Re: Aimé Césaire, Adieu au Nègre majuscule
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Re: Aimé Césaire, Adieu au Nègre majuscule         

Group: soc.culture.haiti · Group Profile
Author: annick.regnauld
Date: Apr 23, 2008 12:00

On 23 abr, 18:09, annick.regna...@gmail.com wrote:
> On 23 abr, 13:39, Annette wrote:
>
>
>
>> Copie d'un message reçu :
>> -------------------------------------
>
>> AIMÉ CÉSAIRE, ADIEU AU NÈGRE MAJUSCULE
>
>> Je pleure Aimé Césaire aujourd'hui. C'est l'heure où j'ai autant envie
>> de garder le silence car tout ne peut être dit de ce qui n'est pas
>> chanté dans le chant. Je pleure Aimé Césaire aujourd'hui… J'entends
>> les démons vibrant de mort qui versent la mort sur l'homme. J'entends
>> le vent d'îles, «la brise de mer est sur les cayes», la caye de
>> Martinique qu'il a tant aimée et parcourue au gré des chemins-chiens.
>> Car la vie et la mort du poète agrandissent son île à la démesure de
>> l'univers.
>
>> Ce qui me rend son île encore plus proche, c'est la lutte que mène son
>> peuple pour la survie en un étrange combat, subtil et raisonné selon
>> moi, en « pays dominé », au moyen des « armes miraculeuses » qu'a
>> fondues le poète. Et j'ai nécessité de dire combien nous chérissons la
>> valeureuse Martinique dont beaucoup d'Haïtiens sont originaires y
>> compris le plus sanglant de nos dictateurs. Et j'ai besoin de chanter
>> qu'elle a fait don à notre histoire de tant de héros venus combattre à
>> Saint-Domingue, à Savannah, au Vénézuéla pour la liberté. Et j'ai
>> matière à louanger le président Lysius Félicité Salomon qui fit venir
>> en Haïti, à la fin du 19ème siècle, plus de 1500 professeurs de la
>> Martinique avec leurs familles, dans le cadre de la politique de
>> modernisation de l'éducation. Et j'ai honneur respect à trouver un
>> jour, par une ironie de l'Histoire, la tombe de mon aïeul enterré au
>> cimetière de Fort-de-France. Et l'autre encore, républicain fuyant Les
>> Cayes (Saint-Domingue) en 1800, rejoignant la révolution en
>> Guadeloupe, lieutenant de l'immortel Delgrès, pendu peu après par les
>> Français.
>
>> Qu'une si fragile caye, Eden au parfum de soufre, ait enfanté tant
>> d'hommes illustres, c'est miracle par sa fragilité même : Frantz
>> Fanon, Édouard Glissant, ceux de la créolité « à jamais fils de
>> Césaire ». Écrivains, peintres, dramaturges, chorégraphes, musiciens,
>> zoukeurs urbains et souffleurs de conques : tous l'honneur de la
>> Caraïbe. Au peuple martiniquais, peuple d'artistes qui perd en Césaire
>> le plus raide nègre de ses fils, nous présentons nos condoléances
>> émues. Car il est des moments où le chagrin atteint la chair des
>> peuples.
>
>> S'il est vrai que toute la Caraïbe dans sa diversité reconnaît une
>> dette historique envers Haïti, l'île-soeur a toujours répondu à nos
>> signaux de détresse chaque fois que le malheur nous frappait, en dépit
>> de la géopolitique inhérente au statut d'un pays minuscule mais grand
>> dans mon cœur, dont les lois et règlements d'immigration sont fixés
>> par le gouvernement français. En particulier en ces jours de famine en
>> Haïti où les entrailles sortent des greniers vides pour crier…
>
>> Je songe au mystère qui s'est trouvé, chaque fois qu'Aimé Césaire me
>> recevait avec l'amour du père dans ses yeux, derrière les portes
>> closes de son bureau à la nouvelle administration comme quelques
>> années plus tard à l'ancienne mairie. Les portes les plus insondables
>> demeurent celles des débuts et celle des fins dernières, quand se fait
>> et se défait pour toujours le rituel de l'accueil. « Je ne savais pas
>> que Saint-John Perse avait utilisé le mot vétiver dans son oeuvre.
