la
pauvreté et de l’atténuation de la migration rurale. Elles
faciliteraient la coordination du développement national et local, la
stimulation et l’articulation du développement socio-économique et la
protection de l’environnement. Elles favoriseraient l’accroissement de
l’autonomie des Collectivités territoriales et la structuration de
l’action territoriale de l’Administration Publique, la clarification
des Compétences ministérielles au regard des Collectivités
Territoriales.

Il s’agit la de quelques pistes qui peuvent être explorées par la
nouvelle administration, si elle veut changer de cap, par le parlement
s’il veut se rattraper et se donner une raison d’exister en
travaillant au un cadre légal et règlementaire en matière de
développement, et par les mouvements sociaux dans leur quête d’une
Haïti démocratique, juste et équitable.

Contact : marfrantz@hotmail.com

[1] Doctorante en Linguistique, Féministe

[2] Jacques Édouard Alexis

[3] René Preval

[4] A la fin du mois de mars 2008, la gazoline 91 octanes se vend à
213 gourdes contre 193 gourdes 3 mois auparavant, la gazoline 95
octanes 217 gourdes contre 194 gourdes, le gallon de diesel 152
gourdes contre 119 gourdes et le galon de kérosène 151 gourdes contre
132 gourdes (1$ = 37 gourdes). Source :s : Radio Métropole et Le
Nouvelliste

[5] Vivre alimentaire cultivé en Haïti

[6] Source : Le Nouvelliste

[7] Déjà, en octobre 2006, un rapport de la Plate-forme Haïtienne des
Organisations de Défense des Droits Humains (POHDH) tire la sonnette
d’alarme : « manger et boire qui sont des besoins primordiaux sont
devenus aujourd’hui un luxe pour la plus grande partie de la
population, seuls les gens issus des couches aisées peuvent manger à
leur faim », lit-on dans ce document. Le sujet est relancé en octobre
2007 par l’agence AlterPresse qui rappelle que « plus de la moitié de
la population (actuellement environ 9,6 millions d’habitants) ne peut
pas se procurer la ration alimentaire minimale de 225 Kg par année. »

[8] Lors d’une visite au Parc Industriel (site abritant les usines
d’assemblages) le 7 février 2003, le président d’alors, Jean Bertrand
Bertrand Aristide, annonce officiellement le relèvement du salaire
minimum des ouvriers à 70 gourdes par jour contre 36 gourdes
auparavant. Source: AlterPresse

[9] Source FAO : Perspectives de récoltes et situation alimentaire

[10] 16 sénateurs issus de plusieurs partis, entre autres membres de
la coalition gouvernementale, lancent un ultimatum le 9 avril au
premier ministre, l’interpellent le 12 et lui infligent un vote de
censure.

[11] Source : Radio Kiskeya

[12] Daniel Elie

[13] Et la, une question cruciale se pose : le mouvement social
haïtien est-il condamné à ne pas organiser des actions massives par
crainte d’infiltration et de récupération ? Cette interrogation met en
relief la nécessité de construire le mouvement social haïtien qui,
depuis le coup d’état de 1991, perd sans arrêt des plumes.
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