HAITI-- Élections américaines -- Nancy ROC -- De Denver à Port-au-Prince
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HAITI-- Élections américaines -- Nancy ROC -- De Denver à Port-au-Prince         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Sep 5, 2008 09:04

Copie d'un message reçu :
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De Denver à Port-au-Prince : peut-on encore rêver ?

par Nancy ROC

La Convention nationale du Parti démocrate américain qui s’est
déroulée à Denver au Colorado, du 25 au 28 août, constitue une grande
première dans l’histoire des campagnes électorales américaines. Quelle
que soit l’issue de l’élection présidentielle du 4 novembre 2008, elle
marquera un tournant dans l’histoire des ÉtatsUnis d’Amérique. Si le
ticket Obama/Biden l’emporte face à celui de McCain/Palin, ce sera un
des événements majeurs du XXIe siècle. Mais la Convention en soi est
déjà, à plus d’un titre, un événement monumental tant pour les États-
Unis que pour le reste du monde.

En premier lieu, les chiffres autour de la 45e Convention du Parti
démocrate sont impressionnants : plus de 140 millions de dollars
investis dans l’organisation et le dispositif de sécurité, plus de 40
millions de téléspectateurs à travers notre planète, sans compter les
15.000 journalistes venus du monde entier, les 4.000 délégués
démocrates et plus de 80.000 partisans rassemblés au stade Invesco
Field de Denver.

En second lieu, la stature des intervenants et la qualité de leurs
interventions ont transformé cette Convention en une véritable messe
démocratique, ponctuée de moments d’émotion et de grande ferveur. La
première journée, le lundi 25 août, a été marquée par l’intervention
de Michelle Obama, qui a donné le ton pour le sacre de son mari et
celle, très émotionnelle pour le public, du sénateur Ted Kennedy,
atteint d’un cancer incurable au cerveau. L’icône de la gauche
américaine avait prévu de s’exprimer dans un message enregistré, mais
il est venu personnellement faire vibrer les partisans qui, sans aucun
doute, savaient que Kennedy participait à sa dernière Convention. «
Rien, rien n’aurait pu m’empêcher d’être à cette réunion ce soir », a-
t-il dit, promettant d’assister à la prestation de serment du «
président Obama » en janvier prochain. Un moment historique qui a
marqué cette première journée.

Le lendemain, Hillary Clinton, rivale malheureuse de Barack Obama
durant les primaires, «rocked the house », pour reprendre l’expression
de Barack Obama qualifiant l’intervention de la sénatrice de New York.
Mais c’est le 27 août, au moment où les délégués devaient choisir
entre Hillary Clinton et Barack Obama, dans un vote essentiellement
symbolique, quand l’ex-First Lady, elle-même déléguée, a demandé à ses
collègues d’interrompre le vote pour élire Obama par acclamation, que
le Parti démocrate a démontré son unité et sa capacité de surpasser
ses luttes intestines. Autre séquence électrique et chargée de
ferveur.

Lors de la soirée du 27 août, l’émotion est montée encore d’un cran
avec le discours de l’ancien président Bill Clinton devant une salle
en délire. Dans l’un de ses discours dont il a le secret, ce dernier a
demandé aux 18 millions d’électeurs qui ont plébiscité sa femme
Hillary au cours (lors) des primaires démocrates, d’appuyer Barack
Obama, un homme qu’il a décrit comme « l’incarnation du rêve américain
au 21e siècle ». Toutefois, c’est Beau Biden, 39 ans, procureur
général du Delaware et fils aîné du colistier d’Obama, Joe Biden qui a
presqu’éclipsé la prestation de Bill Clinton. Beau Biden a raconté
pourquoi son père compte beaucoup d’admirateurs. Et de fait, le
parcours personnel de Joe Biden, avec ses épreuves et ses échecs, a de
quoi toucher le public. D’origine plutôt modeste, il est élu au Sénat
à 29 ans, juste avant d’être frappé par un drame terrible : sa femme,
Neilia, et sa petite fille sont tuées dans un accident de voiture.
Leurs deux petits garçons sont grièvement blessés. Le jeune politicien
prêtera serment devant leur lit d’hôpital et entamera une navette
quotidienne entre Washington et Wilmington, la capitale du Delaware,
pour s’occuper de ses fils. Beau Biden a terminé son discours en
demandant aux partisans démocrates de prendre soin de son père comme
son père avait pris soin de lui. L’émotion était à son comble et même
les hommes pleuraient dans l’arène du Pepsi Center de Denver. Quant à
Joe Biden, il a été à la hauteur de sa réputation de pitbull politique
en délivrant des attaques mordantes envers ses adversaires
républicains et en particulier John McCain. La parfaite orchestration
médiatique de la Convention des démocrates s’est achevée avec une
apparition « surprise » de Barack Obama sur la scène du Pepsi Center.
Le lendemain, le discours du premier Noir investi officiellement comme
candidat à la Maison Blanche par le Parti démocrate américain est
entré dans l’Histoire de États-Unis et du monde entier.