>> Pourtant, je l'ai beaucoup lu et surtout beaucoup relu. »
>
>> La phrase malicieuse, pleine de reproche doux et tendre dans sa voix,
>> m'était restée comme le signe du présent que je lui offrais. J'étais
>> bouleversé. Les poètes n'ont pas de savoir, ils n'ont que la pudeur.
>> Puis il m'avait raccompagné en me donnant le bras jusqu'au seuil de la
>> mairie.
>
>> Devant la grille fermée de l'absence, j'appréhende le portail lumineux
>> où maintenant il se trouve. C'est sans doute un très vieux jardin,
>> planté de balisiers aux fleurs immortelles, parmi les murmures trop
>> présents des arums et des alamandas qui offrent leur cœur jaune à
>> l'avril de son trépas.
>
>> « Qu'avez-vous fait à monsieur Césaire, s'inquiétait madame Littré, sa
>> secrétaire. Depuis trente ans que je suis là, il n'est jamais descendu
>> jusqu'au portail pour raccompagner ses visiteurs. » Je lui avais
>> simplement parlé du moi, vétiver comme d'un moi, laminaire. Cela avait
>> suffi à la fugace consolation de la terrible mélancolie qui empoigne
>> tout nègre sur ses erres et déparlant…son cerveau cimetière frissonne
>> de psychose…une poussière d'astres arquant son front morose.
>
>> Des éclisses : voilà ce que j'avais rescapé de la longue vie ligneuse
>> d'Aimé Césaire. Car je n'avais pu saisir de tant d'histoires et de
>> paysages, que des éclats de voix quand il s'animait dans son élocution
>> si lettrée « au nom de l'Histoire », que des lambeaux de lumière sur
>> son visage aimé. De la douleur dans son corps et qu'il taisait par
>> pudeur, des cruelles insomnies dont il souffrait, je conserve encore
>> quelques échardes sournoises qui l'ont blessé, perfides, sans un cri.
>
>> Tout n'est qu'héritage. Où que j'aille désormais, je porte le visage
>> du marron fugitif, son angoisse, son malaise, son exil insupportable
>> qu'exacerbent l'exquis dépaysement des isles et l'aboi des molosses.
>> Je porte ce qui est mon autoportrait. Aimé Césaire accepta au nom de
>> tous de se laisser ainsi abîmé pour devenir, un jour, reconnaissable.
>> « J'accepte, j'accepte ». Vivre hanté par la quête de dignité pour
>> rendre la vie vivable et la mort supportable. Voilà qu'il nous
>> exhorte, dans un vacarme d'eau de mer, à la révolte contre l'inhumaine
>> condition : « la négraille debout, debout et libre et non pauvre
>> folle. » Il aura fallu d'une pauvre folle, Délira, comme rapporte la
>> légende, pour ramasser les restes hachés menus de l'empereur Jean-
>> Jacques Dessalines, assassiné en 1806, nègres contre nègres. Voici
>> qu'un grand poète nous annonce les seuls états possibles de la poésie,
>> la danse ou la hantise.
>
>> Si le plus grand poète est aussi, selon Joseph Brodsky, le plus
>> endetté d'entre nous, immense est l'œuvre d'Aimé Césaire, hanté par
>> les fantômes de la Caraïbe au point que l'écriture est une façon chez
>> lui d'acquitter un devoir de mémoire, l'hypermnésie de la souffrance
>> nègre, la mémoire d'une blessure qui menace toujours de se rouvrir
>> dans le présent. Des lieux, des corps vérolés, des fragments
>> d'histoire, des généalogies malingres, le grand poème césairien en est
>> traversé et c'est lui bien entendu le détonateur, le sanctificateur,
>> le grand dépositaire de la mémoire commune. Mais c'est un poème épique
>> qui sourd des replis les plus obscurs de la souffrance humaine, dont
>> les figures se fondent en un flux mémoriel qui est aussi celui du sang
>> dans les veines. Le mot sang, le plus fréquent dans toute l'œuvre
>> d'Aimé Césaire. Le Cahier, un traité médical ulysséen.
