Re: BOURJOLLY -- Reflexions sur la campagne démocrate.
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Re: BOURJOLLY -- Reflexions sur la campagne démocrate.         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: annick.regnauld
Date: Mar 29, 2008 08:11

On 29 mar, 15:48, Annette wrote:
> Copie d'un message reçu :
> -------------------------------------
>
> Ci-joint un texte de Jean-Marie Bourjolly, professeur à l'UQAM. Le
> texte a paru dans l'édition du 28 mars de LE MATIN. Grâce à l'auteur
> j'ai pu conserver l'intégrité typographique (italiques) significative
> que le journal a oublié.
>
> Je ne peux m'empêcher de signaler, outre le style et l'articulation
> critique du développement, une lecture parallèle que pourrait
> s'aventurer de faire un Haïtien en pensant à son pays. Je m'excuse
> d'avance auprès de ceux qui m'accuseront de mélanger les pommes et les
> oranges. Je me contente donc d'appuyer sur la touche << Envoyer >> de
> l'ordinateur.
>
> Adrien
> ---------------------------------------------------------------------------
>
> En avoir ou pas
>
> Jean-Marie Bourjolly
>
> La campagne électorale aux USA me parvenait de loin comme le ronron
> d'un moteur qu'on laisse tourner à l'arrêt : suffisamment bruyant et
> monotone pour être dérangeant sans pour autant constituer une
> véritable nuisance. La nuisance venait de ce nom que j'entendais
> prononcer à longueur de journée par les femmes de mon entourage, un
> nom à consonance étrangère auquel l'accent anglais donnait une allure
> vaguement sensuelle. Belle gueule et sweet-talker avec ça. C'est pas
> juste. On devrait voter une loi contre les individus comme ce Barack
> Obama, à qui il suffit d'ouvrir la bouche pour séduire les honnêtes
> femmes.
> Je ne sais plus qui a dit que l'expérience déforme. C'est sans doute
> vrai dans mon cas. Je suis plutôt du genre émotif et me laisse
> facilement gagner par un texte bien torché, par un discours bien
> scandé. J'ai appris à me méfier de cet aspect de moi-même, à bouder
> mon enthousiasme. Par ailleurs, il m'est arrivé, il y a une vingtaine
> d'années, d'appuyer la candidature d'un collègue à un poste
> prestigieux en me disant que ce serait bien, pour la première fois au
> Canada, d'avoir un Noir à un tel poste. Las! Son administration fut
> marquée par l'incompétence et une impardonnable faiblesse de
> caractère. J'ai eu ma leçon et me suis juré qu'on ne m'y reprendrait
> plus, avec pour résultat que je me suis plu pendant un bon moment à
> contrarier mon amie en jouant au cynique face à son candidat favori,
> celui que j'appelle l'homme de sa vie.
> Un matin que je paressais au lit, comme presque tous les jours,
> écoutant distraitement Radio-Canada en attendant de rassembler
> suffisamment d'énergie pour me lever, je fus, audience captive, témoin
> d'une discussion entre quatre femmes sur ce candidat démocrate qui
> faisait les manchettes. Outre l'animatrice de l'émission et ses deux
> complices du vendredi, il y avait là l'auteure d'une télésérie à
> succès; à en juger par ce qu'elle disait d'elle-même et surtout par le
> ton sur lequel elle le disait, je n'avais pas besoin de la voir pour
> me la représenter comme une arriviste qui déplace beaucoup d'air. Ce
> qui m'a frappé, c'est qu'en plus de vingt minutes de conversation, pas
> une seule fois elle n'avait prononcé le nom de celui qu'elle s'était
> obstinée à appeler << Monsieur >>. Que lui reprochait-elle?
> Essentiellement de se trouver sur la route de la candidate démocrate.
> Il y a de la part des Clinton et de certains de leurs partisans le
> sentiment douloureux qu'il leur est dénié une chose qui leur revient
> de droit. Et par qui, je vous le demande? Par un << kid >>, comme dit
> Bill Clinton. C'est un sentiment de frustration qui s'est révélé
> suffisamment puissant pour altérer leur jugement. À moins que ce ne
> soit tout simplement un échantillon du cynisme dépourvu de principes
> qu'on leur prête. Que penser en effet quand, faisant bon marché de la
> longue lutte pour l'égalité et la justice, ils pointent une évidence
> on ne peut plus banale, à savoir que la loi sur les droits civils a
> été signée par un Blanc? On ne sache pas que la loi reconnaissant le
> droit de vote aux femmes ait été signée par une femme. Doit-on en
> conclure qu'elle fut purement et simplement le résultat de la
> bienveillance de l'homme qui l'a signée?
