HAITI-- Après le désastre -- Roody EDMÉ-- Sur le mode de l'urgence
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HAITI-- Après le désastre -- Roody EDMÉ-- Sur le mode de l'urgence         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Sep 15, 2008 08:56

Copie d'un message reçu :
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Editorial LE MATIN du 15 septembre 2008

Sur le mode de l’urgence

Par Roody EDMÉ

Jeudi soir, la Télévision nationale diffuse une réunion du cabinet de
crise de Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis autour des dispositions
mises en place à l’échelle nationale pour faire face aux désastreuses
conséquences des quatre ouragans qui ont ravagé le pays.

Tous les acteurs présents autour de la table semblaient convaincus que
*****ce lourd tribut, payé par notre peuple à la nature, était le
résultat de lustres d’indifférence et de saccages systématiques de
l’espace haïtien, comme s’il s’agissait d’une guerre permanente contre
nous-mêmes.*****

Un bel élan de solidarité est organisé ce dimanche 14 septembre par le
secteur privé des affaires supporté par des associations de médias,
pas forcément de même tendance. Comme si les souffrances infinies de
ce peuple méritaient enfin un geste de grandeur de ses élites dans une
diversité qui enrichit et qui inspire.

*****Mais comment faire pour que tout cela dure ?***** Qu’une fois les
mauvais moments passés, on ne revienne pas aux choix inconséquents et
au «bon dieu bon », comme si le pire n’était pas à venir.

Pourtant des chercheurs, intellectuels, et des éditorialistes de la
presse haïtienne n’ont jamais cessé d’attirer l’attention sur les
défis de l’espace haïtien : Georges Anglade a fait de cette question
un sacerdoce et, sur un plan plus sociologique, Laënec Hurbon n’a de
cesse d’interroger notre « rêve d’habiter » devenu, pour chacun
d’entre nous, un turbulent fantasme.

Déjà, les études de Gérard Holly avaient tiré la sonnette d’alarme sur
un environnement en crise, mais tout cela n’a pas convaincu nos
décideurs sur plusieurs dizaines d’années, et a plutôt servi à
alimenter, comme on dit en France, les conversations de « café du
commerce ». Et les images sombres d’un peuple en guenilles aux prises
avec une boue dévorante diffusées sur le Net parlent plus fort que les
politiques publiques étalées sur plusieurs générations.

À propos de la question stratégique de l’aménagement du territoire,
une amie me faisait remarquer « bó isit la, nou pap viv ansanb, se
sanble nou sanble yon kote ». Et la Première ministre l’a souligné à
la conférence du 11 septembre, il est temps de faire, de l’aménagement
du territoire, une priorité.

Les ministres de l’Agriculture et du Plan ont l’air d’avoir une claire
idée des politiques à appliquer pour commencer à sécher les larmes de
ce peuple, en mettant des garrots à cette longue et interminable
hémorragie environnementale. Le cabinet ministériel semble mobilisé et
le Parlement en campagne. Mais il faudra, pour citer le chef du
gouvernement, éviter le « lave men siye atè ». Pour cela, le
partenariat privé-public dans une perspective stratégique, fortement
défendu par le Dr Michel Lominy, ne devra plus être un vœu pieu.

Si notre État a gardé presque intacte une certaine capacité de
répression, ses possibilités de service se sont encore amoindries au
fil des crises.

Le gouvernement a aujourd’hui des pouvoirs étendus que lui confère
l’État d’urgence ; ce serait peut-être une occasion d’éliminer les
fourches caudines d’une bureaucratie qui réduisent en peau de chagrin
les politiques les plus prometteuses. Moult procédures archaïques par
ces temps de grande vitesse gênent la décentralisation des services
étatiques, paralysent les ministères et font passer les ministres les
plus « engagés » pour des « betizè ».

Changer l’État, c’est changer aussi les lois « éternelles » qui
entretiennent une culture managériale d’un autre siècle, m’avait dit,
un jour, feu Guy Malary, juriste de son état, lors d’une réflexion
intellectuelle avec Philippe Rouzier et d’autres amis autour « d’un
Mandat pour changer l’histoire ».

Une fois l’urgence passée, il faudra penser à opérationnaliser, de
manière effective, les mesures annoncées dans la déclaration de Madame
Pierre-Louis et rappelées par notre collaborateur Rock André, la
semaine dernière : « Une meilleure planification des dépenses et du «
cash flow » au niveau central et local afin d’augmenter les capacités
d’absorption des ministères » et, surtout, mettre en place ce groupe
de travail ad hoc devant répondre, de manière célère, aux offres
d’investissements étrangers et aux grands projets déjà soumis. Toute
chose qui ne devra pas faire double emploi, mais renforcer le travail
laborieusement commencé par le CFI.

Un des enjeux du moment consiste à établir la jonction entre le
politique et le scientifique. La politique moderne ne saurait se
passer de réflexion et de vision. Le jeu politique, chez nous, n’est
pas du tout irrigué par le travail des intellectuels d’ici et
d’ailleurs, ce qui le rend terne et brutal, improductif et entièrement
dominé par le choc douloureux des intérêts mal compris jusqu’à se
retrouver un mauvais jour dans l’œil du cyclone.

Il faut arrêter de considérer nos chercheurs et écrivains comme des
fous qui prêchent dans le désert.

Un désert qui se fait de plus en plus menaçant. De ce point de vue,
l’œuvre de Roumain apparaît comme un horizon indépassable.

Par Roody Edmé

lundi 15 septembre 2008
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