HAITI -- Conjoncture -- MOISE -- Deux ou trois choses d'une conjoncture languide
  Home FAQ Contact Sign in
soc.culture.haiti only
 
Advanced search
POPULAR GROUPS

more...

 Up
HAITI -- Conjoncture -- MOISE -- Deux ou trois choses d'une conjoncture languide         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Jun 6, 2008 09:04

Copie d'un message reçu :
-------------------------------------

Deux ou trois choses d’une conjoncture languide

par Claude Moïse

On ne peut pas le nier, c’est l’abattement, la morosité qui
envahissent notre société. À des degrés divers selon les niveaux
sociaux.

1 - Il y a d’abord la remontée de l’insécurité avec son cortège de
cruautés et d’angoisse. Il y a la réponse de la société civile port-au-
princienne à cet affolant yoyo auquel nous soumettent les criminels
embusqués. La marche de protestation du 4 juin a rassemblé quelques
milliers de personnes. Tout s’est bien passé. La discipline a régné.
Pas de casse, de la dignité dans l’exaspération et de la retenue dans
l’expression d’une impuissance rageuse. J’avoue ressentir un certain
malaise à entendre les commentaires exaltés venus de divers milieux.
Ici on titre « Un cri retentissant», là on parle de «démonstration
massive». Mon collègue Roody Edmé y voit un «leve kanpe à la grandeur
de notre histoire de peuple toujours au rendez-vous des luttes
émancipatrices pour les droits humains universels et fondamentaux ».

Et moi, je me pose des questions, il y a quelque chose qui accroche à
mon entendement.

Quoi? Une mobilisation médiatique de tous les instants, des appels
répétés émanant de tout le réseau associatif : les organisations des
femmes, le secteur religieux (vaudouisants, catholiques et
protestants), des organisations patronales, des syndicats ouvriers,
des ligues paysannes, des universités, des associations d’étudiants,
de défense des droits de la personne et quelques autres ligues. À
cela, il faut ajouter que des élèves, des étudiants et des
travailleurs ont été libérés pour prendre part à la marche. Je ne sais
pas si je dois compter la masse des sans-emploi qui pullulent dans la
région. En tout cas, je n’arrive pas à prendre pour un franc succès,
pour un succès massif le fait que seulement quatre à six mille
personnes d’une agglomération de plus de deux millions d’habitants
aient répondu à l’invitation des organisateurs dans un contexte
d’affolement sécuritaire où des opérations de kidnapping sont dirigées
contre des segments les plus vulnérables de la popula tion, où des
marchés publics sont incendiés, les petits marchands, le com merce du
centre-ville, des voyageurs dans des gares d’autobus terrorisés. Où
donc est le pouvoir de convocation de ces 119 organisations de la
société civile? D’autres questionnements me hantent quant aux
fractures qui affligent notre société, quant à la problématique de la
citoyenneté.

Est-ce à dire que ce fut un coup pour rien? Pas du tout, mais un
événement d’importance qui doit être apprécié à sa juste valeur.

Bon je n’insiste pas, cela peut être un sujet qui fâche.

2 – Passons à autre chose : l’interminable processus de la formation
du nouveau gouvernement dans le pays de toutes les urgences. Nous
sommes à deux mois près du vote de censure cow-boy du Sénat à l’issue
duquel le Premier ministre Alexis a dû remettre la démission de son
gouvernement. Nous sommes à plus de trois semaines depuis que la
Chambre des députés s’est embourbée dans une invraisemblable procédure
de contrôle d’identité au terme de laquelle le Premier ministre
désigné Ericq Pierre n’a pas pu passer l’étape préliminaire de la
ratification. Et maintenant, c’est le tour de Robert Manuel dont la
candidature proposée par le chef de l’État fait l’objet d’échanges, de
tractations, de profondes et inspirantes réflexions de la part des
parlementaires, des hommes politiques et de tous les caïmans émergeant
des profondeurs aquatiques pour proposer leur calcul savant sur le
temps de résidence du Premier ministre désigné. Avec à la clé des
propos sentencieux sur le respect scrupuleux dû à la Constitution.
Disons que l’on commence à peine avec Robert Manuel. On ne sait pas
quand ce sera terminé. Devra-t-on passer au suivant ? En tout cas, il
ne faut surtout pas aller trop vite, nous sommes pressés.

J’observe que de tous les citoyens soumis aux conditions strictes pour
remplir les hautes fonctions de l’État, (président de la République,
députés, sénateurs, membres du Conseil électoral, ceux de la Cour
supérieure et du Contentieux administratif), c’est le cas du candidat
désigné au poste de Premier ministre qui donne lieu à un tel tapage. À
cause sans doute de la délibération parlementaire. Qu’est-ce à dire?

3 – Tiens, on oublierait presque les élections sénatoriales qui
auraient dû avoir lieu depuis belle lurette. Le CEP se fait tout petit
et la loi électorale doit encore passer l’épreuve de l’objection du
président de la République. Résultat, les délais sont prolongés et le
mandat des élus se verra écourté de presqu’une année si l’on est
optimiste et si l’on écarte l’hypothèse des contestations qui
pourraient être soulevées sur la constitutionnalité de l’opération. Il
y a des précédents. Autre conséquence, la menace de la paralysie des
institutions que brandissent ceux qui ont décidé que la majorité
requise pour que le Sénat fonctionne est établie à 16 membres, étant
donné que l’effectif du grand corps est de 30. Or 10 sénateurs n’y
font plus partie parce que leur mandat est terminé, un a été exclu
arbitrairement par ses pairs pour cause de citoyenneté haïtienne
douteuse et un autre est décédé depuis environ deux ans. En vertu de
quoi donc, l’effectif du Sénat peut-il être maintenu à trente? Cet
effectif est de toute évidence fictif et ne pourra jamais être invoqué
dans quelque cas que ce soit. Le Sénat amputé ne peut l’être que
provisoirement. Le quorum doit être calculé en conséquence.

4 – Et puis il y a la question dramatique, celle qui, avec
l’insécurité, provoque le plus de réactions angoissées. La crise
alimentaire. Faut-il en parler vraiment? On aura compris que, dans
tous les cas, ces graves problèmes requièrent des interventions
urgentes articulées à une politique nationale que seul un gouvernement
en possession de tous ses moyens sera appelé à résoudre. Certes, la
lutte contre l’insécurité ne nécessite pas l’intervention d’un
gouvernement légitimement constitué, elle relève de l’action des
forces de sécurité et de la justice avec, comme il s’évidente, le
concours de la population. Mais la réorientation de la politique
économique, les choix nationaux qu’implique la lutte contre la cherté
de la vie, c’est autre chose que la liquidation des affaires
courantes.
no comments
diggit! del.icio.us! reddit!