Les leçons à tirer de cette Convention

Elles sont nombreuses ces leçons et nous ne saurions toutes les
évoquer dans cet article. Politiquement, il faut tout d’abord noter
qu’au-delà du «show» médiatique de cette Convention et du «big boost»
qu’elle a donné à Obama, au final, il y a eu (enfin ! comme le
signalaient des commentateurs politiques) un vrai passage de témoin
entre le clan Clinton et sa mainmise sur le Parti et un nouveau
tandem, une nouvelle locomotive pour le Parti, à savoir le duo Obama/
Biden.

Ensuite, cette Convention a permis au Parti démocrate de resserrer ses
rangs à deux mois des élections. Alors qu’à son ouverture, le journal
USA Today révélait que 30 %% des démocrates n’ayant pas digéré la
défaite d’Hillary Clinton pendant les primaires, ne voteraient pas
pour M. Obama en novembre, quitte à choisir M. McCain; cette tendance
s’est retournée suite au discours d’Hillary le 26 août. Cette
dernière, au-delà de sa déception personnelle, a réussi à paraître
convaincante et surtout à souligner l’importance d’unifier le Parti. «
Je veux que vous vous demandiez : étiez-vous dans cette campagne pour
moi ? Ou l’étiez-vous pour ce Marine et d’autres tels que lui ?
L’étiez-vous pour cette mère atteinte du cancer et qui se bat pour
élever son enfant ? L’étiez-vous pour tous ces gens qui se sentent
invisibles dans ce pays ?», a-t-elle questionné. Loin de vouloir
reprendre tout son discours, nous ferons ici la liaison avec Haïti
avec ses phrases suivantes : « Nous avons besoin d’un président qui
comprenne que le génie américain vient de la force et de la vitalité
de sa classe moyenne (…) Barack Obama sait que (l’essence) du
gouvernement réside dans (la notion) « Nous, le peuple » et non dans «
Nous, les quelques privilégiés ». Première leçon à retenir pour nous,
Haïtiens.

