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Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: Annette
Date: Jul 2, 2008 07:58

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AMÉRIQUE LATINE • Le réveil des “Afrodescendientes”

Dans la plupart des pays de la région, la population d’ascendance
africaine commence tout juste à faire valoir ses droits. Et à acquérir
un poids dans la sphère politique.

Je dis toujours que, si l’Espagne est notre mère, l’Afrique l’est
beaucoup plus.” Hugo Chávez avait surpris les observateurs en tenant
ces propos lors d’une visite en Gambie, il y a deux ans. Le président
vénézuélien a abordé à nouveau le sujet à plusieurs reprises, évoquant
même ses propres racines africaines. Il n’y a encore pas si longtemps,
il aurait été inconcevable qu’un grand dirigeant latino-américain
tienne un tel discours. Mais, aujourd’hui, on assiste en Amérique
latine à un réveil de la conscience noire. Enhardis par les résultats
obtenus par leurs compatriotes amérindiens, les Afrodescendientes,
comme on appelle les descendants d’Africains, font pression sur les
gouvernements pour voir reconnaître leurs droits à la terre et obtenir
une amélioration de leurs conditions de vie dans les bidonvilles et
les villages. Ce phénomène n’est pas tout à fait nouveau. Les
descendants d’esclaves africains ont un poids politique depuis un
certain temps déjà en plusieurs endroits du sous-continent. C’est
notamment le cas dans les Antilles anglophones, où les dirigeants
politiques noirs sont la norme. Il en va de même au Brésil, où près de
la moitié des 192 millions d’habitants sont d’ascendance africaine :
le membre le plus influent de la Cour suprême, Joaquim Barbosa, est
noir, de même que le musicien Gilberto Gil, ministre de la Culture du
président Lula depuis 2003.

Mais, dans le reste de l’Amérique latine, les Noirs restent une petite
minorité marginalisée (estimés à 20 millions, ils seraient beaucoup
plus nombreux selon les militants). Les chiffres reflètent leur statut
de citoyens de seconde classe. Ainsi, en Équateur, la communauté
noire, qui représente 5 %% de la population, affiche un taux de chômage
de 14,5 %% [contre 9,6 %% pour l’ensemble de la population]. La Colombie
voisine abrite 10,5 millions d’Afrodescendientes – la troisième
population noire du continent, après le Brésil et les États-Unis –
mais seuls 20 %% d’entre eux ont accès à l’eau potable et à
l’électricité (contre 60 %% pour le reste de la population), et la
mortalité infantile est chez eux trois fois supérieure à celle des
Blancs.

Aujourd’hui, les communautés noires s’organisent et réclament du
changement. Au Honduras, les Garifunas, comme on appelle les habitants
d’ascendance africaine, ont organisé des manifestations dans la
capitale, Tegucigalpa, pour protester contre un projet d’amendement de
la Constitution visant à autoriser l’achat par des étrangers de
terrains sur la côte atlantique, que les Garifunas considèrent comme
leur terre depuis 1797. Le cœur du mouvement se situe toutefois en
Colombie. Plus d’un tiers des 3,2 millions de Colombiens déplacés par
l’interminable guerre civile sont d’ascendance africaine, de même que
la plupart des marchands des rues et des mendiants aux carrefours
encombrés de Bogotá. Des ONG locales et étrangères se démènent
aujourd’hui pour attirer l’attention sur leur sort. Et, dans toute la
région, des hommes et des femmes noirs font œuvre de pionniers.
Graciela Dixon est devenue la première Noire présidente de la Cour
suprême du Panamá en 2005, et le policier colombien Luis Alberto Moore
est parvenu au rang de général, une première pour un Afrodescendiente.
Pour autant, beaucoup de Latino-Américains noirs hésitent encore à
reconnaître leur ascendance, ce qui n’aide pas leurs communautés à
accroître leur influence.

“Une victoire de Barack Obama serait quelque chose d’extraordinaire”,
s’exclame Ernesto Estupiñan, maire de la ville majoritairement noire
d’Esmeraldas, en Equateur. “Ce serait un énorme signe d’encouragement
pour nous tous.” D’ailleurs, si Obama parvient à la Maison-Blanche,
l’un de ses slogans favoris pourrait bien prendre racine chez ses
frères afro-américains du Sud : “Sí, se puede !” (“Yes, we can” ;
“Oui, nous pouvons”).

Joe Contreras
Newsweek
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