> C'est l'arriviste de la radio et la mauvaise foi des Clinton qui m'ont
> décidé à suivre les péripéties de la campagne à la candidature. Pas
> pour longtemps. J'ai à moitié décroché d'Obama, pour qui je commençais
> à me prendre d'affection, quand il a reconnu avoir utilisé des
> fragments de discours du gouverneur du Massachusetts Patrick Deval
> sans les lui créditer. C'est quoi l'idée de ne pas rendre aux autres
> ce qui leur revient? Pourquoi donner aussi facilement des armes à ses
> adversaires et se condamner ainsi à << faire petite figure >> devant
> eux? J'ai achevé de décrocher quand on a révélé qu'un de ses
> conseillers avait fait savoir au gouvernement canadien qu'il ne devait
> pas s'inquiéter au sujet d'une éventuelle dénonciation de l'ALÉNA,
> l'accord de libre-échange nord-américain. Dire une chose en public à <<
> son peuple >> et son contraire en privé à une puissance étrangère,
> n'est-ce pas faire montre d'absence de scrupules? Je veux bien croire
> que tout le monde procède ainsi; d'ailleurs n'a-t-on pas rapporté que
> madame Clinton avait elle aussi contacté le premier ministre du
> Canada? Mais quand on prétend faire la politique autrement, c'est pas
> fort. Et tant qu'à être cynique, autant s'arranger pour ne pas se
> faire prendre.
> Noir. Femme. Nous avons dans cette élection un Noir et une femme et
> c'est une chose dont je suis fière, répète ad nauseam madame Clinton.
> Quelle fierté y a-t-il à être une chose dans laquelle notre volonté et
> notre talent interviennent pour zéro? Ne s'agit-il pas, en réalité,
> d'un langage codé qui vise à réduire le candidat noir à sa base
> ethnique, soit environ 12%% de la population, tout en battant le rappel
> du vote des femmes, groupe majoritaire s'il en est?
> Noir. Femme. Les efforts n'ont pas manqué pour faire dévier le
> processus électoral de ce qui aurait dû être son véritable objectif.
> Car que veut-on en fait? Porter pour la première fois un Noir ou une
> femme à la présidence? Ou élire la personne que l'on pense être la
> plus capable d'assumer la lourde responsabilité de diriger ce pays,
> voire le monde? Élire quelqu'un qui sera prêt dès le premier jour?
> C'est l'évidence même. Mais comme dit mon amie, confieriez-vous votre
> vie à quelqu'un sur la seule base de son expérience en tant que
> conjoint d'un chirurgien réputé?
> Noir. Comment comprendre qu'une Geraldine Ferraro ait pu, sans se
> tordre de rire, attribuer le succès de Barack Obama au fait d'être un
> homme noir? Bêtise insondable? Aveuglement? Ou entreprise délibérée
> d'imposer la carte raciale dans le jeu?
> Noir. Aux USA, la prière - incontournable - d'un candidat noir, à
> réciter à tout moment, devrait être : << Mon Dieu, protégez-moi de mes
> brothers! >> Au premier rang desquels on trouve l'ineffable Louis
> Farrakhan, dont le fonds de commerce est fait d'un antisémitisme
> particulièrement tonitruant. En perte de vitesse et passablement
> discrédité, il en est réduit, pour faire la manchette des journaux, et
> il ne s'en prive pas, à jouer les trouble-fête, à << pisser sur le
> défilé >> comme on dit si bien dans son pays. Vous êtes << l'espoir du
> monde entier >>, dit-il de vous : difficile d'imaginer baiser de la
> mort plus efficace. Et quand circule sur l'internet une vidéo montrant
> le pasteur de votre lieu de culte - cet << oncle >>, comme vous dites -,
> Noir comme vous, qui a célébré votre mariage et baptisé vos filles, en
> train de crier << God damn America! >>, vous avez comme qui dirait un
> méchant problème sur les bras.
> Que faire? Se défiler? Ou prendre le problème à bras-le-corps? Malgré
> le détachement que je m'impose depuis quelque temps, j'ai pris la
> peine d'écouter intégralement le discours solennel que Barack Obama a
> prononcé cette semaine à Philadelphie, tout près d'Independence Hall,
> où furent signées la Déclaration d'indépendance et la Constitution des
> USA. Je l'ai écouté à l'instar, j'imagine, d'un amateur de golf qui se
> demande comment tel joueur va s'y prendre pour faire sortir sa balle
> du carré de sable dans lequel elle est allée se perdre.