Nous devons finir par comprendre et admettre que lorsque l’on dit « le
peuple » haïtien, cela inclut TOUS LES HAÏTIENS et non uniquement les
masses populaires. Il faut aussi l’imposer à nos dirigeants qui
s’amusent à nous diviser. À l’inverse, les « quelques privilégiés » du
secteur privé proche de Préval ne peuvent vouloir continuer à
accumuler des richesses au détriment du pays. Si la Constitution
haïtienne est le seul ciment qui unit les Haïtiens, il est plus que
temps que notre mentalité change et que nous fassions passer le pays
avant les intérêts personnels des uns et des autres. Il faut aussi que
nos dirigeants arrêtent de nous dresser les uns contre les autres,
mais travaillent à nous unir, les uns aux autres, pour construire
Haïti. Il faut le leur exiger, voire l’imposer.
D’autre part, récemment, le journal Le Monde a souligné comment la
«marche» de Barack Obama a réconcilié les Noirs avec l’histoire de
leur pays. « Mais nous ne pouvons pas marcher seuls », a-t-il dit dans
son discours du 28 août, en reprenant un appel du Dr. Martin Luther
King. « La candidature de Barack Obama est historique à plus d’un
titre. Il est le premier Noir ou métis à pouvoir prétendre à devenir
le commandant en chef des armées, alors que son parti comptait il y a
quarante ans des élus qui s’opposaient à la déségrégation de l’armée.
Historique, parce qu’elle signale un changement dans la société. « Un
changement dans la manière dont nous Américains nous voyons nous-mêmes
», dit le professeur Mark Sawyer, directeur du centre d’études sur la
race et la politique de l’université de Californie UCLA», souligne Le
Monde (1). Là encore, tirons-en la leçon et ayons, nous Haïtiens, le
courage de faire notre introspection. Arrêtons, une fois pour toutes,
de nous diviser en classes : le peuple contre les bourgeois et vice-
versa, les Noirs contre les métis. Nous sommes tous Haïtiens, Bon
Dieu ! Arrêtons de nous conduire et de nous parler comme les colons le
faisaient envers nous et vice-versa ! Ça suffit ! comme s’est exclamé
Barack Obama. Nous devrions nous dire la même chose et surtout
l’appliquer. Barack Obama a réussi à combattre pour l’égalité des
Noirs dans une vision INCLUSIVE de ces derniers dans l’histoire des
États-Unis. Ainsi, aujourd’hui, Martin Luther King et ses compagnons
deviennent des Pères fondateurs des États-Unis au même titre que
Jefferson ou Washington. Les États-Unis ont 232 ans d’histoire, nous
203 : pourquoi cette immense différence dans l’évolution des peuples
de ces deux pays ? Je crois profondément que cela réside dans notre
mentalité autant que dans celle de nos dirigeants : les Américains
adorent leur pays, leur patrie; nous, nous détestons Haïti et la
percevons comme une terre de transit depuis l’époque de l’esclavage.
Pourtant, les Noirs Américains ont, eux aussi, été arrachés de
l’Afrique Mère et, pourtant, ils ont fait des États-Unis leur pays.
Alors, exit à ceux qui voient dans l’esclavage une excuse facile et
permanente à nos affres !

Enfin, arrêtons d’être de mauvaise foi. J’ai entendu plusieurs
Haïtiens pro-Hillary Clinton, comparer Obama à Aristide. Quelle
insulte pour ce brillant sénateur mais aussi pour tous les diplômés
universitaires américains qui ont fait un choix éclairé sans évoquer
le reste du monde, en particulier l’Europe et l’Afrique qui n’ont pas
échappé à l’Obamania. Inutile d’évoquer ici tout ce qui le sépare
d’Aristide, ce serait une perte de temps et surtout un manque de
respect envers le lectorat du journal Le Matin.

Barack Obama peut changer l’image de l’Amérique mais il n’a rien d’un
messie. Son discours, très pragmatique, du 28 août 2008 l’a prouvé non
seulement en acceptant sa nomination à la présidence avec « gratitude
et humilité » mais en reconnaissant sa différence et non en s’en
vantant : « Je sais bien que je suis un candidat improbable. Je n’ai
pas le pedigree idéal. Je n’ai pas passé ma carrière dans les allées
du pouvoir », a-t-il dit; mais avec la phrase suivante, il a résumé sa
montée imprévisible et fulgurante : « je suis devant vous ce soir
parce que dans tous les États-Unis, quelque chose est en train de se
passer. Ce que ceux qui dénigrent ne comprennent pas, c’est que dans
cette élection, il ne s’est jamais agi de moi. Il s’est agi de vous ».
C’est ce qu’Hillary n’a pas compris pendant les primaires et c’est ce
que John McCain ne comprend toujours pas aujourd’hui. Ce quelque
chose, c’est une vision de l’Amérique que le monde n’arrive toujours
pas à saisir et les Américains non plus peut-être. Ce changement n’est
plus seulement palpable, il est définitivement enclenché et ceci,
quelque soit le résultat du scrutin de novembre prochain. Les États-
Unis ne sont plus ce qu’ils étaient mais, peut-être plus que jamais,
ils peuvent montrer le chemin du monde de demain. Un monde de plus en
plus métissé, un monde au visage plus humain face à une machine
globalisante sans pitié, un monde où l’espoir est de nouveau permis
alors qu’on ne l’attendait plus, un monde ou quelqu’un avec chacun
peut faire la différence. Et nous ? Quand pourrons-nous encore (ou
enfin) rêver?

Montréal, le 31 août 2008.

1) Corine Lesnes, La « marche » de Barack Obama réconcilie les
Noirs avec l’histoire du pays, Le Monde, 29 août 2008.

Par Nancy Roc
LE MATIN mardi 2 septembre 2008
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