>
>> Le mot Negritude lui-même, indépendamment de l'usage moderne utilisé
>> par Césaire dès 1935 dans le journal L'Étudiant noir, fut connoté à la
>> fin du 18ème siècle par le Dr. Benjamin Rush (1746-1813), fondateur de
>> la psychiatrie américaine, signataire de l'Acte d'Indépendance et
>> fervent abolitionniste. Sans être le fondateur du racisme
>> scientifique, le docteur Rush croyait néanmoins que « la couleur noire
>> de la peau est une maladie infectieuse, une forme de lèpre. Le seul
>> traitement est de devenir blanc. »
>
>> L'ironie des observations médicales du Dr. Rush est qu'il était en
>> même temps un grand réformateur et un membre fondateur de la première
>> société anti-esclavagiste aux Etats-Unis. Le portrait du Dr. Rush orne
>> toujours le sceau officiel de l'APA (American Psychiatric Association)
>> tandis qu'une université en Pennsylvanie porte encore son nom.
>> Cependant ses observations médicales à savoir  : «  Les Africains
>> deviennent fous, nous dit-on, dans certains cas, dès qu'ils subissent
>> les sévices de l'esclavage perpétuel aux Antilles. » ne sont pas
>> souvent citées dans l'évaluation des origines de l'aliénation
>> identitaire et des maladies mentales aux Antilles, en dépit de leur
>> valeur historique dans la compréhension de l'impact du traumatisme de
>> l'oppression et de l'esclavage sur les Africains et leurs
>> descendants.
>
>> Aimé Césaire connaissait-il l'histoire du Dr. Benjamin Rush? Nul ne
>> l'affirmera sinon que les mots negritude/négritude recouvrent deux
>> inventaires terribles de la colonisation, des lignages lourds et
>> troubles, des natures mortes, des thalassémies, des furoncles, des
>> érysipèles, des chiasmes, des hyperboles, des cris, des insultes, des
>> qui suis-je, des alexitères, des eschares, des chalasies, des
>> chloasmes, des pians, des pas de danse américains, des noms tremblés
>> de fleuves et d'océans qui eux ne se mêleront jamais, sinon un cortège
>> de lieux et de personnes et l'on entend même parfois le roulement d'un
>> tambour.
>
>> Toute souffrance est en quête d'un récit. Je compris alors la passion
>> médicale dans la poésie d'Aimé Césaire comme une dissolution de la
>> subjectivité dans l'organique, les liquides biologiques, le sang qui
>> sourd, porté en ébullition, à la limite d'une présence ontologique. Je
>> compris alors que ce serait de lui, vieux créole, toujours accompagné
>> dans les manifestations publiques de son médecin intime, le Dr. Pierre
>> Aliker, centenaire qui ne voulait pas mourir avant Césaire et qui
>> semblait lui dire : « Je prendrai ta douleur. », que ce serait de lui
>> que j'apprendrais l'insurrection de l' homme languide et dévêtu,
>> marronné, libre enfin, mais jamais vengé.
>
>>  Adieu au Boucan poignant, étendu seul dans l'horizon souffrant des
>> plaisirs de la foule.
>
>> Joël Des Rosiers
>> Poète et psychiatre
>
> ...
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J'y pense et j'y repense....j'ai vraiment beaucoup de chance de
pouvoir prendre des forces DANS CE LIEU LÀ,CETTE ZONE LÀ .Sont-ce les
gènes que l'histoire m'a offert? Un vrai cadeau en tout cas.
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diggit! del.icio.us! reddit!

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