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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Dec 7, 2007 11:32

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Éditorial LE MATIN du 7 décembre 2007

Le << Non >> de la démocratie vénézuélienne

Par Sabine Manigat

sabine.manigat@lematinhaiti.com

Uruguay, 1980. Une dictature militaire sévit dans ce petit pays
d'Amérique du Sud, comme d'ailleurs dans le reste du Cône sud. En
effet, à cette époque, huit régimes politiques de fer, contrôlés par
des armées fascistoïdes, ont annihilé toutes les expressions et les
droits constitutifs de la démocratie dans le sous-continent.
L'opération << Condor >> torture et tue tout ce qui ressemble à une
quelconque résistance. C'est dans ces conditions que les militaires
proposent à la nation uruguayenne exsangue (un tiers de la population
s'est exilée) une nouvelle constitution destinée à remplacer celle qui
avait été suspendue par eux depuis le 27 juin 1973. Le 30 novembre
1980, c'est la surprise, et la gifle pour les militaires alors tout-
puissants : par plus de 57 pour cent des votes exprimés, les
Uruguayens disent << Non >> à la pérennisation de la dictature. Je me
souviens encore du bonheur, mêlé de fierté, d'un collègue et ami
uruguayen, exilé par la dictature, lorsqu'il nous a appris
l'événement. Ce vote profondément, authentiquement civique, a marqué
un tournant politique en Amérique du Sud et accéléré la déconfiture du
régime militaire qui a été renversé par des élections en 1984. Mais,
plus encore, le refus civique de l'Uruguay, trop peu connu hélas par
l'opinion aujourd'hui, est la manifestation d'une maturité politique
dont on a hélas peu d'exemples de nos jours.

Le cas du << Non >> au referendum vénézuélien est-il comparable ? S'agit-
il du même réflexe ? La comparaison peut paraître choquante pour des
sensibilités de gauche qui considèrent, avec quelque raison à mon
avis, qu'Hugo Chavez est bien plus qu'un illuminé populiste et que sa
popularité peut être diversement évaluée quant à son importance, mais
est bien réelle. Car, au contraire des militaires dans le Cône Sud,
jusqu'à ce dimanche 2 décembre, le pouvoir de Chavez n'avait connu
aucun revers depuis 1999. La presse internationale l'a assez répété
tout en appréciant diversement l'événement d'ailleurs. El Pais
espagnol, par exemple, estime que << le charme est rompu >> pour le
président Chavez, tout en faisant remarquer justement que <<
probablement, rien de substantiel ne va changer dans le quotidien du
Venezuela.>> (4 décembre). L'analyste politique de gauche, Raùl
Zibechi, souligne surtout qu'avec ce << non >> le Venezuela a d'abord
démontré qu'il est un pays doté d'institutions démocratiques et d'un
système électoral fiable. Il ajoute aussi, et cela est juste
également, que < l'échec de sa proposition de réforme constitutionnelle malgré des
résultats serrés >>.

Les situations en Uruguay et au Venezuela sont donc très distantes,
dans le temps comme dans la substance. Il reste qu'il s'agit bien de
deux << non >> historiques que de nombreux analystes, dans les deux cas,
croyaient improbables. On peut en tirer bien des leçons, dans un sens
ou dans un autre, c'est-à-dire <> ou <> le président du
Venezuela. Je retiens pour ma part ce qu'on pourrait appeler un
instinct de conservation politique des peuples, une sorte de sagesse
découlant du principe selon lequel l'excès en tout nuit. Ainsi, un de
mes proches est d'avis que Chavez l'aurait emporté haut la main sans
cette clause de réélection indéfinie. Je crois aussi que nous avons là
un message encourageant sur la possibilité d'un recul du populisme
malgré les tentations qu'alimente la spectaculaire montée de
l'exclusion partout dans le monde. Comme quoi, la responsabilité
citoyenne a encore un avenir devant elle. Mais surtout le résultat du
2 décembre indique, en tout cas il est agréable de le croire, que les
urnes peuvent encore servir à quelque chose. Le vote aurait une
importance qui transcende le pouvoir de la force et qui obligerait les
gouvernants à y rechercher leur légitimation même et surtout, pourrait-
on dire, dans le cas d'un pouvoir de nature autoritaire ou tenté de le
devenir. En tout cas, le Venezuela a dit le << non >> de la démocratie.

LE MATIN vendredi 7 décembre 2007
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