> D'entrée de jeu, il affirme que la Constitution des USA était, au
> moment où elle fut adoptée, un document << inachevé >>: << Il était
> souillé par l'esclavage, péché originel de cette nation >>.  Il
> rappelle que les textes fondateurs invoquent les idéaux de liberté,
> d'égalité et de justice, et poursuit : << Cependant, ces mots écrits
> sur un parchemin devaient se révéler impuissants à libérer les
> esclaves de leurs chaînes ou à assurer aux hommes et femmes de toutes
> les couleurs et de toutes les croyances la plénitude de leurs droits
> et obligations en tant que citoyens des États-Unis. Il faudra que des
> générations successives d'Américains mettent en application leur désir
> d'apporter leur contribution - à travers leur lutte et leurs
> protestations, dans les rues et devant les tribunaux, à travers une
> guerre civile et la désobéissance civile, et toujours en assumant de
> grands risques - pour réduire le fossé entre les promesses de nos
> idéaux et la réalité de leur temps. >>
> Obama aborde de front la controverse autour des déclarations
> incendiaires de son pasteur, celui par qui le scandale est arrivé. Va-
> t-il rejeter l'homme après avoir condamné ses idées << en termes non
> équivoques >>? << Aussi imparfait soit-il, il a été comme un parent pour
> moi [...] Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-
> mère blanche [...] une femme qui m'aime autant que n'importe quoi dans
> ce monde, mais aussi une femme à qui il est arrivé de confesser la
> peur que lui inspirent les hommes noirs qu'elle croise dans la rue et
> qui, en plus d'une occasion, a fait usage de stéréotypes raciaux ou
> ethniques qui m'ont irrité. Ces gens font partie de moi. Et ils font
> partie de l'Amérique, le pays que j'aime. >>
> Le révérend Wright et son église, souligne-t-il, portent en eux des
> contradictions - bonté et cruauté, amour et amertume - qui sont le
> reflet de l'expérience noire aux USA. La colère qui s'exprime à
> l'occasion dans ses sermons prend sa source dans le souvenir des
> humiliations, du doute et de la peur des gens de sa génération. Cette
> colère n'est donc pas le simple effet d'une lubie des Noirs. Obama en
> examine longuement les racines; il évoque également le ressentiment de
> certains secteurs blancs, qui se fonde sur des inquiétudes légitimes.
> La colère des Noirs et la colère des Blancs sont aussi réelles l'une
> que l'autre. Les rejeter du revers de la main et souhaiter qu'elles
> disparaissent d'elles-mêmes, les condamner sans les comprendre, cela
> ne peut qu'élargir << l'abîme du malentendu qui existe entre les races
> [...] et bloque[r] le chemin vers la compréhension. >> Obama redit sa
> confiance dans l'avenir de son pays, dans la capacité de ses
> concitoyens à concrétiser les idéaux de la Constitution : << L'Amérique
> peut changer. C'est en cela que réside le vrai génie de cette nation
> [...] Il faut pour cela que chaque Américain réalise que les rêves des
> autres ne doivent pas nécessairement se réaliser au détriment des
> siens. >> Je l'écoutais, et j'avais le sentiment d'assister à un
> événement dont les réverbérations se feront peut-être sentir pendant
> longtemps, car il avait exposé au grand jour un sujet toujours présent
> mais que l'on aime mieux faire semblant d'ignorer, comme s'il
> n'existait pas. Il l'avait examiné en profondeur, en nommant les
> choses et en en démontrant la complexité. Sans compromis sur le fond,
> et cependant de manière équilibrée, avec générosité et ouverture.
> Il aurait pu se défausser de son pasteur dans l'espoir chimérique de
> sauvegarder ses chances à l'investiture démocrate. Il aurait pu faire
> comme Bill Clinton quand il pataugeait lamentablement en argumentant
> que ce qui s'était passé entre lui et << this woman >> c'était tout ce
> qu'on voulait sauf des relations sexuelles. S'il avait choisi cette
> voie, il aurait compromis son intégrité sans pour autant mettre un
> terme à la controverse. Il a plutôt choisi de s'élever à la hauteur de
> l'immense défi que constitue la prise en compte des blessures et
> divisions héritées du passé, étape obligée sur le chemin de leur
> dépassement subséquent, et il convie l'ensemble des citoyens de son
> pays à le suivre dans cette voie. Il est possible - l'avenir le dira -
> que son pays ne soit pas prêt pour une entreprise d'une telle
> complexité, ou ne soit pas capable, tout simplement, d'une telle
> démarche, qui exige générosité et grandeur d'âme. Il est aussi
> possible que ce discours fasse en définitive plus de tort que de bien
> à sa candidature. On peut d'ailleurs compter sur ses adversaires et
> sur la presse pour en tordre chaque mot, chaque virgule, chaque
> intonation, et s'en servir pour essayer de le faire trébucher. Et il
> n'est pas sûr, par ailleurs, que la majorité des électeurs ait envie
> d'entendre des vérités inconfortables ou de faire l'effort d'aller au-
> delà de la politique-spectacle-diversion. Il est donc possible
> qu'Obama ne soit jamais président ni même choisi par son parti à cause
> justement des retombées de ce discours. Mais il aura, quoi qu'il
> arrive, fait preuve de caractère et posé un jalon dans la longue
> marche vers ce qu'il qualifie de parachèvement de l'union.
>                                                                                 23 mars 2008
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Si vous mélangez quelque chose ce sont des fruits...pour ceux qui
aiment les fruits ,ce texte est bon bon bon...
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